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Analyse Football

Lucas Chevalier : C'est quoi le souci ?

victor

Alors que le vase Donnarumma a débordé l’été dernier, Lucho, fidèle à lui-même, n’a pas fait dans le compromis. Plus moderne et académique que l’Italien, le Français est pourtant dans une situation difficile au PSG et catalyse les critiques, six mois après son arrivée. Trop scolaire, et incapable de composer efficacement face aux propositions des tireurs adverses, Chevalier manque de créativité et de flair sur sa ligne et dans ses sorties. Une limite qui pourrait couter cher au club parisien, faute de déclic chez l’Artésien

Chevalier
Le costume PSG semble trop grand pour Lucas Chevalier © IMAGO / PsnewZ

Le PSG a beau avoir marqué l’Histoire en 2025, non sans une nette contribution de son portier, Lucho a tranché dans le vif, écartant sans égard particulier son dernier rempart. Bien au courant de l’incontestable état de fait selon lequel l’Italien n’entamerait pas une grève de la faim pour sauver la tête de son entraineur en cas de catastrophe absolue (que le PSG a frôlé il y un an…), l’Asturien a priorisé son projet, et pris une énième décision impopulaire au nom de l’intérêt collectif.

La goutte d’eau

Malgré les prouesses virales du Parthénopéen sur sa ligne face à Arsenal en demi retour, le vase Donnarumma, déjà bien rempli, a certainement débordé lors du Mondial des clubs, où il est loin d’avoir brillé au pied face aux nouvelles propositions défensives adverses, et s’est montré, comme souvent, bien passif sur sa ligne sur les décalages les plus francs créés par l’adversaire.

Cette attitude, lourde et pataude, était loin d’être circonstancielle au PSG. On la retrouve au plus fort de la vague rouge à Anfield. Alors que Paris est mitraillé, Trent prend son propre rebond offensif : Plein axe, le latéral déclenche une frappe à ras-de-terre du gauche sur laquelle l’Italien va se pencher, sans toutefois être capable de plonger.

1 - gigio mitraillé v pool
Hors-jeu de Diaz au début de la séquence, sans quoi les Reds auraient égalisé

Le poteau offre à l’Anglais une troisième chance, sur laquelle son centre, que Donnarumma ne coupe pas, malgré son envergure, offre un tap-in à Szoboszlai. Secoué par ces déferlantes, Paris ne devra son salut qu’à l’alignement intelligent de Pacho. Sans la sagacité de l’Equatorien, c’est à la TV qu’il aurait regardé Villa – Liverpool en quarts de finale. Une autre ligne temporelle… Toujours est-il que ce temps de jeu est l’illustration d’une limite claire du light-heavyweight transalpin : sa capacité à aller au sol, malgré son envergure.

7---chevalier-main-basses-v-salah

Alors que le PSG joue (et défend) haut, on peut également penser que le registre des sorties dans les pieds a pesé lourd contre lui. Que ce soit à Atlanta lors du mondial, où il aurait certainement dû être expulsé au moment de sa sortie musclée, et bien mal timée sur Musiala…

3 - faute gigio musiala
4 - faute gigio martinelli

Bien mal inspiré dans sa lecture de la trajectoire, l’Italien sera également largement fautif sur l’ouverture du score.

L’an 1 du Luchoball avait d’ailleurs contribué à faire monter le niveau de l’eau dans un récipient floral qu’une C1 ne saurait faire oublier à une personnalité comme celle de l’ancien coach du Barça : Face aux Catalans, c’est à nouveau une sortie bien peu maitrisée qui provoquait le but assez grotesque de Raphinha, alors que Paris va perdre le match aller.

Bref, sans procéder à un examen détaillé des manquements de l’ancien Milaniste, il va sans dire que la décision de Lucho était motivée par des éléments tangibles, et une certaine accumulation. Là où le supporter a vu des miracles sur la ligne, l’entraineur a identifié une situation qui ne se serait pas produite si le gardien avait matché les critères qui (de son point de vue !) auraient garanti la domination de son équipe. À chacun sa logique, toujours est-il qu’à Paris, c’est Lucho qui commande. Trop lourd pour aller au sol et trop limité au pied, Donnarumma a été exfiltré, et c’est Chevalier, l’espoir français, qui a été choisi.

La croix et la bannière 

Cela va sans dire, le football a énormément évolué. Rarement évoqué, le changement de la règle du hors-jeu de 2005 a bouleversé le rapport de force en attaque et défense. Avant cette évolution, un joueur hors-jeu au moment où l’un de ses coéquipiers est servi en profondeur (en position légale), était toujours considéré comme hors-jeu, une fois ce coéquipier trouvé. Sans possibilité pour l’attaque d’user du "hors-jeu passif", jouer le hors-jeu était donc pour les défenses, extrêmement avantageux et largement mis en application.

