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Analyse Football

Désiré Doué – L’impression de jamais vu

Victor

Nouveau leader de l’attaque parisienne, Désiré Doué a également scintillé avec l’équipe de France lors de la récente trêve internationale. Avec son allure robotique, il personnifie le joueur moderne, loin de l’esthétique animale qu’on pouvait trouver auparavant chez les offensifs de cette magnitude. Élément essentiel d’un double champion d’Europe qui marche sur l’eau, l’ailier français émerge parmi les tout meilleurs joueurs du monde. Décryptage de sa mécanique inédite.

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Désiré Doué est un ovni monstre physique et technique © Keystone / Dave Thompson

Quand il se révèle au grand public en signant au PSG à l’été 2024, difficile d’imaginer ce que Désiré Doué sera 2 ans plus tard : L’un des tout meilleurs joueurs du monde, et – malgré son absence, surprenante, de la liste du Ballon d’Or – le probable nouveau leader de l’attaque parisienne. Considérant l’âge de ses concurrents à l’échelle mondiale, il est même en première ligne (sans oublier Olise) pour un mano a mano dans les années à venir face au dossard n°10 de l’équipe qu’il affronte ce soir au Parc des Princes.

Avec une nette dimension mécanique, l’Angevin personnifie le prototype du footballeur de 2030. Cette sensation visuelle futuriste s’explique certainement par la morphologie et la façon de se mouvoir tout-à-fait unique qu’il présente.

Lorsqu’on le compare au concert des superstars du XXIe siècle, vouées à occuper l’aile où le soutien à l’attaquant, autrement dit la zone des étoiles, Doué et son gabarit, plus proches de Georges St Pierre que de Lionel Messi, détonnent. Culminant à 1m81, il pèse la bagatelle de 79kg. Tout en étant très sec, il présente une musculature massive. A son idole Neymar, il rend 12 kilos. A l’idole de son idole, Robinho, 20.

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Doué 2025 (79kg) – Neymar 2015 (67kg)

C’est bien simple, et ça saute aux yeux si on le compare à ce calibre de joueurs : aucun n’atteint un tel rapport poids-taille. Le fameux « indice de masse corporel » (IMC) de Doué n’a pas d’équivalent chez les joueurs voués à être les plus mobiles et les plus fluides, et cela joue certainement un rôle important dans cette impression de jamais vu.

Mister Robot

Pour comprendre comment fonctionne ce concept-car dans lequel Neymar semble avoir pris possession du corps de Kamaru Usman, il convient d’examiner ses pièces détachées. Point principal et tout sauf secret : le bassin de DD14 est monté sur deux énormes pastèques. Non seulement ses jambes sont longues, mais le fémur (du genou à la hanche) qui porte ses fameux cuisseaux est également largement dominant sur son tibia. Ce morphotype a des implications nettes.

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Cuisse galbées / mollets moins proéminents - IMAGO/MB Media Solutions

Concrètement – alors qu’on considère le bassin comme le moteur – cela signifie que la masse dominante se situe près du centre. On parle de « masse proximale ». Cette configuration offre une capacité de rotation extrêmement forte : C’est en tenant une raquette par le manche qu’on la fait tourner plus vite, et c’est du centre de son corps compact que Mike Tyson générait ses coups courts et circulaires si dévastateurs.

La musculature dense et proximale de Doué lui permet donc de croiser rapidement des frappes très lourdes, sans trop d’élan. Couplée aux longues jambes qui lui donnent l’allonge nécessaire à frapper malgré le cadrage du défenseur, cet assemblage en fait un danger permanent. Particulièrement palpable lors de la demi-retour face au Bayern.

Doué a perdu sa vitesse, le défenseur est couvert. Sur le tableau tactique, le temps d’avance est perdu, mais Doué envoie sans élan un missile dans le soupirail de Neuer

Par opposition, les footballeurs dont le mollet est dominant sur la cuisse ont une masse plus répartie vers les extrémités. On parle de « masse distale ». Contrairement à Désiré Doué et Mike Tyson, ils déploient de la force plus loin du bassin. Ils tiennent la raquette par son cordage en quelque sorte. On le ressent sur leur dribbles, leurs passes et leurs frappes : leur geste est plus ample et plus délié. Disons-le : plus esthétique.

