L'atout Maza
Si le milieu offensif algérien est l'une des grandes satisfactions de la saison du Bayer Leverkusen, où il est devenu incontournable, c'est notamment parce qu'il a su se montrer polyvalent du rôle de créateur à celui de récupérateur. Dans un groupe difficile au Mondial, avec l'Argentine et l'Autriche, la sélection aura nécessairement besoin de ses talents.
Vu d'Allemagne, il paraîtrait logique qu'Ibrahim Maza joue un rôle de premier plan, au Mondial, avec la sélection algérienne. Né dans la capitale allemande, le milieu de terrain venu du Hertha Berlin en juillet 2025 s'est en effet imposé, en quelques mois, au sein de l'une des formations les plus fortes de Bundesliga. Formé comme milieu offensif axial, le jeune artiste de 20 ans a brillamment réussi la transition vers un poste plus reculé, à tel point que son entraîneur l'a propulsé n°6 dès ses débuts de titulaire en Ligue des champions, en novembre, à Lisbonne, face au Benfica (1-0). Un rôle qu'il n'avait expérimenté que quelques jours avant, à Munich, au cours de la seconde période d'un Bayern-Bayer. Et qu'il a endossé avec réussite.
Comme souvent dans le football, et dans la vie professionnelle en général, le costume lui a échu par accident. Exequiel Palacios et Ezequiel Fernandez étaient blessés, Robert Andrich suspendu. S'il a alors comblé un manque, Maza aurait de toute manière trouvé son chemin un jour au l'autre, tant son talent saute aux yeux. Les absences cumulées ont simplement accéléré le processus. Car dans la foulée de ces débuts lisboètes comme titulaire en tant que milieu défensif, l'ancien Herthaner a brillamment confirmé, soit comme récupérateur, soit comme relayeur. Le Bayer a épousseté Heidenheim (6-0), maté Manchester City (2-0), sorti Dortmund de la Coupe d'Allemagne (1-0). Maza s'est installé pour de bon, faisant oublier qu'il évoluait encore en 2e division quelques mois plus tôt à Berlin.
Une impressionnante capacité d'adaptation
La saison 2025-2026 l'a montré : l'Algérien convainc à tous les postes axiaux du milieu de terrain et s'y est adapté en quelques semaines. « C'est un joueur qui observe beaucoup, qui comprend vite et qui apprend de ce qu'il voit », expliquait le directeur sportif Simon Rolfes dans les colonnes du bi-hebdomadaire kicker cet hiver. « Il est à l'écoute, cherche à progresser et respecte les exigences de chaque poste », poursuivait l'ancien capitaine du Werkself. De l'avis général, Maza conserve en outre les pieds sur terre, ce qui n'est pas la moindre des qualités dans le milieu. Admirateur de Mesut Özil et d'Eden Hazard, l'ancien Berlinois est particulièrement à l'aise pour trouver des solutions dans les petits espaces, par la passe ou par le dribble. Des attributs qui correspondent au style de jeu du Bayer et qui ne peuvent laisser indifférent les Algériens, férus de technique.
Chacun l'a constaté dès sa période berlinoise, Maza bénéficie d'un centre de gravité bas, propose une conduite de balle d'une qualité rare et s'oriente avec aisance. De quoi assumer la pression qui repose sur un milieu défensif car il affiche aussi de solides statistiques à la récupération : des kilomètres (une bonne douzaine par match), du volume, des ballons grattés à l'adversaire. C'est dans le domaine aérien, dans l'agressivité face au porteur de balle et dans la capacité à réduire l'espace dans son dos que le joueur du Bayer dispose encore d'une marge de progression. « Des détails », selon Rolfes, un jugement qui, venant d'une telle référence à ce poste, sonne comme un adoubement.
Plus bas, plus dangereux
L'Algérien aurait pu rechigner à descendre d'un cran ; c'est le contraire qui s'est produit. Cette mission lui plaît, il s'y fait même ostensiblement plaisir. Il n'a pas été compliqué, dit-on au Bayer, de le convaincre de s'y consacrer. Ça va même plus loin : en délaissant le poste de milieu offensif, Maza touche davantage de ballons et sort, un peu, des radars de la défense adverse. Aux côtés d'un Aleix Garcia, initiateur du jeu devant la défense, il dispose ainsi d'une liberté certaine, soit pour se projeter, soit pour dézoner. Reste à voir comment son sélectionneur profitera de ces acquis sur la longueur.
Sans être encore le nouveau Wirtz – il réussit autant de dribbles (50%) mais touche nettement moins de ballons et est moitié moins décisif comme passeur ou comme buteur –, Maza a déjà prouvé quelque chose : son absence, quand elle se produit, laisse un vide flagrant. Et il s'est affirmé, au fil de la saison, comme la recrue la plus pertinente de l'après-Wirtz, surtout eu égard à son prix – 12 M€. Sélectionné à treize reprises dans les équipes de jeunes de l'Allemagne, “Ibo”, comme on le surnomme, a opté pour l'Algérie, la patrie de son père, à l'automne 2024, et non pour le Vietnam, celle de sa mère, notamment parce qu'il entrevoyait de meilleures perspectives de disputer le Mondial 2026. Avec l'Algérie, il a participé à la Coupe d'Afrique des Nations avec les Fennecs, non sans marquer deux buts. En club, en revanche, il a refusé diverses offres de l'étranger, d'Italie ou du Portugal, pas prêt à quitter l'Allemagne, où un contrat le lie au Bayer jusqu'en 2030.