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PSG 2.0: Luis Enrique poursuit sa quête d’imprévisibilité

En surclassant Liverpool de façon spectaculaire, et inédite à ce niveau, le PSG a fait étalage de ses variations, toujours plus nombreuses. Dans une évolution de son schéma et de son animation, Luis Enrique active des leviers qui lui permettent de prendre à revers y compris les blocs les mieux organisés préventivement. Une quête d’imprévisibilité nécessaire et quasi-utopique face à laquelle les Reds - battus 2 à 0 - font presque une bonne affaire en limitant ainsi la casse avant le retour, malgré une rupture défensive littéralement inéluctable face à tant de variations

Lucho
Luis Enrique cherche toujours à perfectionner son PSG © IMAGO / DeFodi Images

6 dehors

C’était le premier enseignement du prometteur hiver 2025, après un automne ingrat, et le premier acte tactique fondateur de la révolution Lucho au PSG : 5 joueurs extérieurs et 5 joueurs intérieurs, plutôt que 5 joueurs en base et 5 joueurs finisseurs.

Intégré au "cinq intérieur", Vitinha – mobile et tonique - se distingue donc des autres références au poste par une grande mobilité et une activité plus haute que celle d’un pur 6. Sa projection en finale avant de servir Doué en est le meilleur exemple.

L’idée fondamentale de ce jeu de position 2.0 à la sauce Lucho : les cinq joueurs extérieurs qui sont donc autour du (et non devant le…) bloc adverse garantissent de sécuriser la possession.

1 - 5 dedans 5 dehors

À l’inverse, le cahier des charges des joueurs intérieurs est quant à lui basé, sur la proximité. C’était déjà un élément important de la submersion de Liverpool, l’an dernier.

2 - PSG-REDS-SCHEMA-VITI
L’organisation du PSG face à Liverpool l’an dernier : on voit le 433 suffoque face à tant de ligne de passe intérieures, alors que Vitinha est légèrement plus bas

Bien sûr, en 2026, et surtout en C1, les adversaires ont tout le loisir de disséquer les habitudes offensives du PSG. Et d’anticiper préventivement, avec le plus grand soin, l’annihilation de ses circuits favoris. Vainqueur au Parc en novembre, le Bayern avait assigné Gnabry et Kimmich au marquage exclusif du métronome Portugais.

Illustration du type d’adaptation adverse que les variations du PSG cherchent à annihiler : le Bayern avait donné pour mission stricte à Kimmich et Gnabry de neutraliser Vitinha

Ainsi, Lucho et son staff, dans une quête d’imprévisibilité et de contrôle, ont fait évoluer la formule offensive du PSG sur deux aspects :

- La pointe basse quitte en quelque sorte le groupe des cinq intérieurs, pour rejoindre les extérieurs.

-> 6 dehors et 4 dedans, donc.

 

- Une aptitude de la quasi intégralité du XI à permuter les positions, non-seulement au sein de chaque groupe, mais également entre les positions intérieures et extérieures.

-> La "nouvelle" pointe basse (parmi les quatre intérieurs) n’est jamais la même. 6-(1-3), donc.

4 - psg nouveau 6
6 dehors – 4 dedans. Presque tous les joueurs se relaient à ce poste de "nouveau 6" alors que la pointe basse du cinq intérieurs a changé d’équipe

L’an dernier, l’un des enseignements négatifs du malheureux match aller (également sur-dominé par les Parisiens) était l’incapacité de Vitinha à servir convenablement les joueurs intérieurs, alors que leur proximité et leur mobilité avaient fait le nécessaire pour confondre l’adversaire.

Ainsi, si le PSG a continué à multiplier ses options offensives dans ce qui convient d’appeler un 3-1-2-2-2-0 (les intérieurs sont en gras), il a particulièrement fait en sorte de n’offrir aucun repère individuel fixe à l’adversaire, et spécialement dans cette position de pointe basse.

Inéluctable erreur adverse : le calvaire de Gravenberch

Sortie de ce contexte, la décision de Gravenberch de lâcher le marquage de Kvara sur le 2-0 pourrait être assimilée à une erreur grossière du Néerlandais… on va le voir, le cauchemar que vont lui faire traverser les incessantes permutation d’un PSG en ultra-contrôle avec ce joueur extérieur supplémentaire ne pouvait augurer d’une autre fin.

