Joshua Kimmich, plus important que jamais
Si le nouveau sélectionneur Jürgen Klopp a fait passer sur l'effectif de la Mannschaft un vent de fraîcheur, il ne devra pas moins s'appuyer sur des tauliers de la sélection comme le capitaine Joshua Kimmich.
À la page du palmarès, l'histoire de Joshua Kimmich avec l'équipe nationale d'Allemagne n'a rien d'une success story. Membre de l'équipe-type de l'Euro dès sa première participation, en 2016, vainqueur de la Coupe des Confédérations l'année suivante en Russie contre le Chili – tournoi à l'occasion duquel il enfila déjà le brassard de capitaine –, il n'est jamais parvenu, dans la décennie qui a suivi, à confirmer collectivement ces promesses et à décrocher un grand trophée avec la sélection. Pire, il incarne la génération qui aura vécu plusieurs échecs fracassants historiques consécutifs, en particulier l'élimination au premier tour du Mondial en 2018 et en 2022, alors que la Mannschaft, quadruple championne du monde, n'avait jamais échoué à ce stade dans son histoire, et plus récemment une nouvelle élimination retentissante en 16es de finale aux tirs au but contre le Paraguay.
Depuis que le vice-capitaine du Bayern assume les plus grandes responsabilités en équipe nationale, c'est-à-dire depuis 2018, la sélection va de revers en revers. À la suite de l'éjection du Mondial en 2022, il convenait lui-même être lié aux échecs de la Mannschaft, « ce qui n'est pas ce que l'on puisse espérer » dans une carrière. Il n'est naturellement pas le seul responsable de ces fiascos répétés, mais il en est le visage, au même titre que Leon Goretzka ou Leroy Sané. Présent et futur de la sélection doivent-ils pour autant s'écrire sans lui ? Rien n'est moins sûr.
Le nouveau Toni Kroos
Vainqueur de la Ligue des champions, dix fois champion d'Allemagne, quadruple vainqueur de la Coupe d'Allemagne, “Jo” n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler un looser. Peu de joueurs ont autant gagné que Kimmich. Mais ce n'est pas seulement sur le critère du palmarès que le milieu de terrain bavarois peut encore beaucoup apporter à son pays. Au milieu de la cure de jouvence que le nouveau sélectionneur ne va pas manquer d'initier, Kimmich peut incarner la boussole qu'un Toni Kroos représentait en son temps : le métronome, celui qui dicte le rythme. Une forme de leader.
Un rôle qu'il prend très à cœur, comme l'a montré le dernier Mondial. En menant de nombreuses conversations avec chacun de ses partenaires, Kimmich a assumé son statut de capitaine avec le plus grand sérieux. De ce point de vue, il serait largement erroné de lui attribuer le nouvel échec précoce de la Mannschaft. Son expérience, tout comme son profil de joueur, sont les meilleurs garde-fous pour la jeune génération des Nathaniel Brown et consors. Sa mentalité aussi. Car son ambition est intacte, si ce n'est renforcée par les épreuves. Plus que jamais, Kimmich voudra montrer, avec l'aigle sur la poitrine, qu'il n'est pas l'éternel looser que d'aucuns aimeraient faire de lui. « Joshua est différent de la plupart des autres joueurs », explique Christian Falk, le rédacteur en chef du football à l'hebdomadaire Sport Bild. « Il est plus critique encore que nous, les médias, à l'égard de sa propre équipe. »
Le capitaine le plus complet du XXIe siècle
« Des huit capitaines de l'équipe nationale que j'ai côtoyés – les précédents étant Oliver Bierhoff, Oliver Kahn, Michael Ballack, Philipp Lahm, Bastian Schweinsteiger, Manuel Neuer et Ilkay Gündogan –, c'est le plus complet », insiste notre confrère. « Il a le sens de la diplomatie de Bierhoff, la volonté inoxydable de Kahn, le statut sportif exceptionnel de Neuer, l'influence sur le jeu de Gündogan et le don de déléguer les responsabilités de Lahm. Et il a quelque chose de plus : il porte le message selon lequel l'Allemagne peut tout à fait oser ressortir les drapeaux noir-rouge-jaune. »
Reste à mesurer dans quel état psychologique le naufrage renouvelé du Mondial aura laissé le bonhomme, qui avait cru, après le 7-1 contre Curaçao au début du tournoi, que la malédiction des éliminations précoces était derrière lui. Bien sûr, Kimmich a mûri. Il va néanmoins lui falloir apprivoiser un nouveau sélectionneur, alors qu'il entretenait avec le précédent une relation de proximité, voire de complicité, au même titre qu'avec son entraîneur au Bayern. Il va également lui falloir vivre sans Manuel Neuer, l'incomparable gardien champion du monde 2014, qu'il avait largement contribué à faire revenir en équipe nationale pour la Coupe du monde. Mais le discours de Jürgen Klopp, qui a laissé entendre, cette semaine, qu'il attendait de son équipe qu'elle aille au feu pour lui, n'aura pas manqué de lui convenir.