PSG vs Bayern : Comment le Bayern a cassé le pressing parisien au Parc
Bien que le PSG ait remporté la première manche, son animation défensive n’a pas tenu le choc face au Bayern. Ayant compté trois buts d'avance à l’heure de jeu malgré une domination bavaroise en première mi-temps, les Parisiens ont perdu à nouveau le momentum et n’ont pas su résoudre l’équation offensive posée par les Allemands. Avec un plan pour jouer long et un plan pour poser le jeu, les Bavarois ont, mieux que personne, à la fois résisté à la pression prévue par Lucho, et fait sauter une autre signature du coach espagnol : le piège du hors-jeu.
Le pourquoi : Lucho bouleverse son animation défensive
Le moins que l'on puisse dire est que le jeu offensif développé par Kompany au Bayern est extrêmement mobile. Bien que donnant l’impression d’un grand ballet improvisé, cette façon d’attaquer est bien codifiée, et on peut isoler un certain nombre de récurrences. Dans ce qu’il convient d’appeler un 4-2-4, aucun joueur ne reste vraiment dans la même zone, ni sur la même ligne : Les deux attaquants décrochent jusqu’à occuper la zone des 6, les 6 se joignent aux centraux dans une base en 3+1, les latéraux montent, et s’intègrent au cœur du jeu, et les ailiers plongent dans l’espace ouvert en théorie par les décrochages de Kane et Musiala. Tout en alternant avec une grande disponibilité pour recevoir dans les pieds, à commencer par Olise.
Dans cette organisation, un mouvement émerge : la rotation. Dès qu’un joueur approche une zone, il en "pousse" un autre vers une zone différente. Ce grand ballet amène souvent un joueur inattendu à attaquer la profondeur. L’intérêt de cette formule : empêcher toute approche zonale ou prévue de l’adversaire, avec des surnombres constants, non pas dans des zones établies du terrains, mais autour de la balle, et face à la dernière ligne.
Ainsi, le PSG n’avait pas la possibilité de "réciter" un plan défensif en adaptant, par petites touches, son habituel cocktail marquages des milieux + hors-jeu de la défense, comme il avait pu le faire brillamment à Londres, il y a un an.
Même avec ce type d’ajustement, si "Lucho" s’était contenté d’insérer sa carte mémoire et de charger sa formation, Kvara et Doué auraient dû traquer Davies et Stanisic dans leurs déplacements verticaux et intérieurs. Dembélé aurait été écartelé entre Upamecano et Tah, alors que les deux centraux bavarois occupent souvent une position très large selon la logique décrite plus haut.
Défensivement, pourquoi pas. Mais que faire d’un ballon récupéré avec ses attaquants en position de défenseurs après une longue course ? Autre enjeu clé, encore plus avec l’adroit Neuer : les Parisiens ne pouvaient pas se permettre d’offrir le "+1" au Bayern (il existe en théorie dans la formule défensive de base du PSG), et devaient trouver un moyen de presser chaque membre de la "base" bavaroise.
Le comment : un 3-1-4-2 totalement inédit
Ainsi, le PSG sans le cuir a déployé une sorte de 3-1-4-2 qui propulsait un carré [Dembele – Vitinha / Doué - Kvara] au contact de la base de relance [Tah – Upamecano / Kimmich - Pavlovic], gardant ainsi ses trois attaquants dans une position plus proche du but adverse au moment de la récupération espérée.
À gauche, face à Davies, c’était donc Hakimi qui sortait et montait d’un cran, alors que Zaïre-E. devait sortir sur Pavlovic, comme un piston gauche.
En temps normal axe gauche, Kane aurait dû être la responsabilité de Marquinhos. Le Brésilien a donc glissé central droit de ce 3-1-4-2, récupérant (avec pertes et fracas…) Diaz, alors que Joao Neves et son centre de gravité quasi sous-terrain, a été choisi pour marquer l’attaquant décrocheur du Bayern (souvent Kane), Pacho récupérant l’autre attaquant. Vitinha était plus haut, comme en phase offensive, et ce n’est certainement pas un hasard.
Cela dit, cette organisation "optimisée" pour être cohérente, plaçait tout de même beaucoup de Parisiens dans une position inhabituelle, voir absurde. À condition que l’adversaire attaque de façon assez inhabituelle (à son tour), pour transformer un changement stratégique pertinent en changement, absurde.
Alors que ce pressing total en 3-1-4-2 devait bien s’accompagner d’un plan en bloc médian/bas, Neves devenait donc de fait, souvent défenseur central droit. Dembélé se retrouvait plus ou moins 6 droit, WZE ailier gauche, et donc, fait important : Marquinhos, arrière droit.