Assigné du joueur (…) dans sa zone, Gravenberch, 6/8 droit du 5212 de Slot, lâche la course de Kvara sur le 2-0

Sur les six minutes, d’une possession toute exclusive, qui précèdent le second but, la position de "pointe basse" va être échangée pas moins 15 fois, avec des "6 temporaires" tels que Doué, Kvara ou encore Dembélé. Cet échange incessant entrainant mécaniquement une rotation des autres positions extrêmement difficile à gérer pour les défenseurs et les milieux rouges.

L’extrait ci-dessous est le premier tiers des six minutes de possession parisienne qui précède le but de Kvara. On le voit nettement : six extérieurs pour verrouiller la possession, et presque toute l’équipe se relaie au poste de 6.

On peut le remarquer ci-dessus : Szoboszlai, "avant-centre" du 5-2-3-0 de Slot suit Vitinha. Problème pour Liverpool : le lutin n’est plus le point de référence qu’il était pour l’adversaire du PSG, avec tous ces relais au poste de 6.

Ci-dessus, Hakimi est le dernier à occuper ce rôle sur cette première séquence, et on voit qu’il y a déjà un léger flottement entre MacAllister (MCG), Gomez (DCG) et Kerkez (ArG) au moment de gérer sa projection, qui va donner corner.

7 - hakimi attaque cap
Pointe basse du 4 intérieur une seconde avant, Hakimi attaque le halfspace. Forcément difficile pour les Reds d’opérer sans aucun repère individuel et spatial fixe. Ce travail de sape va payer quelques minutes plus tard

Solidement installé dans le dernier tiers du terrain, les Parisiens intensifient ce chaos et intègrent (c’est net) encore plus les attaquants. La confusion qui va être fatale à Gravenberch (rond rouge ci-dessous) et à Liverpool conclut ce long martyr. Perdu au moment de changer de cible, il se retrouve successivement au marquage de Vitinha, Kvara, Nuno, Kvara, Doué et finalement Kvara. D’ailleurs, juste avant de déclencher l’appel fatal, Kvara fait un passage éclair dans le six extérieur.

Pour Gravenberch (relayeur droit) et MacAllister (gauche) c’est un long calvaire dans lequel attendre un (ou même deux) joueurs dans la même zone relève du vœu pieux.

Trop de possibilités à gérer pour l’adversaire

On le voit dans la vidéo ci-dessus, les Parisiens alternent les positions de façon infernale selon la logique décrite plus haut. 

Relayeur droit la plupart (une notion bien vague…) du temps, Joao Neves conclut cette séquence sur l’aile gauche, dans le groupe extérieur, en quasi "piston" gauche. Lorsqu’il retrouve cadré par Frimpong, piston droit adverse, il va clairement indiquer, par sa communication non verbale, à Kvara de venir demander le ballon dans les pieds.

9 - neves demande court
Sa gestuelle est claire : Neves demande deux solutions courtes, pied. Kvara ralenti légèrement, et Gravenberch fait de même, croyant que le Géorgien va être servi dans les pieds.
10 - kvara et graven ralentissent
L’ancien Ajacide doit aussi envisager l’option (crédible) que Neves lance Nuno en diagonale, auquel cas il devrait venir couvrir Konate. Ainsi, s’arrêter (ou du moins ralentir) pour s’offrir les deux options est une décision logique.

L’option de servir Nuno, ainsi que l’orientation et le langage corporel de Neves, font croire à une passe courte. Y compris à Kvara qui ralentit clairement son appel, comme s’il l’annulait, précipitant la décision de Gravenberch. Joao Neves botte alors le cuir de l’intérieur du pied avec un savant dosage, si bien que le ballon semble changer d’avis et accélérer sa course de lui-même. C’est la fausse information de trop pour Gravenberch. Mais aussi pour Van Dijk, qui envisageait les deux mêmes options, et verrouille lui aussi ses appuis.

Kvara connecte en premier et prend de la vitesse balle au pied et prend un avantage positionnel décisif qui le mènera jusqu’au face à face : les variations incessantes du PSG font la différence.

La défense de Liverpool n’est pas tant prise à revers par la façon dont Joao Neves masque ses intentions sur cette passe, que par l’infinité de configurations offensives offertes par les Parisiens, tout au long de la rencontre, et des six minutes qui précèdent cette rupture inéluctable de leur bloc, somme toute plutôt cohérent (dans une résistance extrême) jusqu’alors.

