À Zoug, "tout le monde a mauvaise conscience"
Après deux victoires sous la houlette de son nouvel entraîneur Benoît Groulx, Zoug est retombé dans ses vieux travers mardi à Davos (4-1). Le Franco-Canadien attend avec impatience la pause olympique afin de pouvoir vraiment apprendre à connaître son équipe.
Zoug traverse des jours mouvementés. Après un début d'année catastrophique, marqué par dix défaites consécutives, la direction sportive a tiré la sonnette d'alarme la semaine dernière et sorti de son chapeau Benoît Groulx, un entraîneur que personne n'avait vu venir en Suisse.
Jusqu'à la mi-novembre, Groulx travaillait en KHL, au Traktor Tcheliabinsk. Auparavant, il n'avait jamais officié au plus haut niveau, mais uniquement au Canada et aux États-Unis, dans les ligues juniors et mineures.
"Ce n'est pas comme si je ne connaissais pas du tout le championnat suisse", assure toutefois le technicien de 57 ans. "Je le suivais en ligne. Mais rien ne vaut le fait d'être derrière le banc pour se rendre compte du niveau réel, poursuit-il, "impressionné" par l'accueil chaleureux reçu de la part des joueurs et, plus largement, de l'organisation zougoise.
Les joueurs sont bien conscients de leur responsabilité dans le licenciement de son prédécesseur, Michael Liniger. "Oui, on se sent coupable", déclare Sven Senteler à Keystone-ATS. "Tout le monde a mauvaise conscience. Mais ce n'est certainement pas comme si nous avions joué contre Liniger."
De ce sentiment de culpabilité et d'une volonté farouche de se racheter, il n'y avait toutefois rien à voir mardi soir à Davos. Après seulement 37 secondes, Zoug était déjà mené par le leader et au final, le fait d'avoir évité une défaite encore plus large constituait presque la chose à retenir de la prestation zougoise.
L'analyse de Sven Senteler est même inquiétante. "On a raté notre entame, on n'était pas prêts", reconnaît l'attaquant de 33 ans. "Ce que nous avions bien fait lors des deux derniers matches, on ne l'a pas réussi cette fois: l'engagement, le deuxième effort pour récupérer le puck, le repli défensif. Tout était moyen. Contre un bon adversaire, ça ne suffit pas."
Les Taureaux luttent toujours pour une place dans le top 10, synonyme de play-in. Loin des ambitions très élevées du début de saison.
Il revient désormais au nouvel entraîneur de remettre le navire à flot. Mais Benoît Groulx n'a pas de recette miracle. "Redonner confiance aux joueurs", souligne le Franco-Canadien est la priorité absolue. Car les Zougois ont récemment sombré dans une "spirale infernale dont on n'arrivait tout simplement pas à sortir", selon les mots de Sven Senteler. "Ce n'était pas une période agréable, et c'était nouveau pour moi. Je pense que c'était aussi le cas pour beaucoup d'autres joueurs", dit le Suisse.
C'est peut-être là que le bât blesse. Alors que des équipes comme Rapperswil, Kloten ou Langnau sont habituées à lutter pour rejoindre les play-off, l'EVZ n'a peut-être pas pris la situation suffisamment au sérieux assez tôt.
"Je dois d'abord apprendre à connaître les joueurs, comprendre leur fonctionnement interne", explique Benoît Groulx, qui ne prétend pas non plus avoir de baguette magique. "J'ai beaucoup appris lors des deux matches gagnés, mais aussi ce soir."
Faut-il désormais serrer la vis ? Gouverner d'une main de fer ? Benoît Groulx sourit. "Je crois beaucoup en certains principes", dit-il. "Certaines choses ne sont pas négociables. Mais c'est le cas pour tous les entraîneurs." Il rappelle toutefois que Zoug a dû composer avec un programme extrêmement chargé en raison des demi-finales de la Ligue des champions. Dimanche dernier, les joueurs ont bénéficié de leur premier jour de repos après onze jours de suite sur la glace.
Avec un tel enchaînement de matches, il est presque impossible pour un entraîneur de mieux connaître ses joueurs ou d'introduire d'éventuelles variantes tactiques. Cette semaine, Zoug affronte encore deux adversaires de taille, Lausanne et Zurich, avant la pause olympique.
Une bénédiction pour Benoît Groulx. C'est peut-être après celle-ci que l'on verra réellement la patte de cet entraîneur encore largement méconnu en Suisse.