Bayer Leverkusen, moyen malgré les moyens
Si la vente de ses leaders Florian Wirtz, Granit Xhaka, Jeremie Frimpong et quelques autres a rapporté beaucoup d'argent, cette manne n'a pas permis au champion d'Allemagne 2024 de reconstituer une équipe de pointe.
Certes, tout espoir d'accéder à la prochaine Ligue des champions n'est pas perdu à Leverkusen. Le club entraîné par Kasper Hjulmand accuse quatre points de retard, en Bundesliga, sur la 4e place occupée par le RB Leipzig. Rien de rédhibitoire, donc, sur un plan mathématique pur. Cependant, régulièrement cette saison, le Bayer a montré ses limites dans les moments où il est nécessaire de se sublimer, comme en 8e de finale de la Ligue des champions, début mars, face à Arsenal. En amont même de cette double confrontation face aux Londoniens, chacun admettait que ces derniers étaient supérieurs et qu'une qualification du club rhénan relèverait du miracle. Celui-ci n'a pas eu lieu, effaçant des possibles l'un des trophées après lesquels courent Patrik Schick et ses coéquipiers.
La saison n'est pas encore terminée, vu l'enjeu du championnat et une demi-finale de Coupe d'Allemagne à venir contre le Bayern, à domicile, le 22 avril. Mais le défi de reconstituer une équipe compétitive après le départ de Xabi Alonso n'est pas encore un succès, et il s'en faut de beaucoup. Défaite à Berlin 0-1, 1-1 à domicile contre Mayence, 3-3 à Fribourg, 1-1 à domicile contre le Bayern à 11 contre 9, 3-3 à Heidenheim : il faut remonter un mois et demi en arrière pour retrouver une victoire des hommes de Hjulmand en Bundesliga, contre Saint-Pauli (4-0), le 14 février. Trop peu pour lutter avec les meilleurs, rien qu'au plan national.
Une attaque sans idée
Le patron Fernando Carro s'impatiente et l'a fait savoir à ses joueurs au cœur de cette série de peu de points. Non seulement le Bayer encaisse des buts mais il a perdu la totalité de sa brillance offensive. L'équipe évolue sans idée, pour ne pas dire dans une léthargie certaine. Son moteur ne tourne pas et ses individualités, pourtant nombreuses, n'offrent aucun rendement dans la durée. Son capitaine, Robert Andrich, en a évidemment conscience et constatait après le morose 0-0 contre Olympiakos, le 24 février à domicile, qu'« il faut plus de venin, plus de précision, beaucoup plus de rythme » que ce dont est capable ce collectif aujourd'hui. Un discours qui n'a produit aucun effet. Cité par l'hebdomadaire Sport Bild, Jarell Quansah résume l'affaire : « Il n'y pas assez de flamme » dans l'équipe.
Appelé à la rescousse après deux journées de championnat l'été dernier, Kasper Hjulmand pourrait probablement se retrancher derrière telle ou telle excuse pour expliquer le manque de performance de son groupe. Poli, il s'en garde, même s'il pointe du doigt l'accumulation des matches. Son club a investi 200 M€ à l'intersaison, un montant conséquent en Bundesliga et, en place depuis six mois, il ne peut plus guère invoquer l'improvisation. Que l'alchimie allait prendre du temps était clair pour tout le monde mais, depuis ce changement d'ère, de nombreuses semaines de travail sont passées sans qu'une progression collective ne se ressente franchement.
Des qualités sous-exploitées
Si pertinente dans le recrutement sous le mandat de Xabi Alonso, la direction sportive a-t-elle perdu son flair depuis ? Pas nécessairement, mais les qualités prêtées aux recrues sont sous-exploitées. En aucun cas, jusqu'ici, le rendement de Malik Tillman, comme milieu offensif axial, ne justifie l'investissement de 35 M€ consenti pour l'enrôler. Sa relation avec les techniciens espagnols Aleix Garcia et Alejandro Grimaldo ne produit pas de danger offensivement. Celle d'Eliesse Ben Seghir avec ses coéquipiers est, ce qui est pire encore, inexistante. Arrivé de Monaco pour 32 M€, le talentueux Marocain n'a pas donné, jusqu'ici, l'impression d'avoir trouvé la sortie de l'aéroport. D'autres exemples sont à l'avenant, tel Loïc Badé, acheté à Séville pour 25 M€, qui a perdu sa stabilité au fil des évènements de la saison. L'entraîneur danois, qui ne manque ni de sang-froid ni de patience, peut-il encore donner de l'éclat à cette dernière ? Il dispose de trois semaines, d'ici au choc en Coupe d'Allemagne contre le Bayern, ainsi que sept journées de championnat, pour trouver des idées nouvelles afin d'emballer et d'embellir son carrosse. Sous peine de se faire rosser par Carro.