Merlin Polzin, l'enchanteur
Victime de trois penalties après avoir fait sensation en menant 2-0 à Dortmund, le HSV a dû finalement s'incliner dans la Ruhr (2-3), le week-end dernier. Mais avec un seul point de retard au classement sur la première moitié du tableau, le promu hanséatique réalise une belle saison, qui doit beaucoup aux préceptes et au savoir-vivre de son entraîneur.
Même le Bayern, cette saison, se souviendra du HSV. Tenu en échec 2-2 à Hambourg, fin janvier, le Rekordmeister a senti, cet après-midi-là, que la fougue et les vertus du combat pouvaient déplacer des montagnes. Et, pour les Rothosen, ce ne fut pas un coup sans lendemain. Actuels 12es de Bundesliga, les hommes de Merlin Polzin traversent l'exercice 2025-2026 de manière très honorable pour un promu. Ils le doivent très largement aux méthodes et au style de leur entraîneur, garant de l'unité de sa troupe et de l'image du géant du nord.
Si l'histoire n'a pas encore rembobiné jusqu'aux heures de gloire du vainqueur de la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe (en 1977) et de la Coupe d'Europe des clubs champions, ancêtre de la Ligue des champions (en 1983), Merlin Polzin, du haut de ses 35 ans seulement, a incontestablement redonné du lustre à une institution qui n'attendait que cela. Pour ce faire, le technicien du cru – il est né à Hambourg – cuisine depuis sa prise de fonction en novembre 2024 quelques recettes maison qui emportent l'adhésion au-delà même de l'enceinte d'un club où il entraînait déjà chez les jeunes il y a une quinzaine d'années.
Infatigable meneur d'hommes
Nonobstant sa très modeste carrière de joueur – il n'a sévi qu'au Bramfelder SV, un club local –, Polzin est visiblement doué pour motiver ses hommes. Autant sa retenue typiquement hanséatique frappe-t-elle dans les relations publiques, par exemple en conférence de presse, autant le coach sait jouer sur le registre des émotions dans le vestiaire, où il est capable de causeries vibrantes et percutantes. De ce qu'il en ressort, il est infatigable dès lors qu'il s'agit de motiver ses troupes et les grosses prestations de celles-ci face au Bayern, à Dortmund – à l'aller comme au retour, dans ce cas précis –, à Stuttgart, ou encore au voisin et rival du Werder, en sont une conséquence logique.
Ancré depuis toujours dans son illustre territoire, Polzin sait ce que signifient les rivalités locales et paraît ainsi mieux armé que quiconque pour les faire ressentir à ses joueurs. Certes, il avait débuté la saison par une inexorable défaite face à Saint-Pauli (0-2) mais, à l'époque, le HSV, fraîchement promu, regoûtait tout juste aux exigences de l'élite, contrairement à son adversaire. Six mois plus tard, ce sont plutôt les Kiezkicker qui seraient en danger de relégation...
Les conseils de Hrubesch
Merlin Polzin ne doit pas être réduit à un meneur d'hommes pour autant. Sous son mandat, tant le collectif que les individualités progressent. Après que la défense eut fait ses preuves, le coach et son staff se sont penchés, à la trêve, sur les lacunes offensives de leur équipe. Les occasions par match ont augmenté, y compris face à l'ogre bavarois. Et un attaquant comme Ransford-Yeboah Königsdörffer, s'il n'a pas comblé tous ses manques comme par magie, s'est découvert de nouvelles perspectives. Dans le vestiaire, tout le monde, à Hambourg, reconnaît et apprécie les compétences techniques du coach, sa capacité à communiquer et sa loyauté.
L'une des priorités de Polzin est la cohésion à tous les étages de l'institution, des joueurs à ses collaborateurs, staff médical compris, mais aussi avec la copieuse cohorte des supporters, sans oublier évidemment – qui commettrait ce crime de lèse-majesté ? – les grands anciens. À 35 ans, le coach aurait effectivement tort de se priver des conseils d'un Horst Hrubesch, dont il pourrait être le petit-fils mais qui s'y connaît en matière de succès, comme joueur puis comme cadre. Le plus jeune des deux sait néanmoins prendre ses responsabilités, comme lorsqu'il s'était chargé du discours à la mairie de Hambourg au moment de fêter le retour en Bundesliga, au printemps dernier. Ce faisant, il s'est petit à petit imposé comme le visage du HSV. Celui autour duquel se sont rassemblés ses joueurs à l'issue du match face au Bayern, le 31 janvier. Un match nul fêté comme une victoire, celle d'un coach au milieu des siens.