Le dynamisme retrouvé d'une Mannschaft rajeunie
Les 40 ans de Manuel Neuer et les 36 ans de sa doublure ne doivent pas occulter la cure de jouvence concrètement engagée par le sélectionneur au sein du onze titulaire de l'équipe d'Allemagne.
« En principe, c'est mon dernier tournoi. Il n'est pas dans mes plans d'être dans les buts à l'Euro dans deux ans. » Invité à participer à la conférence de presse de l'équipe nationale, ce jeudi à Winston-Salem, Manuel Neuer s'est exprimé pour la première fois en longueur depuis son retour en sélection, fin mai à Herzogenaurach. Si la perspective qu'il a ainsi tracée semble logique, il faudra patienter quelques semaines encore pour que le meilleur gardien de but de l'histoire cède la place pour de bon à ses successeurs. Sa doublure Oliver Baumann, 36 ans, suivra certainement le même chemin et, alors, la voie pourrait se libérer pour un jeune homme qui pourrait, en âge, être le fils de Neuer : Jonas Urbig, 22 ans, du voyage en Amérique comme compagnon d'entraînement.
Mais avant même qu'Urbig, comme c'est probable, prenne définitivement la suite, pour l'Allemagne comme pour le Bayern d'ailleurs, le sélectionneur Julian Nagelsmann a déjà opéré un profond rajeunissement de son effectif, dont les fruits ont commencé à éclore contre Curaçao (7-1, dimanche dernier). Et même en amont, dès la constitution du groupe, fin mai. Certes, les tauliers des tournois précédents sont, pour les principaux, encore de la partie. Mais beaucoup doivent s'acquitter, désormais, d'une mission de second rang. De fait, seuls Manuel Neuer et Joshua Kimmich, qui lui a succédé en 2024 comme capitaine, demeurent installés de ceux qui constituaient précédemment l'axe fort de l'équipe sur le terrain. Antonio Rüdiger, le défenseur central de 33 ans, et Leon Goretzka, le milieu de terrain de 31 ans, ne sont plus titulaires.
Le onze le plus jeune de l'ère Nagelsmann
D'autres trentenaires, tel Pascal Gross, subissent le même sort sans que l'atmosphère générale n'en pâtisse – une situation à mettre au crédit du sélectionneur. Et si Leroy Sané s'est retrouvé titulaire dimanche dernier, c'est très certainement parce que Lennart Karl, révélation de la saison au Bayern, s'est blessé juste avant le tournoi. Âgé de 26,29 ans de moyenne, le onze de départ contre la Finlande, fin mai en amical (4-0), était le plus jeune jamais aligné par Julian Nagelsmann depuis sa prise de fonctions. Dans la hiérarchie, Nathaniel Brown (23 ans depuis quelques jours) est passé devant David Raum (28 ans), Nico Schlotterbeck (26 ans) devant Antonio Rüdiger (33 ans), Felix Nmecha (25 ans) devant Leon Goretzka (31 ans).
Le milieu de terrain de Dortmund, remis à temps d'une sévère blessure au genou, symbolise parfaitement la mutation en cours. S'il a pu prendre la place de Goretzka aux côtés d'Aleksandar Pavlovic, c'est en raison de son profil et de son rayonnement, c'est-à-dire sportivement. L'ancien joueur de Manchester City possède en effet toute la panoplie du milieu axial moderne et polyvalent : dynamique, fort dans les duels, doté d'une bonne compréhension du jeu. Des qualités qui ont déjà assuré à Pavlovic, lui-même âgé de 22 ans seulement, une place de titulaire certaine. Expert du poste, Lothar Matthäus voit même Nmecha comme l'élément le plus prometteur du groupe façonné par Nagelsmann.
La jeunesse au pouvoir en attaque
Ce rajeunissement par la performance est plus flagrant en attaque encore. Dans ce secteur, les absences de Niclas Füllkrug (33 ans) et de Tim Kleindienst (30 ans) ont certainement accéléré les choses mais même l'attaquant le plus âgé de la troupe en Amérique, Deniz Undav (29 ans), est loin d'avoir sa place assurée en dépit de performances récentes de premier ordre – deux buts et une passe décisive, notamment, contre la Finlande. Car Florian Wirtz (23 ans), Jamal Musiala (23 ans), Nick Woltemade (24 ans) et évidemment Kai Havertz (26 ans) disposent d'arguments majeurs, à commencer par leur talent, pour s'imposer dans le onze.
La somme de ces talents suffira-t-elle à rafler le titre dès cet été ? France, Angleterre, Argentine et quelques autres ne seront sans doute pas d'accord. Mais à court et à moyen terme, l'avenir de la sélection est assuré. À commencer par le poste de gardien, où tant Manuel Neuer qu'Oliver Baumann ne tarderont pas à laisser la place. Un bambin de 22 ans, déjà régulièrement titulaire au Bayern, se tient prêt. Et même très près, puisque Jonas Urbig est présent sur le continent américain avec ses aînés en ce moment même.