Hoffenheim, les raisons du succès
Vainqueur à Hambourg (2-1) ce week-end après avoir terrassé le Borussia Dortmund (2-1) la semaine précédente, le TSG, candidat à la descente la saison dernière, est toujours en course pour une qualification à la prochaine Ligue des champions. Une des principales sensations de la saison allemande.
Pour les supporters des très grosses écuries du football allemand, à Munich, Dortmund, Stuttgart, Hambourg ou Schalke, Hoffenheim est au pire une création artificielle, au mieux un aimable club de village. Le TSG n'est pourtant plus un inconnu depuis longtemps, en témoigne sa dernière campagne de Ligue des champions, en 2018-2019, à l'occasion de laquelle il s'était frotté à Lyon, City ou le Shakhtar. Mais, menacé de relégation tout au long de la saison dernière, il n'en a pas moins opéré en 2025-2026 un redressement tel que, s'il devait se confirmer d'ici la mi-mai, il constituerait l'une des grosses sensations de l'exercice en cours. Hoffenheim, 5e aujourd'hui, vise ni plus ni moins qu'une qualification à la prochaine Ligue des champions.
En moins d'un an, le club de Dietmar Hopp, le mécène historique, est passé du statut de relégable en puissance à épouvantail de la Bundesliga. Sans doute affichera-t-il peu de joueurs dans le onze-type de la saison à l'heure de faire le bilan, d'ici quelques semaines, malgré le statut de ses deux grands anciens, Andrej Kramaric et Oliver Baumann. Et pourtant, l'effectif cornaqué par l'Autrichien Christian Ilzer renferme quelques phénomènes dont certains vont rapidement être courtisés à travers l'Europe. Mais aussi des tauliers qui méritent une confiance aveugle, tel l'irréprochable Vladimir Coufal.
L'apport des nouveaux
Tandis que les clubs professionnels cèdent souvent à la tentation du “dégagisme”, le TSG a opté pour la stratégie inverse, l'été dernier. Ses dirigeants, pourtant eux-mêmes en pleine lutte de pouvoir, ont maintenu leur confiance à leur entraîneur, en difficulté, dont les succès préalables à la tête de Sturm Graz dans son pays d'origine semblaient un lointain souvenir, ainsi qu'à leur jeune directeur sportif Andreas Schicker, prêt à filer à Wolfsburg avant de se raviser. Sur le terrain, l'équipe, dans l'élan de son maintien, est restée soudée. « Nous avons fait nos devoirs », se souvenait Christian Ilzer cet hiver à propos de l'intersaison. « Nous avons tiré les bons enseignements de la saison passée, nous avons aussi été en mesure de mettre l'édifice en chantier dans d'immenses proportions. Et les nouveaux arrivants nous ont apporté énormément de qualité, footballistique et mentale. »
Départs et arrivées confondus, pas moins de trente joueurs ont bougé dans le Kraichgau l'été dernier ! Rarement le club bleu et blanc avait vécu un tel bouleversement, mais celui-ci fut mené avec méthode. De nombreux transferts étaient déjà ficelés en juin, de telle sorte que l'équipe a disposé de temps pour grandir au cœur de l'été. « Nous avons planifié ces changements avec beaucoup de stratégie », confirmait Andreas Schicker en février à l'hebdomadaire Sport Bild. « Les plans établis, nous avons construit l'équipe, ainsi que tout le secteur sportif, au cours de l'été. Dès notre stage d'entraînement du mois d'août, nous avons remarqué que les garçons évoluaient très volontiers ensemble, passaient du temps ensemble et montraient l'envie de travailler ensemble. »
Le rôle central de Christian Ilzer
Les changements ne se sont pas limités au terrain. Le club a intronisé un directeur de la performance, chargé de doser l'effort sur la saison et qui s'est acquitté de sa mission avec brio. Mais c'est bien avant tout sur le rectangle vert que les transferts ont fait mouche. De Vladimir Coufal à Fisnik Asllani en passant par Wouter Burger et Leon Avdullahu, que ce soit en achat ou en prêt, pas un n'a déçu. Dès l'été, la confiance accordée à ces garçons a été rendue aux dirigeants et à l'entraîneur. Ce dernier joue évidemment un rôle central dans la bonne carburation du TSG. Mordu de football, Christian Ilzer est un acharné de travail et ne se laisse influencer que par ses propres impressions, cherchant volontiers la communication avec ses joueurs. Ici, la loterie n'a pas sa place.
« Nous nous sommes d'emblée fixé des objectifs clairs, dont certains sont d'ailleurs venus de l'équipe elle-même », dévoilait le coach cet hiver. « Il s'agissait de rendre inconfortable à tout adversaire le fait de jouer contre nous. Que personne ne prenne plaisir à nous affronter. Nous voulions être la sensation de la saison. » C'est d'ores et déjà chose faite : le TSG affichait, à la trêve, son meilleur total de points depuis son sensationnel titre de champion d'automne 2008-2009 et avait amassé dès le mois de février plus de points que sur l'ensemble de l'exercice précédent. Mieux : après une séquence chaotique en février-mars, qui les a fait rétrograder de la 3e à la 6e place, les partenaires d'Andrej Kramaric ont su rebondir en avril pour s'accrocher au quatuor de tête. « Ce serait un immense succès de disputer une Coupe d'Europe la saison prochaine », juge Andreas Schicker. Et pourquoi pas y retrouver City, comme en 2018-2019...