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Analyse Football

Real vs Barça : Où en est le projet de Xabi Alonso ?

Victor

Fort d’un succès retentissant en Allemagne, ayant conjuré le sort de Neverkusen, Xabi Alonso s’est logiquement assis sur le banc du Real cet été. Aux antipodes du management très autonomisant d’Ancelotti, le Basque développe un modèle extrêmement défini sur le plan offensif et défensif. Alors que le matériel humain sied à sa (ré)application en Castille, avec des profils véloces et tranchants, le Real, malgré 11 victoires en 12 matchs, n’a pas encore totalement convaincu, étrillée au Wanda face à son voisin. 5 mois après sa prise de fonction, état des lieux du projet Xabi, alors que la Maison Blanche retrouve son ennemi éternel, lui aussi dans la tourmente

XabiAlonso
Xabi Alonso a désormais bel et bien mis en place ses idées tactiques à la Casa blanca

Joueur élégant à la résonance mondiale, Xabi Alonso a conservé cette popularité en tant qu’entraineur, avec les nombreux succès obtenus en Allemagne. Champion invaincu en 2024, le Bayer avait dû attendre la finale de l’Europa League pour gouter à la défaite, face à l’Atalanta.

Alonso a développé en Rhénanie un jeu axé en attaque sur une très forte verticalité, et sur un bloc bas extrêmement solide et fourni en défense, relativement attentiste.

1 - b04 523 béton
5-2-3-0 fixation-béton pour le B04 de Xabi Alonso face au Bayern, incapable de générer du rythme face à l’approche attentiste et tactique du coach basque

Que ce soit dans son jeu placé, ou au moment de contre-attaquer, les profils intrépides tels que Tella, Frimpong et autres Adli ont permis à l’ancien 6 madridiste de mettre en pratique une valeur cardinale dans son football (et loin de lui être propre en tant que joueur !) : la prise de vitesse. Une compétence également favorisée par l’approche réactive du Basque sans le cuir.

2 - bayer zouper vertikal
Après cette récupération basse, pas de tergiversation : le jeu en appui-remise d’Alonso est pensé pour dévorer les espaces

Cela dit, même si les profils de Vinicius et Mbappe fittent totalement avec ce style de jeu, l’application de cette philosophie à Madrid est encore soumise à des aspects culturels et contextuels, relativement antinomiques d’un modèle millimétré.

Du triangle à la ligne droite

À l’instar d’autres coachs dans l’ère du temps, Xabi Alonso cherche à s’émanciper d’une approche offensive trop positionnelle.

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Exemple d’une équipe ultra-positionnelle : l’Espagne 2022. On se positionne de façon à faciliter une progression du cuir étage par étage, en formant des triangles nets, qui ouvrent des lignes de passes propres

Alonso bafoue volontairement le prérequis numéro 1 de cette approche, très net ci-dessus : ne pas occuper les mêmes lignes horizontales et verticales. Cela dit, et c’est le point faible de cette approche, dont il ne veut pas : il n’y a pas de profondeur.

Le Basque étire donc verticalement son équipe en phase offensive. Les espaces sur lesquels le porteur se trouve face à un choix, comme celui du DC espagnol ci-dessus, sont beaucoup plus restreints horizontalement et étendus verticalement. En revanche, l’option de la profondeur immédiate, est beaucoup plus présente. Figure de référence d’années 2010 très positionnelles, le triangle se change quasiment en une ligne droite.

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L’animation offensive de Xabi Alonso n’a rien à voir avec celle de l’Espagne : ce qu’il perd en triangulation, il le gagne en profondeur

La même chose vaut horizontalement. On voit nettement ci-dessus qu’Hincapié, Tella et Frimpong se situent sur la même ligne horizontale. En se positionnant sur la même latitude, ses attaquants génèrent une grande incertitude chez l’adversaire. Aussi, plutôt que de s’orienter (comme les Espagnols ci-dessus, selon le sempiternel « ¾ », les offensifs de Xabi – c’était très net ci-dessus avec Tella et Wirtz – se placent carrément dos au but. Une orientation qu’on retrouve en permanence chez Mbappe.

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Grimaldo, Tella et Wirtz ont beau occuper la même ligne horizontale, l’incertitude est totale pour les Colchos. Avec la même ligne de passe, Xhaka peut très bien toucher Tella dos au but et en profondeur, comme aller chercher Grimaldo dans le dos. Ce qu’il va faire ici. C’est l’incertitude verticale typique que recherche Alonso

Ainsi, que ce soit dans l’axe ou sur l’aile, ces surcharges linéales offrent une infinité de possibilités : remettre en retrait, laisser passer le ballon pour un joueur plus haut, aller le chercher directement en profondeur, ou tout simplement se tourner, comme pouvait le faire Wirtz, même dos au but… Ce caractère multi-dimensionnel et idéalement imprévisible est au cœur de la philosophie offensive d’Alonso.

