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Analyse Football

Départ de Guardiola : que retenir de 10 saisons en PL ?

Victor

Au pied du défi de la PL et de l’Européanisation de Man City il y a 10 ans, Pep Guardiola a connu des fortunes diverses dans la riche odyssée tactique qui l’a mené à six couronnes nationales, dont quatre consécutives, au Graal européen en 2023. En se conformant peu à peu à un football moins atypique, le Catalan a su transposer le jeu que son nom appelle. Paradoxalement ou non, il a cheminé vers l’excellence défensive à mesure que son équipe progressait, jusqu’à atteindre son pic, il y a trois ans.

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Pep Guardiola aura marqué l'histoire du club tant par les trophées que par le jeu © Sky

Au temps des algorithmes, la marque dépasse bien souvent la réalité dans la perception générale, cet état de fait est particulièrement vrai en ce qui concerne Pep Guardiola. Sujet à débats passionnels et inspiration d’une génération d’entraîneurs et d’observateurs du jeu, le Catalan faisait face à plusieurs défis colossaux en prenant en main Man City à l’été 2016 : surmonter l’intensité athlétique de la PL et réaliser une moisson de trophées en adéquation avec les moyens colossaux mis à sa disposition. Le tout, en transposant son style, dans un club non-référencé en Europe.

Transposition positionnelle

À quoi ce nom était-il automatiquement associé après le premier chapitre de son irrésistible ascension ? Décrochant les icônes à l’été 2008 avec le succès que l’on sait, Pep propulse un nouveau paradigme à un football européen qui vient de voir Lampard et CR7 se disputer la C1 : le match se gagne désormais au cœur du jeu, par la possession. Et même, plutôt, la position. La passe courte devient plus forte que l’ailier adverse, dans une dimension fluide et esthétique qui fait de l’entraineur, jusqu’alors en retrait, un acteur de premier plan. 

Après une première mutation de cette idée au Bayern, Guardiola va dans une certaine mesure industrialiser et transposer ce style à Man City. Avec le duo Silva–De Bruyne, un étage plus haut que Xavi et Iniesta, dans une formule entre le 4-1-5 et le 2-3-5, les centurions de 2018 vont immortaliser l’empreinte positionnelle Pep sur la PL. Sur les ailes, Sterling et Sané écartèlent les blocs adverses. En état de grâce dans cet aspect du jeu lors du retour malheureux face à Tottenham en 2019, les deux feux-follets de City atteignent leur prime absolu.

Un an plus tard juste avant le déclenchement du COVID-19, c’est la montagne Ramos - Varane que Guardiola et ses hommes surmontent. Vainqueur 2-1 au Bernabéu, ils éliminent le Real et infligent à la légendaire charnière sa seule véritable défaite en Europe.

Ainsi, en PL comme en Europe, Guardiola a dû continuer sa mutation pour continuer à gagner et atteindre, finalement, l’objectif suprême.

D’ailleurs, à ce moment-là, il est déjà en train d’amorcer sa transition du créatif vers l’annulatif : Hazard, qui avait saccagé ses espoirs de titre lors de sa première saison, va être remarquablement éteint par la possession défensive et le marquage préventif de Kyle Walker. On le voit ci-dessous avec les instructions reçues par l’Anglais pendant la possession de City.

Le Belge, étincelant, un an plus tôt, ne passera pas le moindre dribble… et n’en tentera qu’un seul.

Arrivée du Benfica à l’été 2020, au Ruben Dias va incarner l’évolution finale du City de Guardiola une équipe littéralement défensive, qui va viser, et atteindre l’excellence, non seulement dans la phase défensive, mais également dans le passage de la possession à la défense.

Un chercheur infatigable : vers l’excellence défensive

Si l’histoire a fini en eau de boudin, en 2021, Pochettino et son jeu joueur-centré tire bel et bien un excellent parti du duo annoncé NeyBappe. Après avoir explosé le Barça en huitième avec un Mbappé intenable, le PSG prend sa revanche sur le Bayern dans le sillage d’un Neymar en lévitation.

Avec un pressing parfaitement ajusté, City prouve alors à l’Europe entière qu’il ne badine plus défensivement : Mbappe va passer le match en position de hors-jeu, alors que Verratti est éteint par le milieu et Neymar par la défense de City.

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Ceci dit, battu cruellement par le Chelsea de Tuchel en finale, City n’y est toujours pas. Imperturbables, les Citizens reprennent leur marche en avant. Après un match retour épique au Wanda Metropolitano, qui les voit contenir un Atletico ultra-hostile, qui va pilonner leur surface pendant tout le match. Les Sky blues repartent avec un clean sheet, et retrouvent le Real en demi-finale. L’issue dramatique de ce match semble invraisemblable lorsque l’on regarde, dans le flux du direct, l’écartèlement en règle du Real Madrid lors du match aller.

