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Cristiano Ronaldo, patron officieux du football portugais

Sacha

À 41 ans, Cristiano Ronaldo n’est plus seulement le capitaine de la Seleção. Il est devenu un actif économique, médiatique et populaire dont le poids dépasse largement celui d’un simple joueur. Explications.

CRISTIANO RONALDO
CR7 est devenu un poids pour la sélection - IMAGO / Anadolu Agency

Au Portugal, difficile d’imaginer une décision concernant la sélection nationale sans que la question CR7 ne s’invite autour de la table. Et les premiers jours de l’ère Jorge Jesus viennent encore de le démontrer.  Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la relation entre Cristiano Ronaldo et la Fédération portugaise de football (FPF). Officiellement, les rôles sont parfaitement définis : Pedro Proença préside la fédération, Jorge Jesus est le sélectionneur et Cristiano Ronaldo est le capitaine et le joueur vedette. Mais dans les faits, le rapport de force autour de la Seleção est beaucoup plus particulier. Car Ronaldo est devenu bien davantage qu’un joueur de l’équipe nationale. Il est l’un des principaux actifs de la marque Portugal.

Les chiffres du dernier Mondial sont particulièrement révélateurs. Une étude réalisée par l’agence NOSSA Sports et la plateforme Felton a estimé que les publications de Cristiano Ronaldo avaient généré 85,2 millions d’euros de valeur économique d’audience, contre 68,1 millions pour l’ensemble des publications de la Seleção sur la période étudiée. Une seule publication de CR7 aurait même généré davantage de valeur que les centaines de contenus publiés par l’équipe nationale. 

Autrement dit : lorsqu’il est là, Ronaldo ne représente pas seulement onze joueurs sur un terrain. Il représente une audience mondiale, une exposition internationale et, mécaniquement, une puissance commerciale considérable.

Une fédération qui capitalise sur la marque CR7

La FPF ne s’en cache d’ailleurs pas. En février dernier, elle a signé un partenariat avec AVA CR7, la société spécialisée dans la récupération et la performance créée autour de la marque de Ronaldo. L’accord fait de la société un partenaire officiel de récupération des sélections portugaises jusqu’à la fin de 2026. Et ce n’est pas un détail.

La FPF cherche depuis plusieurs années à internationaliser sa marque. Ronaldo possède déjà une audience mondiale gigantesque et permet à la Seleção de toucher des marchés qui dépassent largement les frontières du Portugal. Pendant le Mondial 2026, l’étude NOSSA Sports/Felton relevait d’ailleurs que seulement 14 % de l’audience active de la Seleção se trouvait au Portugal.  Le raisonnement économique est donc assez simple : la présence de Ronaldo augmente considérablement la visibilité de la Seleção et sa capacité à intéresser des partenaires commerciaux internationaux.

La FPF a même signé en 2026 un partenariat avec TAP pour faire de la compagnie aérienne le transporteur officiel de la Seleção, dans un cycle qui englobe le Mondial 2026 et la préparation du Mondial 2030, organisé notamment au Portugal. 

Et puis il y a Jorge Jesus…

C’est ici que le symbole devient particulièrement intéressant. Le nouveau sélectionneur connaît Cristiano Ronaldo mieux que quasiment n’importe quel autre entraîneur portugais : il l’a dirigé à Al-Nassr lors de la saison précédente et a remporté le championnat saoudien avec lui. Lorsque Jorge Jesus a été nommé à la tête du Portugal en juillet, il a immédiatement expliqué qu’aussi longtemps que Ronaldo serait disponible et sélectionnable, il compterait sur lui. Il a surtout affirmé que CR7 ne serait « jamais un problème » pour lui ou pour la sélection. Quelques semaines plus tard, le discours reste extrêmement respectueux du statut du capitaine.

Jesus reconnaît que Ronaldo possède « un statut différent », lié notamment à ses titres et à ses cinq Ballons d’Or, tout en répétant que ses décisions doivent officiellement reposer sur les performances. Mais la scène organisée par la FPF le 23 septembre est particulièrement révélatrice de l’importance du personnage.