Les iconiques virgules et autres chevauchées sinusoïdales conclus du bout du pied par Ronaldinho en sont l’une des plus nettes illustrations : de la conduite, au dernier, en passant par les feintes du buste : tout se passe loin du bassin.

Dans un autre registre, les passes de Zidane en bout de course, ou à la fin d’une série de dribbles, donnait une véritable impression d’offrande, tant le geste – étalé, aux antipodes de Doué – se déployait vers le chanceux destinataire.

7 - doue v grealish
On le voit avec Ronni, comme plus récemment avec Grealish et les bouteilles de Ruinart qu’il porte aux chevilles : ces joueurs sont beaucoup plus ancrés que ceux qui travaillent avec la cuisse. C’est l’extrémité de la jambe d’appui qui pousse sur le sol, et l’autre qui donne le coup de pinceau.

Sur-Doué

C’est l’inverse pour DD14, et c’est donc là tout son "paradoxe" : tout en étant extrêmement massif, il travaille avec ses cuisses, et non avec ses mollets : il conserve donc des appuis très légers et aériens. Privilège de joueurs moins "lourds", comme Neymar, ou le jeune Mbappe. Malgré sa lourde armure, il s’offre, tout comme Neymar, le luxe de passer énormément de temps en lévitation, maniant le ballon avec une extrême finesse, alors que son pied d’appui se pose où bon lui semble.

La mémorable série de dribbles qu’il déroule sous la pression de Kimmich et Diaz en demi retour en est l’illustration : apte à les raffuter efficacement du bras (comme un Lewandowski), et pas forcément enclin à user de feinte de corps chaloupées via une extrême mobilité de buste (comme Hazard, ou Messi), le Français n’en est pas moins insaisissable : il se coordonne parfaitement, et change d’appui avec légèreté.

On le voit bien sur les charges qu’il reçoit : les avantages qu’aurait présenté Hazard ou Wayne Rooney et son volumineux popotin dans la résistance aux charges, et qu’un profil élancé et léger comme Kaka ou Neymar aurait beaucoup plus de mal à activer, Doué les possède, grâce à sa masse compacte. Une fois n’est pas coutume, le buste quitte l’alignement du bassin pour conserver l’équilibre, levier que Doué n’active pas balle au pied.

Malgré sa taille, il est également capable d’élargir sa base, d’où cet équilibre remarquablement efficace. Inébranlable à l’épaule, il a la coordination pour reconstruire son équilibre, quand d’autres édifices aux longues jambes s’effondreraient.

Il existe des joueurs grands et légers sur leur appuis, mais ils sont fragiles à l’impact. D’autres, petits et denses, sont inébranlables, mais ils ont du mal à exister sur de grands espaces, et sont parfois pénalisés par leurs petites jambes. Certaines tours sont certes à la fois grandes et ancrées (Zlatan, ou Giroud), mais la surface (ou le jeu en pivot) est leur seul terrain d’expression. Doué va plus vite qu’eux avec ses pieds, et on le voit à la vitesse à laquelle il les organise ici.

Sa configuration est unique en ce sens : Il est un joueur à la fois tanqué et aérien, à la fois massif et léger sur ses appuis. Ce que son attelage sacrifie : la mobilité de buste et les animales feintes de corps qui vont avec. Mais ce set-up ne le prive pas d’efficacité. Cela saute aux yeux : il y a quelque chose de jamais vu dans sa façon de faire.

Chez lui, tout se passe sur l’axe sur lequel il pivote pour frapper ou passer. Sa tête ne quitte jamais cette colonne.  Illustration très nette dans le coup de génie qui fait croire à Upamecano que le ballon va partir en profondeur, via l’intérieur du gauche de Doué, avant de finalement le cuir, du de pied droit, pour donner à Dembele un temps d’avance fatal, sans jamais engager le buste.

Au moment de conduire le ballon sur de grands espaces (aspect essentiel du succès du PSG face au Bayern, net vainqueur du match du milieu) on retrouve le même style atypique : l’ancien Rennais monte sur son Hoverboard, et sans faire valdinguer le haut de son corps, il parcourt 70 mètres avant de pousser Neuer à l’arrêt remarquable vu plus haut.

Chez l’immense majorité des offensifs iconiques, le buste se balade pour tromper le défenseur : les jambes accompagnent le haut du corps, qui multiplie les déséquilibres. Chez Doué, les jambes, ou plutôt : le bout des jambes, qui est léger, supporte le corps, qui conserve son organisation, relativement droite et rectiligne. Doué est tanqué sans être lourd. Il est droit sans être fixe.