6 - goal kyks geta
Comme Wirtz en son temps, Mbappe (tout comme Arda) résout les problèmes géométriques d’Alonso, et lui permet ici, entre les deux défenseurs centraux, de suriner l’adversaire plein axe

On voit bien ci-dessous en observant la réaction de Lenglet et Gimenez, mobilisé par cette "ligne d’attaquants", le calvaire qu’Alonso cherche à faire vivre aux centraux adverses.

Ainsi, ce sont davantage des alignements offensifs sur une moitié de terrain, que des losanges sur toute la largeur, que produit Xabi Alonso. Et c’est une démarche totalement délibérée.

Quelle application au Real ?

Dans une équipe qui penche à nouveau à gauche, on retrouve cette philosophie de jeu au Real. Vinicius, qui occupe cette zone large et haute, peut bien évidemment faire parler sa vaste palette, que ce soit en étant servi dans les pieds, ou en exécutant ce fameux appel que Grimaldo réalise plus haut.

On retrouve cette double-largeur face à Getafe, dans le match très tendu de dimanche dernier, sur l’action du rouge :

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Pas ou peu de diagonalité chez Xabi Alonso : Alors que Carreras est servi au large dans les pieds, Vini lui donne cette « largeur-profondeur » couloir gauche. Dans le halfspace gauche, Militao, Güler, Bellingham et Mbappe produisent également un canal vertical. Le Français, loin devant, fait reculer la ligne défensive. Isolé en 1v1, Nyom bloque la course de Vini qui file vers le but sur cette passe verticale : rouge direct

C’est également très net sur le but égalisateur au Wanda. Cette fois-ci, c’est dans la surcharge du halfspace droit que la menace profonde est finalement mise à exécution, non sans que les Madridistes aient générés ces duos/trios en longueur sur tous les couloirs verticaux du terrain. On voit bien tout au long de l’action qu’ils vont surcharger tour à tour :

- L’aile gauche, avec Vini et Carreras :

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Ballon chez Huijsen, Vini et Carreras occupent le même couloir vertical. Bellingham, quant à lui, aligné sur Valverde, tente de mobiliser Llorente, sur lequel il met un petit coup d’oeil

- Le halfspace gauche, avec Bellingham et Valverde :

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Bellingham et Valverde occupent le halfspace gauche, l’Anglais fait sortir Lenormand. Vini, quant à lui est revenu en position légale, à la limite du hors-jeu, comme Grimaldo plus haut. Llorente, que Bellingham a cherché à aspirer, est très attentif à Vinicius

- Le Halfspace droit, avec Mbappe, Arda, et Tchouameni :

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Militao est face au jeu halfspace droit : Tchouameni et Mbappe ont beau être sur la même ligne verticale, l’Atleti est dans l’incertitude : Lenglet, central gauche, recule en cas d’appel d’Mbappe (ou d’Arda !) sur une passe directe du halfspace au halfspace. Ailier droit, Arda s’excentre pour aller produire un nouveau duo aile avec Carvajal

- Et enfin, l’aile droite avec Arda et Carvajal :

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Servi dos au but, Mbappe décale Arda avec une passe à 90°(loin de l’orientation de 3/4 …) : Le Français a réussi à faire sortir Lenglet et va immédiatement attaquer l’espace dans son dos, où il va faire mouche

Le Turc, qui se déporte subtilement, crée la séparation, et s’offre le temps et l’espace nécessaire pour lancer la flèche de Bondy. Comme Bellingham juste avant lui, qui avait fait sortir Le Normand (DCD), Mbappe fait sortir Lenglet (DCG), juste ce qu’il faut, pour s’offrir un espace légal dans lequel il peut déclencher son appel (en vert ci-dessus).

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Quelle approche face au Barça ?

En plus de la défaite face au voisin, lors de laquelle les 3 premiers buts ont été inscrits sur corner, et le 4e sur coup franc direct, si le Real n’a pas encore totalement convaincu malgré ce bilan largement positif : le rythme des matchs est parfois poussif. Lorsqu’on met en perspective les approches des adversaires, il faut bien dire qu’ils n’offrent pas vraiment à Xabi Alonso la profondeur dont il raffole.

