Albert Riera, pétard mouillé
Depuis l'arrivée de l'ancien international espagnol comme entraîneur de l'Eintracht, début février, le club de la Hesse encaisse moins mais marque moins également. Une qualification européenne en fin de saison demeure ainsi toujours aussi hypothétique.
Trois buts marqués et trois buts encaissés en moyenne par match, tel était, peu ou prou, le tarif du Francfort de Dino Toppmöller. Fatiguée par ce régime gargantuesque, la direction sportive de l'Eintracht, soucieuse de maintenir accessibles les objectifs du club, a mis fin au bail de leur entraîneur au cœur de l'hiver et appelé Albert Riera pour lui succéder. L'Espagnol a radicalement serré les boulons et la différence est apparue, flagrante, dès les premiers matches. Nul 1-1 à Berlin, victoires embellies de cleansheets à domicile contre Mönchengladbach, Fribourg et Heidenheim, 0-0 à Hambourg contre Saint-Pauli : le bilan, mi-mars, était plutôt convaincant. Seul le Bayern à l'Allianz Arena, le 21 février, avait fait plier cette équipe métamorphosée (3-2), qui n'a pas encaissé le moindre but au Deutsche Bank Park depuis le départ de Toppmöller. La défaite à Mayence, le 22 mars (1-2), n'a cependant pas manqué d'assombrir cet honorable bilan. Renforçant la sensation que Francfort, actuel 7e, n'avance pas beaucoup plus au classement depuis deux mois qu'au cours des six qui avaient précédé.
Il a fallu débourser 800000 €, plus divers bonus ultérieurs, pour arracher Riera à Celje, le leader du championnat slovène. L'ancien joueur des Girondins de Bordeaux, courtisé par Rijeka, Zagreb et l'équipe nationale slovène, a paraphé dans la Hesse un contrat courant jusqu'en 2028. « Nous avons opté pour un entraîneur qui propose un football moderne, intense, offensif », déclarait alors son directeur sportif Markus Krösche. Rien de tout cela ne s'est concrétisé jusqu'ici et, dans la capitale économique européenne, on s'impatiente de retrouver du spectacle. La trêve internationale, à l'occasion de laquelle le coach a laissé une semaine de temps libre – exercices de running exceptés – à ceux de ses joueurs non concernés par les matches de sélection, aura-t-elle permis de refaire du jus ? Il reste sept matches à Riera, à commencer par la réception de Cologne, dimanche, pour étaler un plan de jeu ambitieux. Faute de quoi l'intersaison sera traversée de remous.
« Venir voir un beau spectacle »
Ce mardi, à la reprise de l'entraînement, les joueurs peuvent s'attendre à une copieuse et studieuse séance vidéo, un atelier prisé de l'Espagnol. Dont l'équipe n'a pas donné clairement l'impression, jusqu'ici, d'avoir intégré tous les préceptes. « Si nous avons marqué deux buts, nous en voulons un troisième. Si nous en avons marqué trois, un quatrième », a claironné Riera à son arrivée. Une philosophie que sa troupe n'a visiblement pas encore intégrée, tant les phases de possession de l'Eintracht se sont souvent révélées stériles ces deux derniers mois. « J'entends que mes équipes fassent le show », avait aussi martelé l'ancien milieu de terrain de Liverpool. Ce qu'il n'a quasiment jamais pu démontrer avec le SGE. La dynamique de l'effectif actuel de ce dernier est-elle compatible avec ce discours ? Pas sûr, puisque le club se prépare de nouveau à de nombreux bouleversements l'été prochain.
En attendant, Riera devra probablement modifier ses plans pour permettre à son équipe de performer davantage. Pourquoi jouer avec une seule pointe quand on dispose de quatre avants-centres de métier – Burkardt, Ebnoutalib, Kalimuendo, Batshuayi, voire Amaimouni-Echghouyab – dans son groupe ? « Davantage d'attaquants sur le terrain ne signifie pas systématiquement plus de danger offensif », réplique le coach, qui n'exclut pas formellement le 4-4-2 pour autant. Le quadragénaire majorquin fréquente suffisamment de confrères espagnols – son ancien coéquipier Xabi Alonso, Josep Guardiola, le cousin de son adjoint Pablo Ramon Arteta, entre autres – pour être ouvert à la notion de flexibilité. « Les supporters achètent leur billet pour venir voir un beau spectacle, quelque chose de nouveau », estime Riera.
Succès slovènes
Qui doit s'évertuer à réaliser le grand écart : une défense plus solide – c'est plutôt en bonne voie – et une attaque performante – ça reste à démontrer. Son prédécesseur a échoué dans cet exercice de souplesse : adepte de l'offensive, Dino Toppmöller avait abandonné la compacité, et sa troupe sa confiance avec elle. À Ljubljana (2022-2023) puis à Celje (2024-2026), non sans conflits parfois, Riera y est parvenu, décrochant des titres et menant une campagne de Ligue Europa Conférence jusqu'en quarts de finale, performance inédite en Slovénie. À Francfort, sa personnalité éruptive et peu diplomate peut correspondre à la mentalité d'un stade volcanique ; reste à savoir, ce printemps, si son équipe peut le suivre. Avec les précédentes, ce ne fut pas toujours de sa responsabilité – comme à Bordeaux (2023-2024) – mais ce ne fut jamais le cas sur le long terme, puisque l'Espagnol n'est resté nulle part plus d'une saison et demie. Sa conception sans concession de la discipline, notamment, engendre de la casse. Vous ne suivez pas ? Vous êtes ostracisé. Cette rigueur présente, à l'inverse, l'avantage de pouvoir cimenter un groupe. Mais la seule défense de la 7e place de la Bundesliga face aux velléités de Fribourg, 8e avec un point de moins, est-elle une source suffisante de motivation à court terme ?