La pratique approximative de cet alignement sinusoïdal par nos anciens offrait donc de véritables mises à mort des gardiens, dont R9 est l’incarnation indélébile. Dans ce contexte, le plongeon dans les pieds, et le plus vite possible, faisait loi en termes de formation. Après le changement de 2005, seul le joueur servi en profondeur devait se trouver en position légale. Et pouvait donc à nouveau servir tous les autres, remis en jeu par cette nouvelle loi. Cette subtilité a ouvert énormément de possibilités offensives, et donc forcé les défenses (gardiens compris) à opérer de façon beaucoup plus intelligente, sophistiquée…. et patiente, au moment de sortir pour faire face au joueur lancé.

Ainsi, lorsque l’attaquant se trouve en position de finir, la "croix" (le moment pour le gardien de s’étendre, pour créer une certaine envergure avec son corps) est devenue une étape beaucoup plus travaillée en formation.

C’est très net dans les habitudes et le style de Chevalier, qui s’applique à réaliser cette figure. Lancé en pro à 16 ans, Donnarumma n’avait pu bénéficier d’une véritable formation, même en travaillant sur des détails avec des staffs d’élite. Chevalier, qui a quant à lui fait ses classes sans bruler d’étapes, garde la cage de façon bien plus académique. Et moderne. Bien que cette étape ne soit pas vraiment codifiée, ni culturellement installée dans la formation française.

"Je n'ai pas le style d'aujourd'hui, des gardiens qui font 2 mètres et les bras en croix, qui sont posés sur leur ligne. Moi je vais un peu partout"

Interrogé par l’Équipe, Anthony Lopes, incarnation du gardien téméraire français, revendique son style "old school"

Mains basses et effacement

Donnarumma a beau lui rendre 6 centimètres, Chevalier n’en reste pas moins grand avec son mètre 90. Ainsi, le Nordiste met en pratique une "croix" qui lui permette d’aller vite au sol, au cas où le porteur choisisse cette option pour finir.

Lorsqu’on examine son comportement au moment de gérer certains face-à-face, ou même les frappes à mi-distance, on voit bien que Chevalier s’efforce de s’accroupir et de laisser préventivement ses bras très près du sol pour plonger (ou s’effacer, comme disent les gardiens) au plus vite.

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Au moment d’exécuter sa "croix" pour fermer l’angle de Salah, Chevalier garde les mains basses, pour se faciliter la tâche au moment de pratiquer ce que les gardiens appellent "l’effacement", c’est-à-dire tomber pour bloquer une frappe à terre de la main
8 - chevalier vs chiesa
L’effacement de Chevalier face à Chiesa qui lui envoie un missile à raz-de-terre

Une compétence défaillante à des moments-clés, sur des arrêts que Lucho semble en droit d’exiger de son gardien.

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“L’effacement” de Donnarumma face à l’Atleti laisse à désirer, et fait bien évidemment écho au but de Eliott à l’aller en 1/8e

On le voit ci-dessous face à Salah, cette posture de Chevalier prévoit évidemment également le recrutement de ses jambes : la gauche réalise ici l’arrêt réflexe alors que la droite se plie pour aider à boucher l’espace entre les jambes.

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11 - chevalier genou sporting
Le genou "anti-petit pont" activé face au Sporting Portugal avec le LOSC

Ainsi, Chevalier s’applique, et s’organise pour se faciliter la vie au sol, alors que son envergure, prérequis désormais obligatoire chez les gardiens, lui est bien utile pour réaliser des arrêts décisifs.

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Chevalier maintient les siens en vie à Madrid avec un arrêt qui fait parler son envergure… on peut noter qu’il renvoie tout de même le ballon dans une zone très dangereuse

Appliquer… et composer

De retour dans le présent du PSG, on peut clairement établir un lien entre l’attitude appliquée et scolaire de Chevalier, qui transparait nettement de son langage corporel, et les nombreux buts qui posent problème et attirent les critiques au PSG. 

Alors qu’on a forcément les défauts de ses qualités, Chevalier applique de façon assez mécanique un enseignement certainement plus théorique que celui de son prédécesseur. Dans la sphère qu’il a intégrée, il va sans dire que seule l’efficacité fait loi. Le gardien se doit donc de casser quelques codes pour aller inventer les prodiges qu’il est littéralement tenu de réaliser. La performance historique de Sommer face au Barça en était l’illustration : pour accomplir le miracle de la 56e minute, le Suisse a bien dû bafouer la nécessaire fermeture de son premier poteau, quand le ballon arrivait chez Gerard Martin, pour gagner les précieux pas, indispensables à son arrêt décisif.

