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Analyse Football

Leroy Sané, le mystère demeure

Lortho

Titularisé par Julian Nagelsmann à l'occasion du dernier match de préparation, contre les États-Unis (2-1), puis du premier match de la Mannschaft dans le Mondial face à Curaçao (7-1), l'ancien ailier du Bayern et de Manchester City essuie toujours un flot de critiques mais conserve la confiance de son sélectionneur.

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À l'issue du match contre Curaçao, dimanche dernier. © IMAGO / Kirchner-Media

On a compris, lorsque Lennart Karl, victime d'une déchirure musculaire, a été contraint au dernier moment de déclarer forfait pour la Coupe du monde, que Leroy Sané, telle une opiniâtre pop-up, allait inexorablement revenir sur le devant de la scène. Et, avec lui, ce torrent de critiques, tenace lui aussi, qui ne manque jamais d'accompagner le joueur de Galatasaray depuis aussi loin que l'on se souvienne. Aussi génial qu'inconstant, aussi décisif – parfois – qu'agaçant – souvent –, Sané ne laisse personne indifférent, polarise, provoque l'excès, tel un miroir déformant de nos hystéries du moment. Avec le fantasque ailier de la Mannschaft, le mystère demeure. Y compris pour son principal avocat, le sélectionneur.

En rassemblant sur le terrain, fin mai contre la Finlande, le carré d'as offensif Karl-Musiala-Wirtz-Havertz, Julian Nagelsmann espérait certainement l'installer et le reconduire pendant le Mondial. Aligner ensemble Jamal Musiala et Florian Wirtz était déjà une ivresse trop longtemps retenue ; agglomérer les quatre virtuoses s'apparentait à de la prise de stupéfiant. L'adolescent de la bande terrassé, le sélectionneur devait trouver un plan B. Il a appelé Assan Ouédraogo pour faire le nombre et opté pour Sané, qui a donc débuté et marqué contre les États-Unis, a été reconduit contre Curaçao et, si l'on en croit la dernière conférence de presse en date, sera de nouveau titulaire ce samedi soir dans le match phare du groupe E entre l'Allemagne et la Côte-d'Ivoire.

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L'ancien ailier de Manchester City demeure, à 30 ans, un facteur d'imprévisibilité majeur.

Imprévisible, donc inconstant

Génie incompris, Sané ne fera jamais l'unanimité pour une raison qui a trait à l'essence même de ses qualités : elles sont imprévisibles, donc inconstantes. Tel le promeneur en quête d'étoiles filantes, ou le voyageur à la poursuite d'aurores boréales, le spectateur des prestations du jeune trentenaire aux cheveux finement tressés ne peut ressortir que frustré : avec Sané, comme avec Bart Simpson, il reçoit à la fois le bouquet et les racines. C'est caustique, c'est corrosif mais, addict au spectacle, le témoin en redemande. Soit dans l'espoir que le miracle ait lieu, soit par voyeurisme goguenard s'il soutient l'équipe adverse. Nagelsmann, en tout cas, part du principe que Sané n'est pas fané : dans le cas contraire, il alignerait Jamie Leweling ou aurait appelé Chris Führich ou Said El Mala.

Objectivement, le sélectionneur dispose d'arguments. Sané s'est montré décisif contre la Slovaquie, en novembre (6-0), au moment de qualifier l'équipe nationale, qui avait perdu à l'aller en septembre à Bratislava (0-2), pour le Mondial. L'ancien protégé de Josep Guardiola, qui paraît plus détendu et souriant qu'il ne fut jadis, semblait prêt, en outre, à se glisser dans la peau de ceux qui, en tant que remplaçants, doivent alimenter la bonne ambiance du groupe. Mais pour beaucoup, sa nomination fut une surprise ; qu'il soit bombardé titulaire ne laisse pas d'étonner davantage encore.

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Buteur décisif contre les États-Unis, le 6 juin à Chicago.

« On ne sait jamais exactement ce que l'on va trouver »

Contre Curaçao, Sané, tel qu'on le connaît, a fait du Sané : incisif, véloce, il a allumé des étincelles qui ont souvent terminé en pétard mouillé, tel ce duel perdu seul face au gardien adverse après avoir réussi un contrôle fantastique en pleine course sur un ballon venu de l'arrière. Coacher le bonhomme, c'est comme chercher de l'or : beaucoup de vase, peu de pépites, sans compter les mirages. « Avec lui, on ne sait jamais exactement ce que l'on va trouver », dit en substance son sélectionneur. À Chicago, contre les États-Unis, Sané a erré, infortuné sur son aile droite, la plus grande partie du match, avant de déclencher une frappe sèche du gauche qui a décidé du sort de la partie. « Dans l'ensemble, je suis satisfait », a débriefé Nagelsmann. « Il a marqué le but décisif, ce qui fait partie des choses les plus importantes que l'on puisse attendre d'un joueur offensif. »

Il y a peut-être plus important encore. Dans la foulée de ce but, tous les coéquipiers de l'ancien Bavarois se sont précipités pour le féliciter. Preuve de l'écart de perception entre le cercle intime, où il jouit d'un standing certain, et l'extérieur, où le scepticisme domine. Cette cohésion, si importante aux yeux du sélectionneur et à propos de laquelle il ne cesse d'insister, n'est pas pleinement perceptible de loin. Elle peut pourtant soulever des montagnes. « Il est important de convier des joueurs dont tu es convaincu sportivement, mais aussi dont tu sais qu'ils seront bienvenus dans l'équipe et avec lesquels on appréciera de jouer », souligne Nagelsmann. « Le sélectionneur prend soin d'entretenir une dynamique de groupe », affirmait Gerald Asamoah il y a une semaine dans les colonnes du bi-hebdomadaire kicker. Le soliste Sané, si l'on en croit les insiders, fait désormais partie de ceux qui y contribuent.

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