La réforme du double envisagée fait bondir les spécialistes
"Ils sont en train de retirer du travail à des gens qui bossent depuis des années." Comme le Français Albano Olivetti, plusieurs spécialistes du double se sont émus jeudi à Wimbledon des projets de réforme de la discipline envisagés par l'ATP.
Le circuit masculin "essaie clairement de diminuer le nombre de joueurs de double, ou de spécialistes de double comme ils appellent ça", a accusé Olivetti, 21e au classement de la spécialité.
"Sur les Masters 1000, l'ATP vise une réduction du tableau de moitié" d'ici 2028, pour passer de 32 paires de deux joueurs à 16 équipes de double, a assuré le Français.
Le circuit masculin aurait aussi pour objectif de "réduire les tableaux sur les ATP 250 et 500", des tournois moins prestigieux qui mettent en compétition 16 paires de double à l'heure actuelle, a-t-il complété, même si "ce n'est pas encore écrit noir sur blanc".
En plus de limiter le nombre de participants aux tableaux de doubles, l'ATP chercherait aussi à réduire le pourcentage de revenus des tournois versés aux joueurs de double, pour augmenter les sommes offertes aux joueurs de simple.
A titre d'exemple, Guido Andreozzi et Manuel Guinard, les vainqueurs du tournoi de double au Masters 1000 d'Indian Wells, se sont partagés un peu plus de 468'000 dollars américains en mars (environ 375'000 francs).
Jannik Sinner, vainqueur en simple dans le désert californien, a empoché un peu plus d'1,15 millions de dollars (soit 920'000 francs).
Un porte-parole du circuit masculin a reconnu que l'association "travaillait sur le produit que représente le double, sur la taille des tableaux et la distribution des revenus aux joueurs".
"L'objectif est de créer un modèle plus soutenable à long terme tout en préservant le rôle important du double sur le circuit", a développé l'ATP.
"Nous évaluons également si des changements au modèle actuel du double pourraient permettre d'investir davantage dans la dotation" versée aux joueurs de simple éliminés dans les premiers tours des tournois, "aidant ainsi plus de joueurs de haut niveau à assumer les coûts d'une carrière sur le circuit", a conclu le porte-parole.
"Pourquoi on oppose toujours simple et double?" s'est interrogé jeudi le spécialiste néerlandais du double Sem Verbeek.
"On ne prétend pas que nous autres, en tant que spécialistes du double, nous exerçons la même force d'attraction" pour les spectateurs "que les joueurs qui sont bien classés en simple", a-t-il reconnu dans une interview avec le journal batave "De Volkskrant". Mais "on est d'abord des joueurs de tennis avant d'être des joueurs de double", a-t-il insisté.
"Ce qui est horrible, c'est qu'ils sont potentiellement en train de retirer du travail à des gens qui, depuis des années, bossent dans ça", s'est inquiété Albano Olivetti.
"Moi, j'ai 25 ans, ça fait 15 ans que je joue au tennis, que je ne joue qu'en double", a renchéri son partenaire Théo Arribagé. "Est-ce qu'à 27 ans, ils peuvent me dire 'Tu ranges les raquettes, tu te débrouilles et salut?'", se questionne le 23e mondial.
Informés mardi par leurs représentants auprès de l'ATP des projets du circuit masculin, les spécialistes du double comptent se mobiliser dans les prochains jours pour tenter de peser sur les arbitrages du circuit.
Mais l'Argentin Horacio Zeballos est persuadé que quoi que fassent les joueurs, l'ATP passera en force. "Je ne sais pas si les joueurs ont réellement le pouvoir d'arrêter ce projet. J'aurais tendance à dire que non", a anticipé le 3e mondial.
"Quels que soient les potentiels changements, ils seront développés en consultation étroite avec les joueurs, les tournois" et la gouvernance de l'ATP, a martelé le porte-parole du circuit masculin.
"Toute décision sera prise dans le meilleur intérêt du tennis et de ses consommateurs", a conclu l'ATP.