Nordine Kourichi : « On peut espérer que l’Algérie aille jusqu’au bout »
Ancien international algérien, titulaire face à l’Allemagne de l’Ouest en 1982, et adjoint de Vahid Halilhodžić sur le banc de l’Algérie lors du Mondial 2014, Nordine Kourichi s’est entretenu avec Sky Sport Suisse. L’occasion de revenir sur le parcours des Fennecs lors de cette CAN 2025, mais aussi d’évoquer la Coupe du monde 2026.
L’Algérie n’a remporté aucun match lors des CAN 2021 et 2023 et ne s’est pas qualifiée pour les Coupes du monde 2018 et 2022. Comment expliquer cette disette ?
C’était déjà un mauvais passage bien avant. Pour gagner des matchs, il faut de la détermination et surtout de solides compétences chez le sélectionneur afin de construire une équipe compétitive. Le sport, c’est la combativité et l’intelligence de jeu. Malheureusement, durant cette période, la sélection a broyé du noir.
Les Verts ont bouclé la phase de groupe de cette CAN avec trois victoires en trois matchs. Qu’as-tu pensé de leurs performances ?
Pour l’instant, la sélection affirme ses ambitions : celles d’une équipe qui veut aller loin. L’Algérie possède d’énormes qualités, mais elle manque de stabilité. Beaucoup de joueurs ne se connaissent pas suffisamment. Pour aller au bout et battre les grandes équipes, il faut des automatismes. Lucas Zidane va devoir travailler avec sa défense. Il faut une vraie connaissance mutuelle, des combinaisons, des automatismes. C’est là que réside mon doute. Contre les grosses équipes, il faudra être très fort techniquement, comme aujourd’hui, mais surtout physiquement. Une CAN est plus difficile qu’une Coupe du monde : elle est bien plus exigeante sur le plan physique, alors que le Mondial est davantage basé sur les compétences techniques. L’Algérie est très forte techniquement, mais devra répondre présente physiquement et athlétiquement.
Quel regard portes-tu sur cette jeune génération portée par Ibrahim Maza et Anis Hadj Moussa ?
J’en suis fier, car ce sont des binationaux. Et je suis moi-même fier d’avoir été le premier binational à jouer pour l’équipe d’Algérie. En revanche, je mets un bémol sur la politique de la Fédération algérienne. Pour former, il faut semer. Or, aujourd’hui, nous sommes en retard dans le domaine de la formation. L’Algérie ne forme pas suffisamment, et c’est regrettable pour un pays de football.
Le joueur algérien qui t’impressionne le plus aujourd’hui ?
Anis Hadj Moussa. Il me plaît énormément. Il est jeune (23 ans), mais doit encore progresser physiquement pour devenir complet. Sa marge de progression est énorme. S’il est intelligent dans sa carrière, il a la possibilité d’être parmi les plus grands du monde.
Qui est le grand favori de la CAN ?
Tout va se jouer sur le plan physique. Il y aura de grands duels, notamment entre équipes offensives et défensives. Le Maroc fait partie des favoris, tout comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire, qui auront également leur mot à dire.
Que peut-on espérer de l’Algérie ?
On peut espérer que l’Algérie aille jusqu’au bout. Une finale est envisageable, mais ce sera très difficile. Le principal handicap reste le manque d’automatismes. Beaucoup de joueurs se connaissent peu et Lucas Zidane n’en est qu’à sa troisième sélection. Cette CAN servira aussi de préparation pour la Coupe du monde.
Quel regard portes-tu sur le travail de Vladimir Petković ?
Je n’ai pas grand-chose à dire. Il a sa méthode, c’est quelqu’un qui travaille. Il est souvent critiqué parce qu’il parle peu aux médias, mais son travail est correct pour l’instant. Il faut le laisser travailler, en Algérie, on a malheureusement tendance à critiquer systématiquement les entraîneurs.
Tu étais titulaire lors du Mondial 1982 face à l’Allemagne de l’Ouest. Comment avez-vous réalisé cet exploit ?
La préparation avait été excellente. Nous avions affronté des équipes comme le Real Madrid, que nous avions battu 2-1. Il y avait une génération exceptionnelle : Salah Assad, Rabah Madjer, Lakhdar Belloumi. Les Allemands nous avaient un peu chambrés. Trois jours avant le match, on les voyait se baigner, et on s’est dit entre nous qu’on allait faire le casse du siècle. Et on l’a fait. On ne voulait surtout pas entrer dans un combat physique avec eux. On les a battus grâce à notre football : la vitesse d’exécution, le jeu à une touche, la technique individuelle et collective.
Le meilleur joueur que tu as vu jouer ?
Mustapha Dahleb. Il y a eu beaucoup de grands joueurs — Belloumi, Assad, Madjer — mais je mettrais une pièce sur Dahleb.
En 2014, l’Algérie s’incline 2-1 après prolongations contre l’Allemagne. Auriez-vous pu faire mieux ?
Oui. On pouvait gagner dès les vingt premières minutes avec Slimani. Notre jeu était basé sur les centres, et Slimani excelle dans ce domaine.
Mais certains joueurs avaient jeûné. Et les prolongations, après une journée sans boire ni manger, c’était très compliqué. Le seul regret que j’ai, c’est d’avoir joué ce match pendant le ramadan. Malgré tout, on a montré que l’Allemagne n’était pas intouchable. Ce jour-là, au Brésil, on méritait peut-être mieux, mais physiquement, on n’a pas tenu.
L’Algérie affrontera l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie au Mondial 2026. Quelle sera la clé ?
Il faudra battre l’Autriche. L’Argentine passera, même si ce n’est plus celle d’il y a quatre ans. Messi aura 39 ans en juin. Battre l’Autriche serait une revanche symbolique après la trahison de 1982 (NDLR : match de la honte, Allemagne de l’Ouest - Autriche, 1-0). Si cette génération y parvient, ce sera un immense plaisir pour moi.
Argentine – Algérie en ouverture, comme en 1982 ?
Exactement. L’Allemagne à l’époque, l’Argentine aujourd’hui. L’Autriche encore, et la Jordanie qui rappelle un peu le Chili. La clé restera l’Autriche, notre ennemi numéro un.
Que penses-tu du nouveau format de la Coupe du monde ?
Il permet à davantage de pays de participer et d’offrir plus de matchs tous les quatre ans.
Peut-on revoir une nation africaine atteindre le dernier carré d’un Mondial ?
Oui, à condition d’avoir de la stabilité et un travail sérieux du sélectionneur. Le football international ne se limite pas à l’Europe ou à l’Amérique, l'Afrique a aussi sa place.
Nous avons un avantage majeur : beaucoup de nos binationaux sont formés en France, le meilleur pays au monde en terme formation.