Julian Ryerson, l'autre atout de la Norvège
Révélation de la saison à Dortmund alors qu'il était pourtant déjà un joueur confirmé, le latéral droit du Borussia allie désormais pugnacité défensive et abattage offensif à haute dose. Un danger majeur pour les adversaires de la Norvège au Mondial.
Quinze passes décisives en une saison de Bundesliga. Ce chiffre, stupéfiant pour un défenseur, Julian Ryerson l'a construit tout au long d'un exercice 2025-2026 qui l'aura vu prendre une autre dimension. Seul Michael Olise, le meilleur joueur du championnat d'Allemagne, est parvenu cette année à faire mieux que la machine à centrer norvégienne. Et seuls, dans l'histoire de cette statistique, Henrikh Mkhitaryan, Jadon Sancho et Marco Reus – excusez du peu – sont parvenus à faire mieux chez les Jaune et Noir. Le qualificatif de “Flankengott” (dieu des centres), accolé en son temps aux performances de Willy Sagnol avec le Bayern, est devenu le sien. À tel point que le Scandinave, désormais clairement indispensable dans la Ruhr, devrait l'être tout autant pour la Norvège au Mondial, surtout avec des phénomènes tels Erling Haaland et Alexander Sørloth pour réceptionner ses galettes.
Le latéral droit du BvB est un acharné. À son arrivée en Allemagne, en 2018, en provenance de Stavanger, il utilise chaque trajet en car de son club, l'Union Berlin, pour apprendre l'allemand. Pas étonnant, en somme, que même à 28 ans, Julian Ryerson continue à progresser, tant sa soif d'apprendre est inextinguible. Sa capacité à arpenter son couloir sans relâche n'est pas une nouveauté – il l'a transposée à Dortmund, où il a été transféré en 2022. En revanche, son apport dans les statistiques offensives de son équipe, lui, a fait un bond cette saison. Et plus précisément cette année. En dix matches de championnat et de Ligue des champions, il avait déjà distribué neuf passes décisives ! Une inflexion aussi nette qu'incroyable : dans les 122 parties précédentes depuis son arrivée au Borussia, entre janvier 2023 et décembre 2025, il n'en avait distribué que onze ! Soit un ratio désormais plus de dix fois supérieur...
Travailleur acharné
Les raisons de cette métamorphoses sont nombreuses. Elles tiennent d'abord à la façon de jouer de l'équipe de Kovac, qui a clairement mis l'accent, cette saison, sur l'efficacité sur coup de pied arrêté. Et dans ce domaine, en particulier sur coup de pied de coin, Ryerson est loin d'être un manche. Ses centres tranchants ont trouvé preneurs parmi les bons joueurs de tête de l'effectif, tels Nico Schlotterbeck, Waldemar Anton, Rami Bensebaini ou Serhou Guirassy. Mais pour en arriver là, il a fallu que le Norvégien abatte un travail acharné. Ça tombe bien : le bonhomme est un taiseux. Parle peu mais montre du zèle à la tâche, avant, pendant et après l'entraînement, ce qui avait frappé ses coéquipiers à son arrivée à Berlin, alors qu'il n'avait que 20 ans.
« J'essaie de m'améliorer en permanence », répond-il machinalement lorsqu'on le questionne sur les raisons de ses progrès. Bien plus qu'une phrase banale ou qu'une vague promesse, un credo. Le natif de Lyngdal, à l'extrême sud de la Norvège, écoute beaucoup et se montre peu satisfait. Les conseils d'Urs Fischer, sous les ordres duquel il évolue à Berlin, ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd. Ryerson est le premier dès qu'il s'agit de travailler quelque chose. Résultat, même si son apport offensif demeure alors insuffisant, Dortmund vient le chercher en 2023. Un transfert payant : ses qualités s'affinent en même temps qu'il s'installe dans un “grand” club. On le savait fiable, on le découvre plus que cela.
Plus de centres, plus de précision
« Les statistiques montrent que Julian s'est constamment amélioré depuis qu'il est ici », souligne Niko Kovac, son entraîneur actuel au BvB. Si Ryerson centre davantage, et avec plus de précision, dribble davantage, et avec plus de réussite, remporte aussi plus de duels que par le passé, c'est également parce qu'il a foi en son travail. Le tout sans rien lâcher défensivement, car c'est son identité première. Mais le coach apprécie l'apport offensif du bonhomme. « Tout entraîneur est reconnaissant d'avoir dans son effectif quelqu'un qui peut déposer les ballons où il faut », formule le Croate, plutôt connu pour être un pragmatique.
Une précision qui s'accompagne d'une particularité très “sagnolesque” : le Norvégien centre en première intention, et surtout sans venir buter sur la ligne de but. Un avantage pour ses attaquants, qui arrivent lancés vers le ballon, tandis que les défenseurs adverses, qui sont en phase de repli, doivent s'occuper précipitamment, et concomitamment, du ballon, de la position des attaquants et de la leur. Ryerson ne cherche pas la lumière – il aurait même tendance à la fuir –, il cherche le succès. Avec acharnement et détermination. De quoi rendre inconfortable la mission de ceux qui lui font face, qu'ils soient ailiers, depuis toujours, ou latéraux, depuis cette saison. De quoi le rendre également un peu moins anonyme qu'il ne l'aimerait, même si ses cheveux teints en rose, ou son cabriolet des années 1960, y participent aussi à l'occasion.