D’ailleurs, on le voit mieux ci-dessous, Neves passe le ballon entre les jambes de Frimpong, après avoit feinté la passe extérieure vers Nuno, ce qui lui fait étendre ses segments.

La mobilité est au service de la créativité (ou l’inverse). Technique et tactique.

Position (ultra) dominante

Avec une telle démonstration de force, face à un cador européen qui s’est soumis préventivement pour éviter une pluie de buts, le PSG, tenant du titre, se place en épouvantail de la compétition. Pour autant, et c’est une réalité qui a échappé aux observateurs qui le chargent violement : l’expérimenté Arne Slot dont les Reds sont bien plus fragiles que l’an dernier, a plutôt réussi son pari. En repartant avec "seulement" deux buts dans la musette, le technicien hollandais, fin observateur du travail de son homologue, maintient son équipe en vie avant le retour à Anfield.

Bien que sa dimension inéluctable soit incontestable, il convient de le dire, malgré la sensation du direct : le but de Kvara (65e) est le premier véritable décalage créé par les Parisiens, occupé jusqu’alors à poser les jalons de leur ouverture du score, alors que le but de Désiré Doué est assez heureux. Les autres temps les plus chauds sont des attaques (ou contre-attaques) très rapides, conclues sans véritables temps d’avance, alors que les Reds déclenchaient leur pressing. Sur un tatami, on dirait que Liverpool a fait la serpillère. La métaphore ménagère vaut aussi sur une pelouse. Pour autant, avec ce score, le PSG n’a su forcer l’exécution des fatals coups de phalanges qui scellent le combat, bien qu’il n’ait jamais partagé la position montée. 

Cette absence de franc décalage et ce fréquent sous-nombre face à un back5 à propos, sont aussi les conséquences de ce transfert de la pointe basse du groupe intérieur, au groupe extérieur, qui comme on le remarquait plus haut se déploie autour, et derrière, plutôt que devant, le bloc adverse. 6-4-0. Ou 3-1-2-2-2-0.

C’est également le cas sur le but de Kvara, où les Reds sont en net surnombre… Mais à quel prix ?... 

Avec une animation défensive impeccable, et rarement déployée, le PSG a ce qu’il faut pour barrer l’étroite route qui mènerait les Reds à une remontée, bien que ce scenario soit toujours en vie au coup d’envoi mardi soir.

Têtes chercheuses - du 5/5 au 6/4

C’était un trait net du succès de Chelsea l’été dernier, et un ajustement également déployé par le Bayern à Atlanta pour tenir face aux remuants intérieurs du PSG : ne pas changer le marquage, alors que les Parisiens, comme on le précisait ici : usent et abusent de pick’n’rolls pour jouer sur le moment de confusions générés par cet échange défensif.

Dans cette escalade de l’inventivité entre le club parisien et ses challengers, l’ultra-mobilité déployée mercredi soir est une étape logique, dans un football toujours plus tactique et stratégique. Mercredi, seuls Marquinhos et Pacho (et encore…) ont conservé la même position en phase offensive. Le schéma des positions moyennes parle de lui-même : les trois milieux parisiens sont au même endroit, et aucun des "écarteurs" (Nuno, Hakimi, Kvara, Doué) n’occupe de position extrême au large, alors que cet étirement est de mise en permanence. 

Le schéma dessiné ci-dessous, ne saurait faire office de canevas pour un pressing efficace.

14 - psg pool positions moyennes

Avec encore plus de présence extérieure, le PSG a verrouillé une possession que personne n’est en mesure de lui contester en Europe. Le Bayern, seul candidat crédible à cet objectif, n’y était pas parvenu au Parc, même sur la moitié du match qui précède l’expulsion de Diaz.

À cette mutation du 5-5 en 6-4, Luis Enrique et son staff ont injecté encore plus de mobilité et de permutations, empêchant tout ciblage de Vitinha, ni même d’un quelconque autre Parisien. Quand bien même l’option d’un marquage individuel pur et simple soit activée, la perte de structure enclencherait un déclenchement de la profondeur (le premier point du PSG de Lucho, qu’on détaillait ici) qui précipiterait à nouveau une rupture du pressing, et une station basse de l’adversaire.

Ainsi, au moment de préparer une stratégie pour annihiler l’animation offensive, l’adversaire est de plus en plus confus au moment d’établir des repères à la fois spatiaux et individuels. Non seulement au cœur du jeu, mais également au moment de s’organiser pour générer une couverture face à l’attaque de son but.

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