Matthias Ginter, la figure de proue
Il est le plus gradé des nombreux joueurs sous-cotés de l'effectif de Fribourg. Champion du monde en 2014, inlassable et inflexible, Matthias Ginter remplit sa mission avec bravoure et constance au sein de la défense des Breisgauer.
Il compte désormais autant d'apparitions en C3 – l'actuelle Ligue Europa, anciennement Coupe de l'UEFA – que des joueurs légendaires du football allemand comme Stefan Reuter ou Lothar Matthäus mais ce n'est pas pour cela seulement que Matthias Ginter jouit d'une immense légitimité dans la Forêt Noire. Né à Fribourg, le futur champion du monde y a intégré le centre de formation à 11 ans. Et a été biberonné, au cours de sa progression, aux profondes valeurs et aux préceptes magiques d'un certain Christian Streich, devenu depuis l'entraîneur culte que tout le monde vénère. Un solide bagage pour susciter l'admiration et le respect des supporters du coin.
En 2011, sous la direction de Streich, Ginter remporte la Coupe d'Allemagne chez les jeunes, à 17 ans. Ensemble, les deux hommes fêteront leur première en Bundesliga quelques mois plus tard. Pour les débuts dans l'élite de son entraîneur, l'adolescent, entré en jeu, inscrit de la tête, à quelques instants de la fin, le but vainqueur, contre Augsbourg. Le club se maintient. Les douze ans de Streich à la tête du SCF partent de là. Qu'en aurait-il été sans ce but ? Quand Ginter a marqué de la même façon, le 9 avril, en quart de finale de Ligue Europa contre le Celta Vigo (3-0), ouvrant ainsi grand la voie à une demi-finale européenne inédite pour les Breisgauer, peu de spectateurs ont dû penser à ce moment fondateur, près de 15 ans plus tôt. Les réussites d'aujourd'hui lui doivent forcément quelque chose, pourtant.
Un gagneur discret
Mais Ginter n'est pas seulement un buteur occasionnel. Sélectionné une bonne cinquantaine de fois, champion du monde en 2014, vice-champion olympique en 2016, vainqueur de la Coupe des Confédérations en 2017, vainqueur de la Coupe d'Allemagne, le grand blond d'1,91 m vaut son pesant d'or dans les réussites de son pays et des clubs par lesquels il est passé tout au long de son parcours. Qui ne l'a ramené à Fribourg qu'en 2022, après avoir fait étape, huit ans durant, à Dortmund et Mönchengladbach. À l'écart de sa Forêt Noire natale, il a goûté à cette Ligue des champions qui lui a fait dire, l'été dernier, que la Ligue Europa, dans laquelle son club venait de redescendre en raison d'une amère défaite face à l'Eintracht, était plus fade.
Car notre homme est un gagneur aussi discret que forcené. Qui, parfois, sort du bois pour mettre un coup de clairon. Comme à l'issue d'un 2-2 face à Augsbourg, au cœur de l'hiver, lorsqu'il a qualifié de « très gros problème » le jeu de son équipe avec le ballon. Une sortie d'une telle franchise est rare dans le football professionnel, et plus encore à Fribourg, où l'environnement est plutôt feutré. Lui-même demeure généralement dans l'ombre, ne faisant même pas partie de l'aréopage officiel des joueurs-cadres au sein de l'équipe. Étant donné son curriculum vitae, Ginter, qui n'est visiblement pas en manque de reconnaissance, n'a pas besoin d'un mandat pour faire un pas en avant s'il le souhaite. « Je ne veux pas me mettre en avant artificiellement », déclarait-il dans les colonnes du bi-hebdomadaire kicker il y a un an. « Ce qui compte en premier lieu, c'est la performance. On peut raconter beaucoup de choses, on n'est pris au sérieux que lorsqu'on est performant. »
« Obsédé par le fait de devenir meilleur »
En la matière, il n'a pas de souci à se faire. « Matthias est tellement obsédé par le fait de devenir meilleur que c'est un leader absolu rien que pour cette raison », explique son coéquipier Philipp Treu. Ginter n'hésite pas à pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas, que ce soit auprès de ses partenaires ou auprès de son entraîneur. « Et tout le monde sait qu'il a raison », insiste Treu. « Sa fraîcheur physique et mentale font de lui l'un de nos joueurs les plus stables et les plus constants », juge Julian Schuster. Qui sait l'importance de pouvoir se reposer sur un tel élément, qui sait aussi à quel point respecter les différentes personnalités d'un vestiaire a été l'une des clefs de la réussite du Fribourg de Christian Streich. « J'ai acquis la conviction, par mon expérience, que c'est l'honnêteté, même si elle est parfois dure à entendre, qui apportait le plus », avance Ginter. « Ce n'est pas une question de dénoncer pour dénoncer ou provoquer pour provoquer. Je ne cherche qu'à exploiter le potentiel que je perçois dans l'équipe, dont je suis moi-même un élément. Penser pouvoir faire mieux, pour moi, est une forme de louange. »
Ce n'est dès lors par un hasard si “Matze” s'est bien entendu avec chacun de ses entraîneurs, de Streich à Schuster en passant par Tuchel et Rose. « Être meilleur à 32 ans qu'à 27 » est son objectif personnel, et il le poursuit avec conviction. Se hissant régulièrement, cette saison, parmi les meilleurs joueurs des matches, toutes compétitions confondues. « On peut incroyablement apprendre de lui », loue Philipp Treu. Y compris pour faire face à d'inévitables déceptions, comme le fait de ne pas être appelé par le sélectionneur pour les matches de mars. « J'essaie de mettre une certaine dose de rage dans chaque match », rigole Ginter en réponse. Dans le discours, l'ambition est calibrée, dosée, mais à l'intérieur, la volonté d'aller chercher gros demeure intacte. « Dix ans après, on se souvient généralement assez peu des quart- ou des demi-finalistes », glisse-t-il. Face à Aston Villa, ce mercredi soir en finale de Ligue Europa, son équipe a l'occasion inédite qu'on se souvienne d'elle, et donc de lui, pour de bon.