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Analyse Football

Vincent Kompany, les moyens du sacre

Lortho

En réussissant le doublé Coupe-championnat au printemps dernier, l'entraîneur belge du Bayern a renforcé une légitimité déjà solidement enracinée dans l'esprit des supporters et des dirigeants. Il attaque la nouvelle saison avec plus de pouvoir que jamais, la Ligue des champions en ligne de mire.

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À Wiesbaden, le 25 juillet, à l'occasion du premier match amical de la saison du Bayern. © IMAGO / Jan Huebner

À l'heure où commence le traditionnel stage de préparation en Haute-Bavière, sur les bords du Tegernsee, une petite heure de route au sud de Munich, Vincent Kompany peut arborer un sourire confiant. Il y a deux ans, il commençait ici, sous nos yeux, la mission la plus prestigieuse de sa jeune carrière d'entraîneur : diriger le Bayern, l'un des clubs les plus titrés et les plus ambitieux du monde du football. Depuis, attractivité du jeu et résultats aidant, le Belge a prolongé son contrat, qui court désormais jusqu'au 30 juin 2029. Vainqueur de la Coupe d'Allemagne et du championnat en mai dernier – une performance dont le Rekordmeister n'avait pas pu se prévaloir depuis six ans –, il dispose d'un pouvoir plus étendu que jamais, peut-être le plus élargi qu'un coach du FCB ait jamais connu, et vise clairement la victoire finale en Ligue des champions.

À Munich, les relations entre dirigeants sont subtiles, complexes et essentielles. Nombre d'entraîneurs n'ont pas su, ou pu, les optimiser, soit par manque d'humanité, soit par manque de confiance ou de compréhension réciproque, soit par manque de liberté dans le choix de leurs joueurs ou d'influence dans une politique de recrutement toujours ardemment disputée. Vincent Kompany a su, jusqu'ici, éviter ces écueils en entretenant une relation étroite, pour ne pas dire quotidienne, avec les patrons du club. Ancien capitaine charismatique de Manchester City et de l'équipe nationale belge, l'ex-coach de Burnley est un expert en relations humaines et sait se prémunir de l'un des pièges fatals à certains de ses prédécesseurs les plus récents, tels Julian Nagelsmann ou Thomas Tuchel : l'isolement.

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Avec le jeune Tim Binder (19 ans), joueur de l'équipe réserve du Bayern.

Le relationnel comme une vocation

Kompany entend rester constamment à la page en ce qui concerne la destinée sportive du Bayern. À la fois pour ne pas subir des décisions dont il serait dépendant, très certainement, mais aussi par saine curiosité, ce que ses dirigeants confirment apprécier. Réussir comme entraîneur du club passe par là, il l'a compris, mais le Belge ne prend pas cet aspect relationnel comme un devoir, plutôt comme une vocation. Il s'est ainsi ménagé un droit légitime à la parole, voire un véritable pouvoir décisionnel, en matière de recrutement, de planification de l'effectif, de philosophie de jeu. Personne avant lui dans son poste, pas même Franz Beckenbauer, Jupp Heynckes ou Ottmar Hitzfeld, n'a bénéficié d'un tel crédit ni d'un tel statut, qu'il s'est construit autant par ses résultats que par ses qualités humaines.

En interne, on écoute les idées du coach, on les prend au sérieux, on sollicite son point de vue. C'est lui qui a poussé pour la venue, cet été, de l'arrière gauche international Nathaniel Brown et de l'attaquant marocain Ismael Saibari, que la direction sportive s'est empressée de recruter. Les deux joueurs ne sont pas encore des superstars mondiales, certes, mais leur recrutement n'est pas anecdotique : le Bayern n'a pas hésité à dépenser 100 millions de francs suisses, une somme conséquente pour lui, pour satisfaire les doléances de son coach. Même Josep Guardiola, qui a dû s'astreindre à un chantage public en juillet 2013 pour arracher Thiago Alcantara, n'a jamais eu ce pouvoir.

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Dans le discours de l'entraîneur belge, chaque match est une finale de Ligue des champions.

La promotion des jeunes

Les successeurs du Catalan n'ont pas, eux non plus, traversé leur mandat sans anicroche. Ni Flick, ni Tuchel, ni Nagelsmann n'ont eu les coudées franches ou n'ont aligné leur vision sur celle de la direction sportive de l'époque, et vice versa. L'actuel sélectionneur de l'Angleterre, qui aurait aimé disposer de Declan Rice, Mason Mount ou Gabriel Martinelli, a notamment essuyé des refus successifs de sa direction dans chacun de ces dossiers. Kompany évite cet écueil en sachant, aussi, ajuster ses desiderata à l'air du temps, qui lui est de toute façon favorable. En acceptant par exemple sans désappointement, après discussion, le refus du club de recruter Xavi Simons pour mieux se concentrer sur la promotion des jeunes du centre de formation. Le Belge a ainsi lancé, avec pertinence, pas moins de onze nouveaux au fil de la saison dernière, un record dans l'histoire du Rekordmeister.

Le crédit dont dispose Kompany n'est pas seulement dû à son parcours, son doigté, son authenticité, sa politesse ou sa pondération, il vient aussi d'une assiduité que la Bavière, pour ne pas dire le monde germanique en général, apprécie particulièrement. L'ancien défenseur central de renom se comporte en grand professionnel, conformément à l'attitude qu'il affichait comme joueur, ce qui ne manque pas de plaire dans un club et une ville où l'ordre demeure une vertu cardinale. L'échange avec les joueurs et avec le staff, à la recherche d'angles morts, d'idées, d'améliorations, est régulier, maintenant et renouvelant le niveau d'exigence sur le terrain en permanence. Une attitude d'autant mieux acceptée que Kompany l'a expérimentée comme joueur au plus haut niveau avec City, ce dont ses récents prédécesseurs, sinon peut-être Ancelotti naguère, ne pouvaient pas se prévaloir. Mieux : au moment d'emporter la décision pour recruter tel ou tel, le CV du Belge et sa capacité à convaincre parlent d'eux-mêmes. Kompany sait, de fait, comment fonctionne un vestiaire et comment diriger une équipe. Et ce n'est pas la fraîche pluie de Rottach-Egern, en ce premier jour de stage de préparation, qui risque de le désarçonner.

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