L'avènement tortueux du champion du monde Lucas Malcotti
Lucas Malcotti a (presque) tout vécu au cours de sa carrière. Retour sur le parcours tortueux du Valaisan de 31 ans.
Lucas Malcotti est devenu champion du monde à l'épée à Hong Kong fin juillet, alors qu'il ne compte qu'une victoire en individuel en Coupe du monde. Le Valaisan de 31 ans est revenu sur son parcours pour Keystone-ATS. Proche de prendre sa retraite sportive en 2024, il a dû se réinventer pour atteindre les sommets.
Près d'un mois après son sacre, Lucas Malcotti plane encore. Le champion du monde savoure encore un succès "incroyable", selon ses propres termes. Revenu des Mondiaux blessé à un pied, il retrouve petit à petit l'entraînement avec l'équipe nationale à Cham, non sans avoir fait un détour par Sion. Là-bas, il a pu prendre conscience de l'ampleur de son exploit grâce à une célébration dans les rues de la ville où tout a débuté pour lui.
L'idylle entre lui et l'escrime a commencé au détour d'une balade avec sa mère lorsqu'il n'avait que huit ans, comme Malcotti se plaît à le raconter. "Elle a vu que je regardais pas mal les jeunes dans la salle et puis m'a dit +si tu veux on peut aller essayer+. Nous avons demandé, et la semaine d'après je commençais", se remémore-t-il.
Très vite, il se prend au jeu: "J'ai rapidement mis la priorité sur l'escrime et la compétition dans ma vie, y compris au détriment des études", sourit celui qui a tout de même obtenu son diplôme de géomaticien. Les portes de l'équipe de Suisse s'ouvrent naturellement à lui. "J'ai directement montré ma rigueur et ma détermination à évoluer à haut niveau", déclare celui qui s'entraîne d'ordinaire entre 25 et 30 heures par semaine.
En 2018, l'épéiste se révèle au grand public lors de son premier titre mondial chez les élites, lorsqu'il met la Suisse - menée alors par Max Heinzer - sur la voie du succès en finale par équipe. S'ensuit une médaille de bronze avec ses coéquipiers aux Mondiaux de 2019, qui fait grandir les attentes autour des épéistes avant les JO 2020.
Mais le Covid vient rebattre les cartes. "Pour moi, ce fut une période très difficile. Je n'étais pas loin de la dépression" avoue l'imposant athlète de 185 cm. D'autant plus que lui et ses coéquipiers termineront à une décevante 8e place lors du tournoi olympique de Tokyo en 2021.
Le Saviésan donne quelques pistes d'explications à ce trou d'air: "Durant la pandémie, tous les athlètes étrangers n'avaient pas les mêmes restrictions, et certains ont pu continuer de s'entraîner. Alors que pour nous, même s'entraîner était compliqué, on devait parfois le faire en secret."
L'année 2023 a des airs de tournant pour Lucas Malcotti. Il décroche en effet son premier succès en individuel en Coupe du monde, lors du Grand Prix de Berne. "C'est vraiment l'approche mentale qui faisait défaut. Il y a également un aspect tactique, car en équipe, tu rentres en lice avec un plan clair: selon si tu mènes au score ou non, tu dois attaquer ou défendre. Alors qu'en individuel, tu dois écrire ton scenario du début à la fin."
Ce succès le pousse à opérer deux changements: il engage alors un préparateur mental, puis change de préparateur physique. Car son corps n'est pas épargné par les blessures. La faute à son style basé sur l'impact physique, qui met sous tension ses adducteurs et ses chevilles. "J'ai décidé de lever un peu le pied en salle de force. J'en faisais un peu trop et ça se ressentait épée en main", souligne le Valaisan.
Malgré cette consécration bernoise, le Saviésan manque les Jeux de Paris 2024. "Je me suis blessé pendant la période de qualification aux JO. Et nous avons raté notre ticket par équipe, qui nous aurait permis d'accrocher trois qualifications en individuel", se rappelle-t-il.
Après cet échec majeur, il songe à tout arrêter. Jusqu'à ce qu'un coup de téléphone lui redonne espoir. "La Fédération m'a demandé si j'avais une idée d'un entraîneur qui pourrait prendre la tête de l'équipe nationale, révèle Malcotti. J'ai donc cherché un profil qui pouvait correspondre à moi et aussi au reste de l'équipe. C'est comme ça que j'ai pris contact avec le coach actuel Daniel Jérent."
Le Français, champion olympique par équipe à Rio en 2016, accepte de relever le défi. Et sous sa houlette, les Suisses remportent trois des cinq étapes de Coupe du monde au programme entre décembre 2025 et mai 2026.
Lorsque le Valaisan se présente à Hong Kong fin juillet, rares sont ceux qui misent sur celui qui avait terminé au 51e rang individuel des Européens un mois plus tôt. Pourtant, "l'anomalie était qu'il n'avait jamais obtenu des résultats de cet ordre, et non pas qu'il performe à ce niveau", martèle son entraîneur Daniel Jérent.
Un sentiment confirmé par son protégé: "Il y a une continuité entre mes sensations incroyables de cette saison et celles de Hong Kong, même si je n'avais pas fait de podium auparavant. Mais ça m'a permis d'arriver aux Mondiaux avec confiance", déclare-t-il.
La suite est connue: le 22e mondial, mené à plusieurs reprises durant la compétition, écarte deux membres du top 10, dont l'Italien Davide Di Veroli en finale, pour se parer d'or.
Auréolé de son titre, Malcotti rêve de marcher dans les pas d'un autre sociétaire sédunois, Jean-Blaise Evéquoz, médaillé de bronze par équipe aux JO de 1976. Voire dans ceux de Marcel Fischer, seul épéiste suisse à avoir été sacré champion olympique à Athènes en 2004.
"Je pense qu'il faut croire en sa petite étoile, car je ne crois pas avoir été destiné à devenir champion du monde étant jeune. J'ai pris le temps de me construire, et mon parcours m'a permis de devenir l'homme que je suis", confie-t-il.
Lucas Malcotti espère désormais faire son retour à l'occasion du GP de Berne début novembre. D'ici là, il aura encore tout loisir de savourer son nouveau statut, acquis de haute lutte, avant de se lancer dans une bataille tout aussi difficile: celle de la confirmation en vue des JO de Los Angeles 2028.