Tir de l’aigle

Autre aspect contemporain dans lequel il présente un prototype rare, et même inédit : la flexibilité tactique. Au PSG, il évolue au sein d’une organisation mouvante, dans laquelle la proximité des joueurs intérieurs se confond efficacement à la largeur des extérieurs.

Au moment de triturer un bloc replié, ou d’en fendre un plus conquérant, la prérogative des axiaux et des excentrés est la même : fondre vers le but. DD14 peut évoluer dans les deux groupes, et qu’il parte de loin ou non, c’est à ce moment qu’il met sa mécanique si particulière au service de son arme numéro 1 : une technique de tir efficace et variée. Illustration nette dans le rôle de l’écarteur, à gauche, face à City :

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Doué dans le rôle de l’écarteur opposé, alors que le PSG aspire City avec sa cuisine sur petits espaces

Tout en menaçant Kusanov de lui prendre l’extérieur, il va se réorienter vers l’axe, et faire croire à Donnaruma à un tir enroulé au second. Avant de le décevoir d’un tir croisé, dans le soupirail côté ballon. Intelligence situationnelle, rotation et énergie cinétique sèche.

Doué fait croire à Kusanov et Donnarumma qu’il va enrouler au second poteau : le bras qui se lève ici ne sert qu’à mentir

Capable d’inverser cette mécanique, Doué sait finir depuis les deux côtés, des deux pieds, et de différentes surfaces du ballon et du pied. Un an plus tôt, face au Bayern lors du Mondial des Clubs, c’est du gauche – et cette fois-ci au sein du groupe des "intérieurs" - qu’il assène le même mensonge.

Comme Donnarumma, Neuer est scotché sur ses appuis, et trompé par les fausses informations que lui envoie l’armée de l’ancien Rennais.

Expert dans l’art du tir en pivot, Doué tire la quintessence de sa biomécanique robotique. Logiquement, pour bien tirer du mauvais pied, il convient de reproduire une mécanique qui ne soit pas trop tarabiscotée. Pas étonnant qu’avec sa posture droite et simple, l’Angevin expédie facilement des tirs du gauche de la même efficacité.

Son style, aussi sobre que létal, fait mouche face à la Belgique : peut-on vraiment appeler feinte de corps, le microscopique mouvement qu’il effectue, juste assez franchement pour faire croire à Raskin qu’il va se tourner sur son pied droit ?

Assez pour créer le temps nécessaire pour finir, dans le mouvement rotatif qui le caractérise.

Du joueur racé au joueur optimisé


Quelques secondes plus tôt, Rayan Cherki, un joueur bien plus sensationnel que Doué, reçoit également le ballon dans une position où l’angle existe pour tirer. Pourtant virtuose, le Gône ne trouve pas le bon appui pour finir dans cette situation précaire. C’est le gouffre, si petit, et si colossal, qui le sépare – aujourd’hui - d’un joueur industriel comme Doué.

Gâté par sa génétique sur certains aspects, Doué joue avec ses meilleures armes et optimise les autres. Il sait alourdir ses appuis quand c’est nécessaire, et ne cherche que l’efficacité, en masquant constamment ses intentions. Aérien sans être fragile, dense sans être lourd, le prototype Doué monte sur sa trottinette, donnant ainsi le spectacle surprenant d’un joueur assez droit, comme porté par les rails d’un jeu vidéo. Sa connexion au but et la qualité de sa motricité fait le reste.

Alors que le football de 2026 est un peu dépouillé de sa poésie technique, Doué, qui ne ressemble à la foi à aucun et à plusieurs de ses ainés, balise le chemin pour ceux qui voudront y faire leurs armes avec un jeu essentiel et efficace. Arsenal, autre incarnation de l’époque, est surement l’équipe (jusqu'ici) l’équipe qui l’a le mieux pris, et cela en dit long sur le prix à payer pour être celui qui analyse Doué plus que l’inverse.

Dans le contexte d’un Kvara en dedans cette saison, et d’un Dembele souvent indisposé, il a les cartes en main pour faire briller ce style unique jusqu’à une troisième couronne qui cimenterait (déjà) son héritage, cette fois-ci dans le premier rôle.

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