Christiane Berset Nuoffer (coach) : "Le record du monde n'a jamais été un objectif"
Coach d'Audrey Werro, Christiane Berset Nuoffer ne s'enflamme pas malgré le chrono stratosphérique (1'53''98) signé par sa protégée sur 800 m dimanche à Stockholm. "On va simplement continuer à travailler", lâche la technicienne fribourgeoise, qui s'est confiée par téléphone à Keystone-ATS juste avant de quitter la Suède.
Comment avez-vous vécu cette course ?
"Comment l'expliquer ? J'étais dans les tribunes, et ne regardais que la tête de la course. J'étais scotchée par son scenario et par les temps de passage. Dans le final, je tremblais. Je sentais que quelque chose était en train de se passer, mais je ne savais pas quoi. C'est fou. Quand elle a gagné, je me suis dit "wouah! Quelle maturité". C'est fou comme elle parvient désormais parfaitement à gérer ce genre de course. Audrey ne se met vraiment pas de limite. Elle ose tenter ce qu'elle a envie, elle essaie toujours quelque chose."
À quel moment avez-vous compris qu'elle pouvait réussir un tel chrono ?
"Je regardais les temps de passage de Rachel (Pellaud-Klopfenstein, la lièvre, qui a passé en 55''54 à mi-course) jusqu'à ce qu'elle sorte de la course. Ensuite je me suis concentrée sur la piste. J'ai vu qu'elle était sur les talons de Keely. Mais je ne m'attendais clairement pas à un tel chrono. Eventuellement 1'55 bas. Les conditions atmosphériques étaient aussi idéales. Et quand Audrey a vu que ça partait vite, elle a su se placer en tête de course derrière Rachel. Elle a ensuite réussi à rester dans le sillage de Keely, qui a elle-même été surprise par ce qu'a réalisé Audrey."
Vous-êtes vous tout de même enflammée en comprenant qu'il s'agissait du 3e chrono de l'histoire ?
"Je suis du genre à garder les pieds sur terre. On va simplement continuer à travailler. Et je ne veux pas revivre la situation de 2025, lorsque les médias la voyaient déjà sur le podium des championnats du monde de Tokyo. La concurrence est immense sur 800 m. Ce n'est pas parce qu'elle possède le meilleur temps de l'année, un super chrono même, que les choses doivent changer pour nous. Mais c'est vrai que, quand j'ai vu son temps, j'étais incrédule. Je me demandais ce qui venait de se passer."
Les sollicitations seront nombreuses à n'en pas douter, notamment de la part des organisateurs de meetings. Allez-vous modifier le planning d'Audrey ?
"Non. Elle va courir à Ostrava (le 16 juin), à Paris (le 28 juin), puis à Fribourg (le 1er juillet) où elle prévoit un 400 m. Nous partirons ensuite en camp d'entraînement pour deux semaines, à Livigno comme l'an dernier. Des meetings importants sont prévus pendant ce camp, mais pas question de s'emballer et de modifier le planning. L'entraînement primera à cette période. Elle reprendra aux Championnats de Suisse (25/26 juillet), puis ce seront les championnats d'Europe à Birmingham (10-16 août). Et son programme sera aussi chargé après Birmingham."
Le record du monde (1'53''28 par Jarmila Kratochvila) peut-il tomber ?
"Avec Audrey et Keely, il y a désormais deux athlètes qui peuvent avoir cette perspective. Ce record peut tomber. Mais le record du monde n'a jamais été un objectif pour nous. Et pour le battre, il faut que toutes les conditions soient réunies. Des organisateurs vont-ils monter une course cet été pour tenter de le faire tomber ? Je n'en sais rien."