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Analyse Football

Vinicius Jr : Analyse de l'attaquant le plus impactant de la décennie

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Avec déjà deux Champions League glanées au Real dans l’ère post-CR7, Vinicius Jr a factuellement de quoi revendiquer le statut de meilleur joueur des années 2020. Doté d’une agilité exceptionnelle, le Brésilien se base sur cette aptitude pour optimiser sa morphologie. Souvent décisif à l’heure du diner, il a développé une palette très large, sur les grands et les petits espaces. Détail de son efficace méthode biomécanique, avant de retrouver des Citizens face auxquels il sera plus attendu que jamais, alors que l’attaque madrilène est décimée, privée de Mbappe, Bellingham et Rodrygo.

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Vinicius Jr en pleine célébration après un énième but décisif en Champions League © IMAGO / PGS Photo Agency

Qu’est-ce que l’agilité en football ? On pourrait, simplement la définir comme suit : Changer de direction ou de posture très rapidement, tout en conservant le contrôle de son corps, et de son centre de gravité.

Quel que soit le geste qu’il réalise, un footballeur doit répondre à la prérogative ardue de tenir sur une patte, tout en permettant à l’autre de toucher le cuir dans de bonnes conditions. Le tout, bien entendu, en se donnant les moyens corporels de masquer ses intentions, aux gardiens et aux défenseurs.

À ce moment-là, chacun sa méthode pour garder l’équilibre et créer la séparation. On va le voir, l’agilité est au centre de la sienne. Ou plutôt des siennes.

Salut les terriens

Culminant à 1m76, Vinicius revendique des jambes plutôt longues proportionnellement à sa taille, et donc moyennes dans l’absolu. Moyennes, mais pas courtes. On va le voir, le Brésilien fait bon usage de ses segments.

En règle générale, les longues jambes sont associées à un profil aérien, c’est-à-dire à un centre de gravité assez haut et les jambes plus courtes à un profil terrien. Le duel CR7 - Messi est l’illustration la plus nette de cette opposition. L’attaquant aérien, portés par de longs segments, dribble en extension, il touche moins le ballon et ne cherche pas à se "plier". Des profils comme Doué ou Semenyo sont aujourd’hui les clairs héritiers de CR7 dans ce registre.

Pied inversé à gauche, l’ailier aérien va donc pousser le ballon de l’extérieur du droit ou l’intérieur du gauche. En tout cas en restant relativement droit, et sans chercher un contact ultra-fréquent avec le ballon, comme peut le faire un profil terrien comme Messi ou Hazard.

Cette posture tranche, par opposition, avec celle des joueurs terriens, plus à l’aise dans tout ce qui a trait à la flexion. Et donc redoutables pour dribbler (avec des angles beaucoup plus aigus) de l’intérieur du (bon) pied.

Entre terriens et aériens, qui n’activent pas les mêmes chaines musculaires, et n’ont donc pas le même chemin vers l’équilibre, la dichotomie flexion vs extension se constate aussi, nettement, sur les tirs. On le voit ci-dessous : le terrien se plie, quand l’aérien s’étend. Pour créer la séparation, le terrien rentre sur son intérieur du pied en se pliant, l’aérien pousse de l’extérieur en étant droit.

Autre différence fondamentale visible ci-dessus avec Messi : le terrien doit générer de l’élan pour pouvoir tirer fort. L’aérien, quant à lui, peut tabler sur l’effet "catapulte" de ses longues jambes pour générer cette puissance, même sans élan. Et peut donc rester relativement raide au moment de tirer, comme on peut le constater avec CR7. L’aérien n’a pas besoin de tout le poids de son corps, contrairement au terrien.

Ainsi, si Vinicius, élancé et porté sur de longues jambes, penche vers le profil aérien, sa taille standard et sa capacité à abaisser facilement son centre de gravité lui offrent une palette très large. Et la possibilité de tirer le meilleur profit des deux profils moteurs. Ce qui compte, et c’est ce qui fait sa force et son efficacité sur les grands, comme les petits espaces : là où la majorité des joueurs sont à l’aise pour faire l'un et mal à l’aise pour faire l'autre, le Brésilien sait combiner les méthodes des deux profils, non seulement pour créer la séparation mais aussi pour tirer. D’où un panel de buts et d’action décisives très varié.

Petits espaces : Tir en extension, dribble en flexion

Qu’il soit un vrai aérien ou un faux terrien, peu importe : Vini a largement la capacité de braquer à 90° sur sa gauche au moment de faire face à un élément défensif du côté droit adverse. Ne culminant qu’à 1m76 bien que dégageant une attitude assez élancée, il n’a pas de mal à abaisser son centre de gravité pour passer "sous" l’épaule du défenseur ou "tourner" selon des angles menus et précis, comme on va le voir dans la session de fine couture qui précède son but à Anfield.

