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Analyse Football

Les dix erreurs de Julian Nagelsmann

Lortho

Contraint au départ à la suite de l'élimination de la Nationalmannschaft en seizièmes de finale du Mondial, le sélectionneur porte une part de responsabilité dans l'échec de sa troupe.

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Bien qu'il souhaitât poursuivre sa mission jusqu'en 2028, Julian Nagelsmann est contraint de céder sa place. © IMAGO / Ulrich Wagner

Éliminés au premier tour de la Coupe du monde au Qatar en 2018, les Allemands, bien au-delà des joueurs, avaient alors avancé l'excuse d'avoir trop pensé aux droits de l'homme – sujet ô combien légitime par ailleurs – et pas suffisamment à la performance sportive. Un argument inopérant quatre ans plus tard, même si le sujet demeure évidemment brûlant, aux États-Unis comme dans le Golfe Persique. Aujourd'hui, le pays tout entier, bien au-delà du sport, s'interroge sur ses compétences économiques, politiques, sociétales et l'équipe nationale, convient la presse, n'est que le reflet de ces difficultés. Pourtant, certains choix du sélectionneur, dont le contrat courait jusqu'en 2028, interrogent.

Un groupe peu en forme

Le principe de la forme du moment a connu quelques entorses lorsque le sélectionneur a annoncé sa liste, fin mai. Felix Nmecha, Nadiem Amiri ou Manuel Neuer, pour citer trois exemples, n'étaient pas au top de leur forme. Les joueurs finalement alignés n'ont guère profité de jouer ensemble en amont du tournoi, de sorte que le onze allemand, bien que reconduit au fil des matches du Mondial, a manqué de stabilité, voire de structure. Les sévères critiques formulées par Philipp Lahm, Toni Kroos ou d'autres encore ces derniers jours vont dans ce sens. Et les joueurs importants de la campagne de qualification, tels Undav ou Woltemade, ont été sous-utilisés en Amérique.

Le rôle du capitaine

Julian Nagelsmann avait pris soin, en constituant son groupe de 26 éléments, de doubler tous les postes. Tous, sauf un : celui de latéral droit. L'Allemagne est même partie en Amérique sans le moindre arrière droit de métier. Depuis longtemps, le sélectionneur avait indiqué qu'il confierait la tâche à son capitaine Joshua Kimmich. Mais cette option présentait deux inconvénients : d'une part, elle limitait l'influence et le rayonnement du joueur du Bayern sur le terrain ; d'autre part, Nagelsmann n'avait pas de solution de rechange sérieuse. Kimmich étant l'un des seuls joueurs de l'effectif à avoir la haine de la défaite chevillée au corps depuis toujours, le handicap était sciemment consenti. Que les analyses sans concession du milieu de terrain du Bayern devant les micros soient honnêtes et courageuses ne constitue qu'une maigre consolation.

L'échec technico-tactique de l'attaque

Julian Nagelsmann n'est pas parvenu à faire pétiller son quatuor offensif Wirtz-Musiala-Sané-Havertz. Les séances supplémentaires programmées spécialement dans cette optique n'ont pas donné le résultat escompté. En outre, le joueur offensif le plus en forme du moment, Deniz Undav, n'a gagné sa place de titulaire que contre le Paraguay, en seizièmes de finale. Pire, le sélectionneur a semblé hésiter à l'emmener en Amérique. Le choix, en particulier, de ne pas titulariser Undav contre l'Équateur, alors que l'Allemagne était déjà qualifiée en sûre de terminer en tête de son groupe, a été mal compris des joueurs, qui ne l'ont appris qu'au moment de la conférence de presse d'avant-match.

L'illusion de la Côte d'Ivoire

L'analyse publique par le sélectionneur de la victoire contre les Ivoiriens au 2e match de poule (2-1), arrachée en fin de partie, a manqué d'objectivité. Nagelsmann a retenu les dernières minutes, qui ont effectivement tourné à l'avantage de ses protégés, ignorant très largement les phases plus délicates, telle l'énorme occasion ivoirienne mise en échec in extremis par Leon Goretzka avant le but décisif des Allemands.