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Cloué à son premier poteau, Sommer n’aurait jamais pu réaliser cet arrêt décisif

Appliqué dans la réalisation de sa "croix basse" ou "spéciale grand gabarit", Chevalier est extrêmement vulnérable dans la partie supérieure de son but. Au moment de sortir au-devant de Salah, l’ancien Valenciennois applique sa méthode, et est fatalement et facilement exécuté par l’Égyptien, d’un tir enroulé dans la partie supérieure du but.

14 - chevalier v salah goal

Même chose face à Alvarez, après une bévue de la défense. Le Français donne toutes les informations à son adversaire et ne recrute pas l’exploit.

15 - chevalier v alvarez

Cette exécution mécanique est au cœur de ses soucis actuels. Dans une lumière plus vive au PSG, aussi compte tenu de la domination des Parisiens à l’échelle d’une rencontre.

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Battu à Lisbonne par le Sporting, le club Parisien a pourtant asphyxié un adversaire auquel il n’offrira que des miettes. Sur trois les moments-clés, le portier français déroule la même attitude quelque peu scriptée, sans lire l’armée du tireur.

- D’abord sur le tir du virevoltant piston Catamo :

Les gardiens fléchissent le genou du côté sur lequel ils vont plonger. Alors que le Mozambicain arme, Chevalier déroule son allonge côté opposé en poussant sur son genou droit. Sans tenir compte de l’armée, ni de la position de Marquinhos, il priorise le "grand côté".

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Quand l’adversaire change d’option, pour allumer le petit côté, le Français doit se réorganiser et a clairement un temps de retard, et doit reconfigurer ses pieds pour pousser de l’autre côté.

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- Sur la fatale séquence du 2-1, sa lecture de l’armée de Trincao est également pauvre, et le pénalise :

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Bien que certains éléments laissent croire à un ballon travaillé (donc plus lent) sur la gauche du but, Chevalier s’engage excessivement vers cette option, et fléchit sa jambe droite.
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Le Portugais "trépigne" (ce qui indique une sacoche) et multiplie les petits appuis avant de croiser (donc sans trop de précision) dans la partie supérieure du but.
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Privé de stabilité sur sa jambe gauche (pas censée être la jambe d’appui, vue son anticipation), Chevalier repousse, sans force ni équilibre, et offre la victoire aux Lisboètes.

Dans une situation similaire, au plus fort de la domination Parisienne, Rui Silva ne se sur-engage d’aucun côté avant la frappe croisée puissante de Ruiz, qu’il ne relâchera pas, alors que les Parisiens, tous en jeu, comme les Lisboètes ci-dessus, n’attendaient que ça.

La question, cruelle, se pose : quel aurait été le score final  en inversant simplement les deux portiers ?

Valeurs ajoutées

À l’image de Yann Sommer plus haut, le Portugais est d’ailleurs audacieux au moment de couper du pied gauche le centre au cordeau de Barcola, sans quoi Dembélé aurait fini facilement dans le but vide.

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Un gardien doit savoir composer et oublier ses premières leçons : au feeling, Rui Silva devine que Barcola ne va pas tirer au premier poteau, et hiérarchise, pour couper le centre au cordeau du Martiniquais

On l’a vu, il y avait énormément à dire sur la gestion de la profondeur de Donnarumma, forcément intimement liée à la ligne haute de Luis Enrique. On peut le dire très clairement : Chevalier est également friable, et n’apporte aucune valeur ajoutée dans ce domaine. Sur l’égalisation concédée à Lyon, le contraste est net avec la retenue de Neuer plus haut face à Haaland :

Illustration également sur le but du Titi Jonathan Ikone, qui élimine le PSG de la Coupe de France : le Bondynois, qui va tirer du mauvais pied, est sur un appui précaire, son pied d’appui loin du ballon, et sa tête également loin de dominer le cuir. L’ancien Lillois est loin d’être en position idéale pour masquer ses intentions.

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Les appuis d’Ikone sont précaires, mais Chevalier n’en tient pas compte

À nouveau, Chevalier applique un cahier des charges inadapté à une situation dont on peut questionner sa lecture. Son attitude (fermer l’angle à tout prix) aurait été plus adaptée à l’urgence d’un tireur en pleine possession de ses moyens, alors que ce tir, qu’Ikone ne peut pas "choisir", aurait largement pu être sorti du pied.

Pris en grippe par la fanbase parisienne, Chevalier n’a pourtant fait que saisir l’opportunité, impossible à refuser, qui s’est présentée à lui.

Sûr de lui-même et jusqu’au-boutiste, c’est d’ailleurs ce qui fait sa force, Luis Enrique est le grand absent des vifs débats qui secouent le jeune portier Artésien. Il porte pourtant la responsabilité de ce choix radical, qui place le modèle au-dessus de tous les acteurs. Face à un grand défi, Chevalier doit désormais cesser de réciter sa leçon, et commencer à lire, interpréter et composer.

En d’autres termes : improviser, et surtout : jouer !

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