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Analyse Football

Nico Schlotterbeck, le haut parleur

Lortho

Appelé, aux côtés de Jonathan Tah, à composer la charnière centrale de la Mannschaft ce soir contre la Finlande puis pour le Mondial qui vient, le capitaine de Dortmund s'avance comme l'un des personnages les plus charismatiques de la sélection.

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À Herzogenaurach, au rassemblement de l'équipe nationale, le 28 mai. © IMAGO / Beautiful Sports International

C'est une fidélité de porcelaine, aussi précieuse que fragile. C'est aussi un paradoxe moderne. Nico Schlotterbeck a certes prolongé à Dortmund, ce printemps, jusqu'en 2031, envoyant ainsi aux supporters le signal que leur joueur majeur restait fidèle au BvB pour un quinquennat supplémentaire. Mais ce contrat renouvelé comprend une clause de départ d'une cinquantaine de millions de francs suisses qui peut être activée... dès cet été ! « Reste cool, bébé, sinon j'te dirai bye-bye », aurait chanté Ménélik il y a trente ans. Selon la teneur de sa Coupe du monde, ou les pulsions d'une grosse écurie au portefeuille bien gonflé, “Schlotti” peut donc filer à l'anglaise, ou à l'espagnole, dès le mois de juillet, si une offre concrète de quelque club de premier plan parvient sur le bureau des dirigeants des Jaune et Noir. Piquant.

Nonobstant cette incertitude, courante, après tout, dans le système capitaliste du football moderne, le défenseur central gauche de 26 ans s'est affirmé, depuis son époque fribourgeoise (2017-2022, avec une parenthèse berlinoise), comme le leader technique à son poste en Allemagne. Mais aussi comme celui qui peut « dire les choses », à l'instar du champion du monde 2014 Per Mertesacker. Schlotterbeck parle fort, et ça s'entend. Encore un paradoxe, à l'échelle nationale. Car un Souabe, selon les clichés traditionnels, n'est pas spécialement du genre à s'exprimer avec un mégaphone. Le capitaine du BvB, lui, claironne ses ambitions, ses opinions, son énergie. Par la parole et par le geste. « Il est totalement authentique », confirme Julian Brandt, qui a accompagné le natif de la banlieue de Stuttgart ces dernières saisons à Dortmund.

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À Brême, en championnat, le 16 mai.

Ambition programmatique

Au point d'espérer encore jouer le titre, au cœur de l'hiver, alors que les Schwarzgelben venaient de réduire l'écart les séparant du leader bavarois à huit points, puis six. « C'est simplement que je n'ai pas envie que les choses soient jouées dès le mois de mars », pointait alors l'ancien joueur de Karlsruhe. Au même moment, son coach regardait plutôt dans le rétroviseur, pour contenir les poursuivants au classement. Question de mentalité, ou de point de vue. On imagine assez bien de quel côté penchent les supporters du club de la Ruhr. « En tant que BvB, nous devons avoir l'exigence de dire à nos fans que nous voulons être champions », insistait alors le patron de la défense. Une ambition programmatique et persuasive dont Dortmund a pu manquer, parfois, depuis son dernier titre de champion, en 2012.

À Fribourg, déjà, Schlotterbeck était mû par la même énergie, encore plus incongrue dans la besogneuse Forêt Noire. À l'aube de ses 20 ans, alors qu'il émerge tout juste dans l'équipe réserve (2018-2019), notre homme impose ses qualités à l'entraînement, parfois à l'encontre des doléances du coach. Car il croit en ses forces, sa robustesse et ce pied gauche redoutable de précision – deux joueurs seulement, dans les cinq grands championnats européens, ont distribué plus de passes longues que lui en 2025-2026. Il ouvre la bouche, déjà, mais assure simultanément sur le terrain. Plus serein que les trentenaires qui l'entourent, troublés par cette météorite d'1,91 m mue par la soif de titres et, de ce fait, singulièrement portée vers l'offensive.

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Une âme de leader précieuse en club comme en sélection.

« Je suis capitaine, je donne la feuille de route »

« Il est extrêmement important que nous croyions en notre capacité de nous hisser au sommet », insiste “Schlotti” aujourd'hui. Et s'il le clame pour son club, il le transpose aisément en équipe nationale. Dans l'espoir d'une prophétie autoréalisatrice, sans doute, mais surtout mû par une authentique flamme, de celles qui animent les leaders. « Je suis capitaine, je donne la feuille de route », assume-t-il dans la Ruhr. Des mots un peu différents de ceux d'un Kimmich en Bavière – celui-ci n'est capitaine qu'en l'absence du monument Neuer – mais qui relèvent du même instinct de la gagne. Et qui plaisent en haut lieu à Dortmund, où l'on se résigne dangereusement à l'omnipotence du Bayern. « On a besoin de tels joueurs », abonde Lars Ricken, le patron du sportif au BvB. « Qui prennent leurs responsabilités et qui mettent leurs partenaires devant les leurs. »

Le Borussia assumera-t-il ces ambitions de concurrencer sérieusement le Bayern ? Il le doit, s'il entend conserver son joyau au-delà de l'été. Schlotterbeck n'a pas aimé le nul contre Bodø en Ligue des champions (2-2), qui a compliqué le chemin du club sur la scène européenne. N'a guère goûté non plus l'élimination en Coupe d'Allemagne contre le Bayer (0-1), qui a ruiné le rêve du seul trophée accessible aux Jaune et Noir cette saison. Ces derniers courent après un titre, quel qu'il soit, depuis 2022. Quant à l'équipe nationale, elle patiente depuis plus d'une décennie. « Je n'arrive pas en sélection en disant qu'on va jouer les quarts de finale... », a lâché “Schlotti” cette semaine à l'occasion du rassemblement de la Mannschaft à Herzogenaurach. « Le groupe comprend des joueurs extrêmement bons et moi, j'essaie de gagner tous les matches. » Un discours qui plaira nécessairement au sélectionneur, qui entend jouer le titre « comme toutes les autres équipes engagées ».

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