Pour lancer médiatiquement l’ère Jorge Jesus, la fédération a placé la conférence de presse de veille de match au cœur de son Portugal Football Summit. Et Cristiano Ronaldo est apparu aux côtés de son sélectionneur devant plusieurs centaines de personnes. Ce qui devait être une conférence de presse classique s’est transformé en véritable événement autour du duo Jesus-Ronaldo. Jorge Jesus a même expliqué devant les journalistes que Ronaldo était « un symbole de Portugal et de la Seleção ». 

Ronaldo décide de continuer ? La Seleção continue avec lui

Après le Mondial 2026, Ronaldo avait confirmé que cette Coupe du monde serait sa dernière mais n’avait pas immédiatement fermé la porte à une poursuite de sa carrière internationale. Puis, en septembre, il a finalement décidé de continuer. Et son discours est particulièrement révélateur de son rapport à la sélection. « Les Portugais comptent sur moi. C’est pour cela que je suis encore là », a-t-il expliqué, avant d’ajouter qu’il partirait le jour où il estimera ne plus apporter suffisamment à l’équipe.

La nuance est importante : Ronaldo ne dit pas que la Fédération lui demande de rester. Il explique que son propre jugement sur son utilité pour le Portugal est déterminant dans sa décision. Et c’est précisément ce qui nourrit cette impression d’un pouvoir hors norme. Il ne s’agit pas d’un contrat ou d’un pouvoir institutionnel. Il s’agit d’un pouvoir d’influence construit pendant plus de vingt ans.

Même le spectacle autour de la Seleção passe par lui

Un détail en dit long. Lors de son premier match à la tête du Portugal, Jorge Jesus a titularisé Ronaldo face au pays de Galles. Et lorsqu’il l’a finalement remplacé à environ 25 minutes de la fin, le sélectionneur a dû expliquer sa décision : il voulait simplement apporter davantage de fraîcheur et de capacité de pressing avec Gonçalo Ramos.  Jesus avait pourtant déjà affirmé que Ronaldo n’avait aucun droit automatique à jouer. C’est justement toute l’ambiguïté de la situation : officiellement, l’entraîneur décide. Mais dans l’environnement portugais, Ronaldo occupe une place qui rend chacune de ces décisions beaucoup plus symbolique que pour n’importe quel autre joueur. Et Jorge Jesus en est parfaitement conscient.Lorsqu’il entraînait Al-Nassr, il avait d’ailleurs remplacé Ronaldo à plusieurs reprises. Il rappelle aujourd’hui qu’il l’a fait 16 fois la saison précédente.  La relation n’est donc pas celle d’un joueur qui dicterait ouvertement sa loi à son entraîneur. Elle est peut-être plus subtile : Jesus sait exactement avec quel personnage il travaille.

Le véritable enjeu pour la FPF : le jour où Ronaldo dira stop

C’est probablement là que se trouve le vrai pouvoir de Cristiano Ronaldo. Le président de la FPF, Pedro Proença, a lui-même reconnu en mai que le Mondial 2026 pourrait être le dernier de Ronaldo et avait alors déclaré que le Portugais aurait une place particulière dans le football national après sa carrière. La question n’est donc déjà plus seulement de savoir si Ronaldo doit jouer. La question est de savoir comment le football portugais va fonctionner sans lui car la FPF possède une marque forte, une génération de joueurs exceptionnelle et un palmarès qui lui appartient. Mais Ronaldo est devenu son visage mondial et les chiffres du Mondial montrent à quel point l’écart de puissance médiatique peut être spectaculaire.

C’est pourquoi Cristiano Ronaldo peut être considéré comme le patron officieux de la Seleção : non pas parce qu’il possède un pouvoir institutionnel sur la Fédération, mais parce que son poids sportif, commercial, médiatique et populaire lui donne une influence qu’aucun autre joueur portugais ne peut aujourd’hui égaler.

À 41 ans, il ne possède peut-être pas le bureau du président mais lorsqu’il décide de continuer, tout le football portugais continue de s’organiser autour de lui. 

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