Fribourg, le tube du moment
Leader du championnat d'Allemagne après trois journées, le SCF n'en finit plus d'étonner. Analyse des raisons du succès.
Le Bayer Leverkusen, champion en 2024, le Borussia Dortmund, champion en 2012, le RB Leipzig ou encore évidemment le Bayern, tenant du titre, sont les quelques formations auxquelles on pense spontanément comme plausibles leaders de Bundesliga, quel que soit le moment de la saison. D'aucuns seront ainsi peut-être surpris de voir le SC Fribourg en tête du championnat allemand après trois journées. Avec la meilleure attaque (dix buts inscrits), la meilleure défense (un but encaissé) et le plein de points – trois matches, trois victoires –, le club de la Forêt Noire domine en effet les débats jusqu'ici. Un fait qui peut paraître surprenant au vu du budget des Breisgauer et de la valeur marchande de leur effectif – deux (Leverkusen, Dortmund), trois (Leipzig) voire quatre (Bayern) fois inférieure aux grosses écuries de la compétition.
Les raisons de ce succès sont pourtant tangibles et loin d'être le fruit d'un quelconque hasard. La plus flagrante est la stabilité de l'institution et des hommes qui l'animent. Après 35 ans de mandat de l'entraîneur culte Christian Streich (comme joueur, de 1990 à 1994, comme coach des U19, de 1995 à 2011, comme adjoint de 2007 à 2011 et comme coach principal de 2012 à 2024), son jeune successeur Julian Schuster, lui-même ancien joueur et capitaine de l'équipe première, s'est brillamment inséré, dès sa prise de fonction en 2024, dans les pas de son illustre devancier. Schuster a su apporter une touche de dynamisme et de modernité tout en conservant les valeurs qui avaient permis au club de s'installer durablement en Bundesliga – la formation, la cohésion, la compacité, la combativité, l'ancrage régional.
L'art de l'ersatz
Le jeune quadragénaire est réputé pour son assiduité, sa capacité à conserver les pieds sur terre – un attribut de la région – et à mixer avec bonheur, dans son effectif, les tauliers et les jeunes pousses. En dépit du départ, chaque saison, de quelques-uns de ses meilleurs éléments, le SCF conserve sa compétitivité en dénichant des remplaçants de qualité. À l'image de Yannik Engelhardt, 25 ans, auteur d'un doublé ce week-end contre le Borussia Mönchengladbach, son ancien club. L'été dernier, c'est l'international japonais Ritsu Doan qui avait quitté la Forêt Noire et Fribourg a trouvé la parade en le remplaçant par son compatriote Yuito Suzuki, qui s'avance comme le nouveau joyau offensif du pays du soleil levant.
Respecté pour sa robustesse et son organisation depuis Streich, le SCF de Schuster ne renonce pas à l'offensive, justement. Meilleure attaque d'Allemagne, la formation du Bade-Wurtemberg compte déjà onze buteurs différents, ce qui en fait une équipe particulièrement imprévisible. Avec l'avant-centre Igor Matanovic, en particulier, il a eu la main heureuse. Le Croate de 23 ans, arrivé de Francfort il y a un an, lui aussi auteur d'un doublé ce week-end, en est six buts en six matches cette saison, et dix-neuf depuis le début de l'année civile. À l'autre extrémité du terrain, Fribourg a très bien géré aussi le dossier du gardien de but après avoir intégré le souhait de Noah Atubolu de s'envoler vers un club plus prestigieux. Les Breisgauer ont recruté cet été du Werder Mio Backhaus, 22 ans, pour 15 M€, assurant sereinement la succession avant même le début de la préparation d'avant-saison. Backhaus est à la tête de la meilleure défense d'Allemagne et n'a encaissé que quatre buts en six matches officiels. Entre ses fidèles tauliers et ses recrues performantes, le SCF peut aborder la suite de la saison avec confiance.