Analyse tactique : Retour sur l'entrée en scène réussie de la Nati, généreuse et disciplinée
Sérieux défensivement et libérés offensivement, nos Suisses ont pris le pas sur la pourtant prometteuse Hongrie. Avec des cadres qui ont tenu leur rang et des joueurs offensifs impliqués et généreux, la Nati se met dans le confort avant d’affronter l’Écosse et l’Allemagne.
La Hongrie incapable de gérer Aebischer
C’est l’homme clé de cette première sortie accomplie : le Bolognais Michel Aebischer, sur le papier piston gauche du 3-4-3 de Yakin, mais en réalité positionné dans un rôle hybride, que le 5-2-3 assez zonal (et très passif) de Marco Rossi a eu toute les peines du monde à gérer.
Pour se sortir du premier pressing, les Helvètes s’en sont d’abord remise à la sérénité balle au pied de leur Citizen Manu Akanji, alors que les deux schémas se superposaient, la Suisse opposant un 3-2-5 (avec Aebischer et Widmer aux côtés des 3 attaquants) face à une ligne des cinq défenseurs. On y reviendra, le comportement de la "base" suisse à la perte fut également une part important de ces premiers succès offensifs. Toujours est-il que le jeu direct de la Nati porte ses fruits, forçant la Hongrie à se replier en 5-4-1, une étape dans laquelle, dès la 2e minute, Aebischer va faire passer un premier frisson.
Si le référentiel offensif des Hongrois est la balle, leur référentiel défensif, est lui, beaucoup plus spatial et zonal. Organisés en 5-4-1, les Magyars ont souffert des permutations et courses suisses, à commencer par celles de leur piston gauche. Le temps de jeu qui précède l’ouverture du score en est l’illustration :
En alternant avec Vargas (ailier intérieur gauche, en théorie) largeur et position intérieure, le Bolognais a mis Fiola (pison hongrois) dans l’embarras. Il fallait bien que quelqu’un s’occupe de l’ailier helvète, et à mesure qu’il écartait, Fiola était forcé de jouer tenir ce rôle, obligeant Lang (central droit) à récupérer Aebischer.
Les Suisses vont envoyer énormément de courses. La réaction naturelle ou attendue en face aurait été qu’ils finissent hors-jeu, milieux et attaquants hongrois s’organisant pour reformer de la densité autour du porteur, alors que la défense aurait avancé sereinement. C’est justement ce que les Hongrois ne vont pas réussir à produire défensivement. Malgré l’absence de véritable supériorité numérique derrière, Akanji et Xhaka assument leur CV et sont à leur main sous pression. Dans le même temps - et c’est peut-être l’un des causes des changements de Yakin - les attaquants se montrent généreux en appels, notamment à vide.
Le bloc Hongrois souffre face au mouvement suisse, et les attitudes contrastent. Côté Magyars, on est plus enclin à passer un marquage qu’à le récupérer, et on n’ose pas avancer la défense. Comme on le voit ci-dessus, la Suisse prend aussi le dessus d’un point de vue psychologique, jouant sans appréhension, alors que son adversaire semble pris par le stress.
On le voit ci-dessus : Nagy ordonne de récupérer le marquage d’un joueur derrière lui, sans pour autant qu’une pression arrive naturellement sur le porteur, devant lui.
C’est Kerkez, le piston qui couvre. Validant ainsi le travail de courses à vide fourni par Ndoye et (ici) Widmer, alors que les pointures de la base suisse font parler leur sérénité sous pression. Le second but, juste avant la mi-temps verra les mêmes causes produire les mêmes effets.
Des Suisses ultra-attentifs à (avant) la perte de balle
L’autre aspect où la Nati semble avoir particulièrement corrigé le tir, notamment par rapport à sa dernière sortie face à l’Autriche est la transition défensive. Dans différentes configurations (bloc haut et bas), les Helvètes se sont montrés intraitables, particulièrement Rodriguez, fautif sur l’ouverture du score de Baumgartner il y a 10 jours. Plus qu’une faille individuelle, ce but autrichien sanctionnait un manque criant de coordination entre les trois centraux de Yakin. Une coordination qui devait inclure d’autres joueurs, étant donné les multiples permutations que nous avons pu constater jusqu’à présent.
L’état d’esprit au rendez-vous
Un temps de jeu à multiples efforts, contre-efforts et changement de direction et de rythme, qui indique le mode "Compétition" activé côté Nati. Dans son rôle de premier contre-presseur, l’expérimentée paire Xhaka – Freuler a également donné le change. C’est prometteur quand on met ces accomplissements en perspectives avec la générosité montrée dans les courses, décisive dans une première période ou les joueurs Suisses ont aussi pris le dessus mentalement. On remarquera aussi un certain nombre d’attitude positives dans la communication pendant la phase offensive, l’ouverture du score rapide aidant la Nati à se mettre sur les bons rails.
De bonne augure avant de jouer l’Écosse, qui présente des caractéristiques défensives communes avec la Hongrie, et qui sera nécessairement vulnérable après s’être faite éparpillée par une Allemagne cinq Étoiles. Aux Suisses de profiter de cette dynamique favorable pour initier un tournoi prometteur.