Alors que le Real semble au bord de la rupture totale défensivement et doit se contenter de temps de jeux épars offensivement, les coéquipiers de Vinicius vont à leur tour fendre la défense Citizen pour ramener le score à 3-2. Battu d’un but, les Citizens vont à Madrid avec des intentions très matures : un 4-4-2 très compact, dont la résistance sans ballon et la capacité à contre-attaquer est (déjà !) la compétence centrale. Dans un match où la possession tutoie le 50-50, City se crée les meilleures occasions en piquant en attaque rapide. Guardiola se montre très conservateur : tous ses changements sont défensifs, et lorsque Mahrez trompe Courtois à la 72e, rien ne semble pouvoir interférer dans la mutation solide des Citizens.

Mais une fois de plus, il va manquer quelque chose à cette symphonie, qui a déjà fait de nombreux efforts pour perdre de sa singularité offensive. En résistance, City va céder face à la mobilité, l’inventivité et l’excellence technique du Real : Cancelo sort de l’alignement alors que Benzema attaque son dos. La remise en extension du gauche du Français trouve Rodrygo, et c’est un cauchemar qui commence pour City, qui va céder deux minutes plus tard, sur un centre parfait de Carvajal.

L’image est marquante, après le coup de massue assené sur le crâne du Catalan par Carvajal et Rodrigo : Guardiola, incrédule, seul sur le banc, se demandant comment la qualification pour la finale de Paris a bien pu lui échapper après tant de travail abattu sur tous les aspects du jeu.

5 défenseurs centraux et un vrai 9

En cause sur les buts dramatiques de 2022 et de la finale de l’année précédente Cancelo et Zinchenko sont exfiltrés à l’été 2022. Guardiola va alors atteindre la phase ultime de sa transformation du beau à l’utile : quatre défenseurs centraux. Autre arrivée marquante : Haaland rejoint les Citizens, envoyant définitivement aux oubliettes le concept de faux 9.

Autre idée initialement centrale qui part en fumée : la proéminence du milieu de terrain. En quelque sorte, il n’existe plus : la base à trois (Walker – Dias – Akanji) est surplombée par un véritable duo défensif : Stones – Rodri. À la perte, l’Anglais réintègre un back4 dont le colosse suisse est… L’arrière gauche. 

Les rôles sont clairement établis : la moitié basse de l’équipe prépare les actions, et cimente en amont la transition défensive, et l’autre moitié est chargé d’amener le ballon jusqu’au but, en ayant pour première priorité de ne pas le perdre dans des conditions dangereuses.

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En affrontant successivement Leipzig, le Bayern, le Real et l’Inter, les Citizens vont réaliser l’exploit de n’encaisser véritablement qu’un seul but dans toute la phase finale, face au Real à l’aller.

Au retour, dans une démonstration de possession sécurisée, ils étrillent le Real, qui subit l’une des pires humiliations de son histoire. Puissant et intraitable face à Vinicius, Walker restera l’un des joueurs les plus emblématiques des années Guardiola à City.

Intégré à cette mécanique en 2017, Ederson, qui avait fait souffrir Guardiola en 2016 avec ses missiles capables d’aller d’une surface à une autre. En finale de la Cup quelques jours avant, c’est sur un ballon direct de son remplaçant pour Haaland que Gündoğan (membre des « 5 offensifs ») conclut pour ouvrir le score de la façon la plus british qui soit.

L’année suivante, City ira – comme on le détaillait ici – jusqu’à faire de l’animation défensive le cœur de son plan de jeu, et laissera Liverpool passer au dessus de la symbolique barre des 50% de possession.

My way

En ayant finalement atteint ses objectifs, la seule défaite de Guardiola est probablement idéologique. En dix saisons à Man City, le Catalan a dû se résoudre à normaliser son football, finissant avec des défenseurs qui défendent et des attaquants qui attaquent. Comme pour démontrer l’inexorable dimension cyclique de toute évolution footballistique. Énorme travailleur, il n’a jamais sous-estimé un adversaire, ni un aspect du jeu. Le temps allant, l’état d’esprit et l’humilité ont pris une place prépondérante dans son discours. Le voici avant d’affronter les très verticaux danois de Copenhague en 1/8e 2024 :

Ce qui ne change pas : Guardiola a conservé le rôle principal. Du moins dans l’imaginaire collectif. Mis à part De Bruyne, aucun joueur n’a véritablement incarné le projet de City, dont l’entraineur Catalan est resté la figure de proue.

Comme un symbole, Foden, ado prometteur à son arrivée, rate le mondial dans une relative indifférence au départ de son mentor. Dias ou Walker, défenseurs ayant atteint le top mondial avec Guardiola, seront parfois sacrifiés pour des raisons tactiques. Le latéral anglais le sera à Istanbul, face au 352 de l’Inter, après avoir livré le match de sa carrière face à Vinicius lors du 4-0.

Avec un succès national indéniable, et six titres de Premier League accrochées dans le tumulte du championnat le plus relevé au monde, Guardiola aura atteint l’objectif ultime en Europe, et il n’aura pas manqué grand-chose pour le faire plusieurs fois. Cruellement, c’est sans rechercher le contrôle absolu que d’autres y sont parvenus.

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