Le coaching raté contre l'Équateur

Que le sélectionneur ait souhaité reconduire son équipe-type du moment, ou presque, alors que l'Allemagne était déjà qualifiée et assurée de terminer première de son groupe peut s'entendre : il souhaitait que ses titulaires peaufinent leur entente en situation sur le terrain et entretiennent leur dynamique de victoires – la série comptait onze succès consécutifs après le match contre les Ivoiriens. Mais ses remplacements, plutôt que d'être orientés vers une nouvelle victoire, ont consisté à donner du temps de jeu à un maximum de joueurs pour entretenir la bonne humeur au sein du groupe. Une mauvaise inspiration à double titre : d'une part, cet objectif n'a pas été atteint (lire par ailleurs) ; d'autre part, Nick Woltemade n'a pas eu le droit d'entrer et l'Allemagne s'est ainsi privée de travailler concrètement une solution offensive alternative en cas de difficulté contre le Paraguay.

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Le jeune sélectionneur de la Mannschaft a beaucoup pesté contre les arbitres.

Le rappel de Manuel Neuer

Les avis étaient partagés avant le tournoi, la presse ne lâche pas le morceau après : rappeler le quadragénaire Manuel Neuer, en retrait de la sélection depuis 2024, s'est-il avéré utile ? Sur les quatre matches disputés avec son équipe durant le Mondial, le meilleur gardien de l'histoire n'a pu se montrer que trop peu décisif, encaissant au moins un but à chaque match. Son arrêt lors des tirs au but contre le Paraguay n'a finalement pas permis d'empêcher l'élimination et son attitude attentiste sur le second but équatorien, dont il a ensuite refusé d'endosser la responsabilité, ne permettent pas de dresser un bilan favorable à son retour.

Une communication erratique

Drapé d'une aura certaine à son arrivée, d'abord séduisant dans son approche des matches et dans le projet de jeu, le sélectionneur a perdu du crédit à vitesse accélérée auprès de l'opinion publique. Sa communication a manqué de pertinence dans des dossiers polarisants, tels celui du rappel de Leroy Sané et de la dégradation de n°1 à n°2 du gardien d'Hoffenheim Oliver Baumann. Changer d'avis ou de direction n'est pas un problème en soi, c'est même une marque de pragmatisme et de faculté d'adaptation mais Nagelsmann, en revenant en catimini sur certaines de ses affirmations initiales, a entretenu le doute. En outre, le jeune sélectionneur de la Mannschaft, largement reconnu pour ses grandes facultés d'entraîneur, charrie dans l'opinion publique une image d'arrogance ou d'irrespect vis-à-vis de ses interlocuteurs en général et des arbitres en particulier. Sans parler d'un échange insuffisant avec ses joueurs avant puis au fil du tournoi, dont ces derniers se sont plaint.

La priorité à la vie privée

En Allemagne, le poste de sélectionneur de la Mannschaft est le plus important du pays. Les faits et gestes de l'intéressé sont donc scrutés. Le public allemand et certains médias influents, localement comme nationalement, reprochent à Julian Nagelsmann d'avoir négligé l'aspect relationnel de sa mission au bénéfice de sa vie privée. Qu'il se rende aux entraînements en vélo en compagnie de sa femme a suscité une forme d'incompréhension auprès des joueurs. L'image de son retour en Allemagne, cette semaine, en compagnie de son épouse et de sa mère n'a pas manqué de susciter des sarcasmes, de même que son absence au Mondial des clubs, l'an dernier, à l'occasion duquel il s'est privé de prendre la température des États-Unis.

La prolongation inutile du contrat avant le tournoi

La fédération allemande avait déjà commis l'erreur en 2018 : À l'époque, Reinhard Grindel avait prolongé Joachim Löw, dont l'échec en Russie, avec une élimination au premier tour inédite pour une nation phare du football mondial, avait finalement été retentissant. Rebelote en 2026 : prolongé jusqu'en 2028, Julian Nagelsmann s'est retrouvé dans une situation contractuelle confortable, moins propice à la tension nécessaire à la performance.

Le choix du camp de base

Depuis l'idylle de Campo Bahia, en 2014, où les joueurs avaient semblé vivre dans une oasis paradisiaque, 4e titre de champions du monde à la clef, le thème du camp de base est un sujet majeur dans la presse allemande. Cette année, le sélectionneur fut l'un des décideurs pour Winston Salem, sinon le principal. Or, le lieu a finalement paru isolé aux joueurs, dont certains semblent s'y être profondément ennuyés. L'attaque tenace d'insectes dans l'hôtel quatre étoiles et la touffeur d'une région propice aux 35°C n'ont pas arrangé le tout. Winston Salem a été choisi pour des raisons de logistique de voyage uniquement, ce qui peut s'entendre, mais au détriment de la qualité de vie.

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