Les derniers feux de l'astre Ronaldo
Confronté à son déclin inéluctable, Cristiano Ronaldo s'avance avec une soif de gloire intacte vers ce qu'il a annoncé être sa dernière Coupe du monde. Il est encore porté par son obsession de soulever le seul trophée qui manque toujours à son immense palmarès.
Joueur le plus capé de la sélection portugaise dont il est le meilleur buteur, le quintuple Ballon d'Or n'est pourtant plus une icône inattaquable. Rattrapé par ses 41 ans, cet acharné de records et de statistiques occupe une place médiatique et sportive encombrante et a une image publique écornée dans son pays, entre promotion lucrative de l'Arabie saoudite, rencontre médiatisée avec Donald Trump et affaires judiciaires (condamnation pour fraude fiscale et accusations de viol, classées sans suite).
Plutôt que de se retirer après une carrière déjà exceptionnelle, l'ancienne idole du Real Madrid et de Manchester United a rejoint en 2023 le club d'Al-Nassr, braquant les projecteurs sur le méconnu championnat saoudien. Malgré la venue de quelques autres stars comme Karim Benzema et Neymar, le projet de faire de la Saudi Pro League l'égal des grands championnats européens n'a pas fait long feu.
Mais "CR7" y a lui réussi son propre pari: y accumuler les buts (28 en championnat cette année), et écrire une nouvelle ligne à son palmarès, avec un titre de champion décroché en mai, fêté avec émotion par l'attaquant en larmes qui a ensuite posté des visuels à sa gloire sur ses réseaux sociaux.
Cette aventure saoudienne a peut-être permis au natif de l'île de Madère de panser les plaies de la Coupe du monde au Qatar, à la fin amère sur le plan collectif comme personnel: Ronaldo avait été relégué sur le banc par Fernando Santos lors des matches à élimination directe et n'avait pu renverser le sort en quart contre le Maroc après son entrée en jeu (1-0).
Une nouvelle désillusion pour Cristiano Ronaldo, qui n'a plus atteint les demi-finales d'un Mondial depuis sa première participation en 2006 et dont le sacre à l'Euro 2016 avait été gâché par sa sortie sur blessure après quelques minutes de jeu en finale.
Depuis, il a retrouvé ses galons de titulaire sous la direction de l'Espagnol Roberto Martinez, qui assure faire la différence entre "l'icône du football mondial" et "le joueur, notre capitaine, qui est soumis à la même exigence que les autres".
"Il a la compétitivité pour être au Mondial et c'est, de mon point de vue, un capitaine exemplaire", a insisté l'entraîneur de 52 ans en annonçant la participation de Ronaldo à un sixième Mondial, un record qu'il va partager avec son grand rival argentin Lionel Messi et le gardien mexicain Guillermo Ochoa.
Installé à la pointe de l'attaque portugaise, Ronaldo s'est montré de nouveau efficace, avec notamment un but en finale de la Ligue des nations remportée contre l'Espagne en 2025, et cinq autres lors des qualifications pour la Coupe du monde.
Mais le carton rouge reçu contre l'Irlande en novembre dernier pour un coup de coude volontaire est venu rappeler ses fragilités, même si le numéro 7 portugais, suspendu seulement un match, ne manquera aucune rencontre du Mondial.
Parfois nerveux, le buteur peut être dépassé par l'émotion - ou le poids de ses ambitions - comme lorsqu'il a fondu en larmes après un penalty raté contre la Slovénie en huitième de l'Euro 2024. Une compétition où il n'avait pas trouvé le chemin des filets, après n'avoir marqué qu'un unique but lors du Mondial qatari.
Toujours redoutable lorsqu'il est trouvé dans la surface, Ronaldo n'est plus le monstre physique qu'il a été et son rayon d'action à présent plus limité risque de brider la créativité d'une équipe du Portugal dotée d'une rare génération de talents, dans un football moderne à l'intensité toujours plus folle.
Mais ces limites réelles ne devraient pas suffire à déboulonner la statue Ronaldo, en l'absence d'autres solutions évidentes: cantonné à un rôle de remplaçant au PSG, son principal concurrent Gonçalo Ramos ne s'est pas non plus imposé en sélection.
Aux Amériques, terres de conquête par excellence, Ronaldo aura donc une dernière chance de mener ses coéquipiers vers le titre suprême pour asseoir un peu plus son statut de légende. Les Lusitaniens entameront en douceur leur tournoi, mercredi face à la RD Congo.