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Analyse Football

Épouvantail du mondial, la France est-elle imbattable ?

Victor

Dotée d’une impressionnante armada offensive, la France est la terreur de cette première moitié de mondial. Avec un quatuor offensif à priori inarrêtable, elle impressionne beaucoup plus que ses principaux rivaux, alors que chaque match réserve son lot de toboggan émotionnel. Si elle n’excelle pas avec la même intensité dans tous les domaines, le chemin pour la battre reste extrêmement étroit

EdF
Les bleus sont la terreur du tournoi © IMAGO / Kirchner-Media

Il est d’usage de le dire, le foot englobe quatre aspects : Technique, tactique, physique et mental. Si l’on s’attarde bien souvent sur le second, il va sans dire qu’une équipe qui maîtrise les trois autres est redoutable, et indéniablement compétitive. C’est le cas de la France, groupe uni derrière son caporal, et de loin le mieux pourvu de la planète. À l’orée des ¼ et avant un possible enchainement Maroc – Espagne, passage en revue du style français.

Artillerie lourde

Que représente la France dans le foot de 2026 ? Certainement la même chose que le Brésil 20 ans plus tôt, et même un peu plus : la nation reine. Pourvus d’une infinité de joueurs via la base francilienne de sa pyramide de formation et les structurantes vicissitudes qui la caractérise, elle regroupe des profils techniques, physiques et mentaux dont ne dispose des rivaux comme l’Argentine ou l’Espagne.

Mis à part Rabiot et Maignan, on ne trouve que des joueurs qui jouent chaque année à minima le top 8 de C1 en tant que "super cadre". Digne joue à Aston Villa, et parmi les sept joueurs restants, on trouve deux Munichois (Olise – Upamecano), un Barcelonais (Koundé), deux Madrilènes (Mbappe – Tchouameni) et quatre finalistes de la dernière C1 : Saliba (Arsenal) et le contingent parisien Dembele - Doué – Barcola, avec le luxe de permuter les deux derniers cités sur un poste. Quand l’Espagne aligne Baena et que l’Argentine accorde un rôle primordial à des joueurs de MLS, la France dispose d’une armurerie unique au monde, et peut-être même dans l’histoire du jeu.

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Après cinq matchs, elle émerge logiquement comme l’épouvantail de la compétition. Deschamps, perçu à raison comme un entraineur raisonnable et rempli de flair, qui ne sacrifie pas la tranquillité de ses joueurs pour les surcharger d’infos ou leur faire assimiler un plan millimétré, est vu comme le commutateur idéal de toutes ces sources d’électricité.

Face à la Norvège, Dembele fait étalage de son ambidextrie, marquant deux de ses trois buts du gauche, alors que le défenseur doit tout de même considérer l’option d’être pulvérisé sur sa gauche.

Olise, axial créatif de ce 4-1-2-3, dont il est une sorte de relayeur droit, est le serrurier de cette équipe. Par ses passes délicates, il a pris la suite de Griezmann, également gaucher, dans ce rôle de créateur, alors que les profils ne manquent pas pour dévorer les espaces et finir les actions.

Ceci étant, quand on fait le bilan à mi-mondial, c’est bien plus dans le passage brutal de la défense à l’attaque, que dans l’attaque placée en tant que tel que la France fait la différence. Illustration face aux Suédois, sur le but qui tue le match : Après le gain du premier ballon, les Bleus mettent Tchouameni face au jeu. Alors que la France est relativement compacte, mis à part Dembele à l’opposé, tous ses attaquants sont du côté de la balle (cinq joueurs sur 10 mètres de largeur). Tchouameni a Rabiot et Olise sur deux mètres de large, derrière les milieux suédois, alors que Barcola (ailier) et Mbappe sont également regroupés et surinent la défense d’appels.

2 - Tchouameni face au jeu contre
Tchouameni est face au jeu après une bataille aérienne gagnée. Il a quatre partenaires dans un espace très congestionné. Les Bleus vont faire parler leur vista sur ce terrain large comme un playground

Malgré sa zone compacte, la Suède est dépassée : Barcola et Mbappe l’étirent, et Rabiot et Olise offrent deux lignes de passes à Tchouameni dans ce couloir de jeu restreint mais profond :

3 - france compacte suite

C’en est trop pour les Vikings qui vont perdre leur alignement : Olise va se tourner, mimer la frappe, et servir Barcola qui va finir tranquillement.

4 - olise solutions

Symbole de la créativité française : le « 10 » (ou plutôt le 8 !) des Bleus glisse le ballon entre les jambes du malheureux central sorti à sa rencontre.

Ce but fait bien entendu écho aux deux premiers passés à la Norvège, et à celui de Barcola face au Sénégal : l’adversaire, usé par de longs temps de jeu défensif, est puni dès sa première perte de concentration, et rentre à la maison.

Prises de positions

Question aussi logique que le constat établi initialement : avec un tel matériel, comment se fait-il que la France n’ait « que » la Coupe du Monde 2018 à son palmarès récent, quand l’Espagne (08-10-12) a enchainé trois médailles d’or.

Un premier élément de réponse émerge en catégorisant les buts marqués dans ce mondial : Que ce soit les deux premiers face à une Norvège B, ou face à la Suède : tous les décalages proviennent d’une transition offensive. La France débloque certes sur attaque placée, dans le dernier tiers du match, l’affrontement face au Sénégal et sa poreuse animation défensive.