Contraints à une possession forcément relativement stérile, les Madridistes, bien qu’accomplissant leur objectif de jeu - à savoir faire reculer l’opposition - donnent donc vie à l’idéal vertical de leur entraineur. D’ailleurs, jouer vite et frapper de loin semble une nette prérogative cette saison.

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Lors du match accompli du Real à Levante, les Madridistes se sont appliqués à réduire les touches de balles face au récital de Ryan dans les bois. Mbappe et Militao notamment, ont fait filoche dans l’exercice du tir longue distance cette saison

Dans ce contexte, le Barça qui – pour des raisons qui lui sont propres – n’a pas encore procédé sous Flick à un véritable ajustement de la ligne arrière en (dans la pure) phase défensive, offre en théorie aux idées de Xabi Alonso l’opportunité de se matérialiser sur de grands espaces.

C’est très net depuis la prise en main du Barça par le technicien allemand : en plus de son hors-jeu caractéristique et signature, son équipe pratique un mouvement de balancier, comparable à celui d’une défense à cinq :

- Yamal et l’ailier gauche défendent à hauteur des centraux adverses

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- Les latéraux catalans, selon le côté de la balle, sortent donc sur leurs homologues adverses à tour de rôle, comme le fait ici Koundé sur Nuno Mendes :

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C’était extrêmement clair face au PSG, qui a tiré un large profit de cette approche en occupant des positions très larges, pour perturber ce mécanisme, et ainsi trouver le spot idoine pour sortir de la pression, et briser le hors-jeu.

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Comme Ruiz à maintes reprises, Zaïre-Emery fuit vers la largeur pour trouver une position au large. La présence combinée d’Hakimi ici, empêche Gerard (latéral gauche) de sortir sur le 8 Français

- Au cœur du jeu, face à un double-pivot (contrairement au 4-3-3 du PSG), le 9 et le 10 du Barça prennent chacun un 6. On l’a vu à de nombreuses reprises l’an dernier avec Lewandowski dans une position inattendu de milieu de terrain.

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Le pressing spécifique du Barça face à deux pointes basses : alors que les ailiers sont sur les centraux, l’avant-centre (Lewandowski) se joint au 10 (Pedri), et les latéraux sortent comme des pistons.

Ici, hors-champ à gauche, les deux milieux défensifs du Barça (Eric et Casado) viennent former un back4 de fortune avec Inigo Martinez et Cubarsi.

On le voit nettement ci-dessous : en surnombre sur les ailes, les Monégasques libèrent par deux fois leur latéral droit face au jeu, face à une défense forcément flottante. Et dont Inigo ne fait plus partie.

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Wilfried Singo (latéral) est trouvé libre face au jeu, alors qu’Akliouche, ailier droit, fixe Baldé. L’alignement est alors à la merci des appels

On le voit au moment où le latéral droit monégasque se retrouve libre : Baldé est fixé par une position haute large de l’ailier. C’est une constante se dégage nettement chez toutes les équipes qui ont déstabilisé le Barça, notamment l’Atletico l’an dernier (4-4 au Camp Nou) : elles occupent la position caractéristique de Vinicius : le plus haut et le plus large possible à gauche.

Précisément celle depuis laquelle Ibrahim Mbaye – qui y est vivement invité par son entraineur -  vient aspirer Eric, alors central droit catalan.

Ainsi, on peut gager que Xabi Alonso va sans doute chercher à générer cette "triple-largeur" dont il était déjà coutumier en Rhénanie, empilant souvent Hincapié, Grimaldo et une 3e élément sur le couloir gauche. Ainsi, voici à quoi pourrait ressembler l’approche défensive des Catalans face au Real :

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Un schéma Xabiesque possible face au Barça (et qui motiverait Arda 6 gauche, plutôt qu’ailier droit) : sortir du pressing par le côté, tout en mobilisant Koundé via un latéral, alors que Vini partirait de sa position préférentielle, comme Ibrahim Mbaye plus haut. Si Koundé reste avec Vinicius, cette organisation permet également de libérer Carreras.

Élément déjà angulaire de l’animation offensive du Basque, Arda Güler alterne cette saison entre un poste d’ailier droit et de relayeur gauche. L’Argentin est d’ailleurs plutôt convaincant le rôle d’excentré. Ainsi, si Camavinga a largement montré tout au long de son parcours sa compétence de briseur de pressing, il n’est pas exclu qu’Alonso fasse à nouveau confiance au Turc, pour encore mieux fuir la pression germano-catalane, dont il conviendra de suivre les ajustements – et renoncements – éventuels.

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