Un jeu long sans milieu de terrain, et 5 assaillants face à la défense
Cette fameuse condition d’absurdité pour le Bayern était double :
- L’usage du jeu long et direct
- La perturbation du hors-jeu parisien
On le voit bien : ce jeu tactique du chat et de la souris pousse les équipes à toujours plus de "contorsions logiques".
Cela va être le cas à plusieurs reprises avant l’ouverture du score : en se scindant en deux avec une attaque massive de la profondeur, alors que Neuer est, de fait, libre, les Bavarois vont semer la pagaille dans cette défense expérimentale. Capable d’allonger des deux pieds, le gardien allemand a été un gros problème pour le PSG.
Des séquences qui rappellent d’ailleurs le flottement sur l’ouverture du score de Liverpool à l’aller en 2025. Avant l’ouverture du score, le Bayern va faire nettement flotter la ligne parisienne à plusieurs reprises. On le voit ci-dessous après une longue séquence de résistance au pressing : lorsque Neuer se trouve en position d’allonger, seul Davies est venu prêter main forte à la "base" de relance.
Devant, c’est un quintet Olise – Kane – Stanisic – Musiala – Diaz qui dissuade cette défense expérimentale de monter. Le portier allemand trouve Stanisic en jeu, le 2e ballon est Bavarois et provoquera le premier des dangereux coup-franc allemands.
Dans le camp adverse : 3+1… +1
Le long temps de jeu qui mène au 2-2 est l’illustration de la maitrise du Bayern du pressing parisien : Alors que les Bavarois partent avec une base à quatre sous la pression du quatuor prévu pour les scléroser, Stanisic (joueur théorique de WZE) invite Tah à utiliser le jeu long.
Cette surcharge de la dernière ligne au sein de laquelle on trouve donc Neves, central/6 d’un soir, empêche le PSG de déclencher son pressing total. On le voit ci-dessous Neves ne peut remplir sa mission, (vivement invité par Pacho à rester dans la ligne), et c’est le Martiniquais qui doit prendre le jeune Allemand, qui va résister à ses charges.
Forcés à reculer, les Parisiens n’arrivent pas à réenclencher leur pressing : Diaz et Olise offrent des issues de secours latérales précieuses au Bayern, qui use de diagonales pour les trouver. Dans le même temps, Stanisic, Kane, Musiala et Davies pèsent sur la défense parisienne.
Une fois campés dans le dernier tiers du terrain, les Bavarois envoient leurs deux ailiers à l’intérieur du jeu, posant les jalons d’une densité et d’une mobilité offensive quasi ingérable pour le PSG, que ce soit à la source (le ballon) ou à la destination, face à son back4, revenu à sa composition habituelle.
Quand Tah initie le changement de rythme fatal, c’est quasiment un groupe de six joueurs qui se tient sur un tout petit périmètre autour de la balle, alors que Kane, Diaz, Stanisic et Musiala (sur 15 mètres de largeur) dissuadent tout déclenchement du hors-jeu parisien. Olise prend l'info et va être servi dans les pieds.
Pacho est mobilisé par Kane, et Marqui par Musiala. Pavlovic, facilement libéré, peut tout aussi facilement connecter Olise, qui prend de la vitesse et allume Safonov.
Entre deux tours
Le PSG l’a montré, il peut bien évidemment aller chercher sa qualification par la phase offensive et la qualité de ses attaques rapides. La conclusion de cette première manche doit tout de même énormément au talent de Kvaratshkelia et son incapacité à contenir l’animation offensive le prive d’un retour tranquille.
Globalement dominé sur le premier et le dernier tiers, les Parisiens ont laissé le ballon et le territoire à leurs adversaires, qui pourront d’ailleurs regretter un certain manque de concret dans le dernier et l’avant dernier geste.
Hakimi blessé, Lucho se trouve face à un choix alors que Zaïre-Emery va certainement basculer arrière droit. S’il estime Fabian Ruiz hors de forme, l’un d’eux serait d’intégrer Beraldo à une véritable défense à trois.
Tout sauf un bouleversement au vu des détails du pressing haut parisien. Et un choix qui aurait le mérite d’éviter de multiplier les duels Joao Neves – Kane, comme ce fut le cas dans cette première manche. Habitué à se projeter à largeur du halfspace, Stanisic et son mètre 86 trouveraient ainsi Pacho sur sa route.
Habitué à ajuster intelligemment la hauteur de sa ligne défensive, Lucho est tombé sur un os comme face à Chelsea l’été dernier. L’ambidextrie du gardien adverse représentant une équation très dure à résoudre.
Au-delà discours de façade, les deux équipes vont bien sur s’employer à ajuster leurs façon de défendre, d’attaquer et de passer de l’un à l’autre sur le court laps de temps qui les sépare du retour. Des efforts tout sauf vains, étant donné la petitesse de l’écart...