Olise et Dembele permutent face au Sénégal. Alors que Rabiot se projette, chaque joueur reste relativement « dans sa zone »

On finalise beaucoup de projets en commençant ses phrases par « si ». Pour la Suède, adjoindre ce mot à un travail attentif sur les transitions défensives qui suivent ses six mètres l’aurait possiblement conduit à un match nul, malgré l’ultra-domination française. Si cette affirmation est toute théorique, la suivante est bien réelle : Sur les 21 temps de jeu placés qui mènent au 2-0 en contre-attaque (vu ci-dessus), il n’y a tout simplement pas de décalage. Y compris le ciseau d’Olise, qui est plus un geste de dernier recours, qu’une finition choisie sur la base du confort créé pour le tireur.

Avec ballon, la France ne souscrit pas vraiment à une méthode définie. Olise navigue sur le front de l’attaque (même si sa zone d’influence reste principalement le halfspace droit), et les latéraux se projettent (surtout à droite), en prenant soin de ne pas être hors-jeu et en tablant sur la précision du Bavarois ou de Dembélé.

Alors que Tchouameni n’est pas un pur 6 de métier, et que Rabiot excelle dans l’art de la projection, le jeu Français n’est pas illisible pour l’analyste adverse au moment de cibler les sources créatives.

À Doha, les Argentins avaient clairement respecté Griezmann (le Olise de l’époque) marqué individuellement par MacAllister (relayeur gauche) alors que Rabiot l’était par Enzo (relayeur droit). Ciblé, et laissé relativement libre, Tchouameni n’avait pas su peser sur la rencontre.

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Il est nettement en cause sur le 2e but argentin, fruit d’une transition offensive adverse alors que la France va rester bloquée à zéro tir jusqu’à la 71e minute.

Un aspect à surveiller face aux Marocains, qui n’ont pas l’habitude de marquer individuellement le 6 adverse (Tchouameni ou Kone). Ainsi, le duel El Aynaoui – Olise sera à coup sûr une clé de la rencontre, tout comme Rabiot – Bouaddi, dans l’autre halfspace.

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Ainsi, si laisser Dembele et/ou Mbappe hors-jeu demande un alignement très bien travaillé à l’adversaire, ce manque de « culture de la structure » de la base de l’équipe lui ouvre des possibilités très intéressantes en contre.

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Le back4 de la Norvège (bis) ne parvient pas à mettre Dembele hors-jeu, et recule face à la menace qu’il représente. Les deux latéraux français étaient montés et Tchouameni se laisse lui-même parfois aspirer

Les Bleus étaient très attentifs à cet aspect face aux Suédois, preuve d’un travail effectif sur l’adversaire. S’ils passent l’obstacle marocain, ce sera certainement l’une des clés d’un possible France – Espagne, alors que Cubarsi et Laporte ont très bien géré CR7 et la verticalité des Portugais. Pour l’instant, les Bleus n’ont pas encore activé de forme particulière de densité offensive, se répartissant assez également sur la largeur du terrain. À voir si cette arme, efficace pour désarçonner les alignements adverses, ou pour vaincre les marquages, sera activée face au Maroc.

Olise et Griezmann

Même si ces matchs font l’objet d’une relative amnésie, la compétence décisive de l’équipe qui sait désarçonner la France est nettement établie avec l’Argentine 2022 et l’Espagne 2024 : savoir manipuler un bloc. Entre la demi-finale européenne et la finale mondiale, un pattern se dégage pour faire mal aux Bleus : surcharger leur cœur du jeu.

C’était un objectif clair des Argentins à Doha : relayeur gauche du losange, MacAllister va « pousser » Griezmann vers l’arrière en jouant délibérément plus haut que de raison.

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MacAllister (attaque vers le bas), se sachant pris par Griezmann (vers le haut), le fait défendre : ce parti pris pénalise la défense et les transitions offensives des Bleus

Second ajustement : Di Maria fait son retour dans le XI, et passe côté gauche. Surement pour acculer Koundé, et forcer Dembélé à produire des prises à deux du côté de Griezmann. Forcé à reculer, le maestro de l’Atleti ne peut pas lancer les contres comme il sait si bien le faire et Dembele non plus.

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C’est très clair sur le temps de jeu qui précède le penalty du 1-0 : Griezmann recule, et les Bleus sont finalement submergé au cœur du jeu.

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On le voit ci-dessus : avec Messi en pointe du losange (Di Maria et Alvarez attaquants) l’Argentine submerge le milieu Français… Yamal fera la même chose deux ans plus tard.

Inaptes à gérer les incursions de Yamal (on le voit bien à la surprise totale de Rabiot ci-dessous) alors que Rodri se promène hors de la densité, et qu’Olmo et Fabian Ruiz offrent des lignes de passes mi-longues, les Bleus vont être perforés à deux reprises en première mi-temps, et quitter le tournoi que leur adversaire va remporter.

Même en renforçant leur milieu, les Bleus sont surpris (on le voit à la réaction de Rabiot) par Yamal, alors que Rodri attire Kante loin de l’axe.

C’était assez clair face au Sénégal : alors que les Lions de la Teranga attaquaient clairement en 4213, DD a choisi l’option joueuse de laisser Olise en position de 10, pour une défense relativement zonale de Tchouameni et Rabiot. Avec deux centraux phénoménaux, elle peut peut-être se le permettre.

Alors que la France devrait changer de tournoi, face à un Maroc en mesure de lui disputer le cuir, avant peut-être de retrouver l’Espagne, il sera intéressant de voir si elle passera un palier, face à une équipe capable de la manœuvrer.

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