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Kimmich et De Ligt feront la pénible expérience de cette aptitude dans une demi épique qui aurait largement dû participer à offrir le ballon d’or 2024 au Carioca (13 dribbles réussis ce soir-là)
L’option du dribble vers l’extérieur (de l’intérieur du droit) n’est pas à exclure pour l’adversaire direct de Vini : Alors que Kimmich est aligné à 2 reprises, De Ligt offre du terrain à Vini sur la dernière séquence ci-dessus

C’est extrêmement net sur le banger récent de l’aller face à Benfica : Dedic fait le pas arrière de trop en voulant anticiper ce scénario, et sort de l’axe ballon-but.

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Dedic veut assurer le coup et se prémunir du coup de volant à 90° de Vinicius sur l’extérieur. Mal lui en prend : cette frousse légitime l’a éjecté de l’axe ballon-but : c’est déjà trop tard face à la vitesse d’organisation de Vinicius, qui va aligner le gardien

Il convient de le préciser : Vinicius a l’habitude assez nette de conduire le ballon "dans ses chaussettes". Donnant presque à sa posture des airs disgracieux. Et précipitant, peut-être, cette priorisation des défenseurs adverses, qui ont tendance à "le laisser tirer". C’est en quelque sorte la logique de Dedic ci-dessus.

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A priori, Vini, qui conduit le ballon avec peu d’amplitude, avec le ballon trop près du corps pour enchainer, sans quelques pas d’ajustements et une petite "passe pour lui-même"

C’est le premier moment où la remarquable agilité de Vinicius entre en jeu : avec quatre appuis supersoniques, le leader Madridiste change brutalement d’angle et d’orientation, et produit une trajectoire assez lobée pour que le ballon retombe dans lucarne opposée de Trubin.

Vinicius n’a pas besoin d’une touche supplémentaire pour pousser le ballon et ainsi créer l’angle pour tirer. C’est son corps qui s’adapte au ballon. Dans cette posture, il peut profiter de ses jambes (plutôt) longues pour frapper le cuir puissamment, sans trop d’élan. Un but "d’un autre monde", dixit l’expérimenté entraineur adverse.

Le but iconique inscrit à Anfield en 2022 raconte la même histoire : Feinter de pousser intérieur du droit, pour désaxer le défenseur du but, finalement rentrer à l’intérieur et exécuter le gardien avec une vitesse d’exécution surprenante.

Alors que Vini reçoit dans les pieds, il feint d’accélérer entre Gomez et Trent, dans un mouvement de flexion. Les Anglais sont tenus en respect par la feinte de corps, alors que le ballon reste, comme souvent dans l’axe de Vinicius. Trop pour pouvoir tirer, croit-on alors.

La feinte de Vinicius (de partir sur son intérieur de pied droit, en flexion) fonctionne… Derrière, sa capacité à armer très rapidement grâce à des appuis très vifs, ne laisse pas à Joe Gomez le temps de se réorganiser. Filoche

En restant sur l’axe du but, Gomez imagine que sa défense zonale suffit à contenir le danger. Et que Vinicius n’aura pas le temps de se réorganiser pour tirer.

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Face à la feinte de corps de Vinicius, Joe Gomez priorise nettement la profondeur et l’option de Vinicius qui "pousse". Il n’imagine pas à la fois pouvoir sortir de l’axe ballon-but, et être pris de court par la rapidité de l’armée du Brésilien

L’agilité et la capacité de Vinicius à enchainer, sans déchet, des appuis précis et explosifs, fait la différence : deux touches de l’extérieur du pied, avant de projeter son pied gauche avec un gainage suffisant pour balayer le cuir sans aucun élan. Une utilisation parfaite de ses longues jambes.

L’aérien Lewandowski ne pourrait pas ajuster aussi vite ce dribble de l’intérieur du pied, et le terrien Robinho ne saurait pas décocher ce swing soudain digne de Tiger Woods : l’agilité de Vinicius est le pont entre ses actions terriennes (en flexion) et aériennes (en extension).

Tirer avec le ballon dans les chaussettes n’est pas un souci pour Vini. Il peut conduire le ballon comme Hazard et le catapulter à la seule force de ses jambes comme un Doué ou un Semenyo

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard de voir dans ce même match, un minasse à l’arrêt (à l'instar d'un Doué) pousser Neuer à la faute pour le but mémorable de Joselu.

On va le voir, le mix dribble en flexion + tir en extension fonctionne aussi dans l’autre sens. Et c’est certainement là que le Brésilien se distingue : il peut intervertir le combo vu ci-dessus, adapté à un petit espace, pour combiner conduite aérienne (étendue) et frappe terrienne (fléchie), plus adaptée à un grand champ d’action. D’où cet arsenal ultra-large, et une capacité certaine à opérer sur tous types d’espaces… Des atouts certainement pas étrangers à son habituelle efficacité dans les grands rendez-vous.

