Christoph Baumgartner, le décollage
Devenu leader à Leipzig, où il était jusque là le plus souvent un coéquipier parmi d'autres, le milieu offensif autrichien fait partie des gagnants de la première partie de saison. Avec le Mondial dans le viseur.
Dix buts et quatre passes décisives à la trêve, le tout sans disputer de compétition européenne : le bilan personnel de Christoph Baumgartner, cette saison, dépasse sans nul doute les espérances à Leipzig. L'Autrichien de 26 ans, probablement dans les meilleures dispositions de sa carrière, n'avait pas habitué ses supporters à autant d'activité – c'est lui qui court le plus chez les Roten Bullen, c'est lui qui presse le plus, lui aussi qui tente le plus, tous clubs confondus – ni autant de réalisme à l'approche du but. Encore deux Scorerpunkte, comme on dit en Allemagne – soit des buts, soit des passes décisives – et il en totalisera déjà autant que sur les deux saisons précédentes réunies !
Le contraste est effectivement flagrant avec la situation ne serait-ce que six mois en arrière. Les deux derniers exercices avaient été on ne peut plus frustrants pour l'ancien joueur d'Hoffenheim. Jamais il n'avait pu durablement s'imposer depuis son arrivée dans l'Est de l'Allemagne. Emil Forsberg, Dani Olmo puis Xavi Simons le devançaient dans la hiérarchie. Quand le départ du fantasque Néerlandais est devenu inéluctable, l'été dernier, les dirigeants se sont d'abord mis en tête de le remplacer, avant de se rendre compte qu'ils avaient déjà ce remplaçant dans leur effectif. Une aubaine pour les deux parties, une conjoncture assez logique aussi : avec le Mondial un an plus tard, Baumgartner devait se trouver une place de titulaire où que ce soit. Il a songé partir. Il n'a pas eu besoin. Situation gagnant-gagnant-gagnant : le joueur, son entraîneur et son sélectionneur y trouvent aujourd'hui leur compte.
La confiance de Rangnick
« Si je sens la confiance du club, c'est ici que je veux m'imposer », affirme le joueur aux 56 sélections avec l'Autriche. La confiance, Ralf Rangnick n'a jamais manqué de lui accorder. L'Allemand, qui dirige la Wunderteam depuis 2022, connaît la galaxie Red Bull, et Leipzig en particulier, comme sa poche, puisqu'il y a officié comme entraîneur ou comme directeur sportif de 2012 à 2019. « Je lui suis très reconnaissant de ce qu'il m'ait durablement accordé cette confiance, en particulier dans les périodes où ça n'allait pas au mieux pour moi », explique Baumgartner, cité par le bi-hebdomadaire kicker le mois dernier. « Jouer et marquer en équipe nationale m'a prouvé à moi aussi que je pouvais être décisif lors de matches importants, que je pouvais apporter mon concours au plus haut niveau. »
Xavi Simons a beau avoir mis du temps à fuir à Tottenham, en l'occurrence fin août, Baumgartner a pris conscience, en discutant avec ses dirigeants au cours de l'été, que ces derniers comptaient sur lui et dans un rôle plus responsable qu'auparavant. « Marcel Schäfer (le directeur sportif) m'a fait clairement comprendre qu'il comptait sur moi dans un rôle de leader sur le plan du caractère », se souvient l'Autrichien. « J'ai saisi que ce n'était pas des promesses en l'air mais du sérieux. » L'arrivée d'un nouvel entraîneur en la personne d'Ole Werner était aussi, par essence, la perspective d'une remise à plat, d'un collectif façonné autrement. Et l'ancien coach de Kiel n'est pas pour rien, lui non plus, dans le décollage du n°14 du RBL. Il l'a intégré dans son processus de décision, prenant compte de son ressenti dans un échange régulier, partageant ses choix avec lui.
Un système adéquat
Et mettant en place un système tactique adéquat pour son milieu offensif, qui évolue tantôt à droite, tantôt à gauche comme relayeur dans le 4-3-3 privilégié cette saison. L'Autrichien n'est ni le joueur le plus technique, ni le joueur le plus rapide, ni le joueur le plus physique parmi les milieux de terrain de Bundesliga. Ses qualités sont ailleurs : intelligence de jeu, intelligence situationnelle, capacité à se projeter, prise de responsabilité, réalisme, instinct, jeu de tête aussi. Un profil pas forcément simple à appréhender pour l'adversaire. « Un bagage remarquablement complet », loue Marcel Schäfer, qui rappelle de surcroît les efforts défensifs de “Baumi”.
C'est en déployant avec appétit tout cet arsenal, cette saison, que l'ancien joueur de Sankt-Pölten, recruté 24 M€ à Hoffenheim en 2023, s'est hissé parmi les tauliers au côté des Peter Gulacsi, Willi Orban et du capitaine David Raum. Y compris dans le vestiaire, où sa parole compte. Passionné et réfléchi, Baumgartner ne s'est pas inventé ces qualités du jour au lendemain. Ses recruteurs à Hoffenheim les avaient déjà cernées en 2017 lorsqu'ils l'ont enrôlé chez les moins de 19 ans du club avant que le TSG ne lui donne sa chance chez les professionnels. Rien n'indique, huit ans et demi plus tard, qu'il ait atteint son plein potentiel, même s'il a nettement gagné en régularité. Dans la course à la Ligue des champions 2026-2027, Leipzig serait évidemment ravi qu'il poursuive son ascension. Et l'Autriche qu'il l'aide à faire partie des sensations du prochain Mondial.