Grands espaces : Dribble en extension, tir en flexion

Dans un Real pour le moins polymorphe, pour ne pas dire chaotique, il faut bien qu’un élément soit capable d’avaler de grands espaces. Particulièrement lors du sacre de 2022, marqué par le sceau du bloc bas, et de contres grandeur nature. Et c’est certainement dans cet aspect que le profil de Vinicius fut indispensable au sacre madrilène.

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Avant un but légendaire face au BVB, Vini pousse le cuir de l’intérieur du gauche, et profite de ses longs segments pour fendre vers le but

Sans entrer dans trop de détails, il est naturellement difficile pour un joueur terrien d’avaler de grandes distances. Les aériens, dotés de plus grands segments font de plus grands pas, et sont donc plus aptes à prendre des angles qui se rapprochent de 180° au moment d’orienter brutalement le cuir vers le but.

Alors qu’il doit aller tout droit vers le but, Vini utilise ici l’intérieur du droit à droite (l’exterieur du gauche aurait aussi fonctionné) pour rester droit, "en mode aérien", et file vers le but sans se désaxer. La bonne surface et la bonne posture pour la bonne situation

Avec les dispositions morphologiques qui sont les siennes, Vinicius sait aussi courir en mode Doué/CR7/Semenyo. C’est-à-dire en rehaussant son centre de gravité pour enchainer 4/5 pas entre les touches de balles, et ainsi avaler 40 ou 50 mètres. Illustration lors de son rush décisif sur la pelouse de City en 2022, où il va inverser les outils biomécaniques vus plus haut : être aérien pour prendre de la vitesse sur un grand espace, et terrien pour finir, et scorer.

Vinicius y montre une excellente gestion de différents centres de gravité :

- D’abord très bas, sur la feinte de corps initiale qui trompe Fernandinho, latéral d’un soir.

- Puis assez haut, au moment de pousser le cuir en minimisant les contacts avec le ballon.

- Et enfin à nouveau bas, pour réajuster sa position et finir impeccablement.

Comme c’est souvent le cas, il est capable de prendre suffisamment de vitesse pour se permettre de décélérer, juste ce qu’il faut, pour ajuster ses appuis de manière ajuster le gardien. Un art dans lequel Vinicius excelle. C’est net face à Ederson sur ce qui maintient le Real en vie à l’aller.

Que fait Vinicius avec son corps ? Il se positionne à gauche du ballon pour pouvoir le travailler, tout en tombant vers l’avant, en fonction de ce que lui propose Ederson dans les cages. Impossible à faire pour un pur aérien sur longues échasses.

On voit bien ci-dessus qu’Ederson bouche le tir le plus évident pour un joueur raide en bout de course : entre les jambes (avec son genou droit, alors que la jambe gauche va s’étendre). En décalant légèrement ses appuis, tout en agilité, Vinicius prend ses dispositions pour donner juste assez d’effet au ballon et contourner son compatriote. C’est sa capacité à tirer "en tombant" tout en ayant pris soin de ses décaler sur sa gauche par de savants pas d’ajustement.

Comme dans le schéma vu plus haut (conduite en flexion et tir en extension), l’agilité est le pont entre les deux méthodes. C’est elle qui permet à Vini de se réorganiser efficacement.

Projet de buts

Entraineur brillant, Xabi Alonso avait, sur le papier, tout pour faire rayonner les talents offensifs du Real avec son style vertical et réactif. Vinicius n’est d’ailleurs pas nécessairement le joueur qui aura fait dérailler son projet d’un point de vue terrain. Témoin son but, dans son style le plus caractéristique, inscrit face à Koundé lors de la Supercoupe, fatale au technicien basque (défaite 3-2).

Multi-profil et multifonction, on s’aperçoit, peu importe l’entraineur sur le banc du Real ou sur celui de l’adversaire, que le projet de jeu du Real, c’est lui.

Cette capacité à s’organiser pour finir est la variable qui a privé Guardiola d’un potentiel back-to-back en LDC, alors que City semblait survoler son sujet collectivement face au Real en 2022. D’ailleurs, avant le massacre du retour en 2023, c’est déjà Vinicius sur un ballon qui semblait à nouveau trop proche de lui pour faire mouche qui avait failli faire dérailler une fois de plus les projets du coach Catalan.

S’il reste un tant soit peu d’espoir au Real avant cette cinquième double confrontation d’affilée face à Manchester City en phase finale de Ligue des champions, il le doit en grande partie à la présence de son caméléon brésilien. Déjà 2 fois couronné, Vinicius est certainement l’offensif le plus décisif de la décennie dans la compétition reine.

Si ses innovations tactiques causent toujours des mots de têtes à ses adversaire, Guardiola est le premier à le reconnaitre : la zone de vérité appartient aux joueurs. Plus que jamais, le Real aura besoin de son meilleur atout pour y accéder, et y faire mouche.

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