L'Allemagne, un collectif qui transcende
Si le forfait de Nico Schlotterbeck pour la suite du tournoi constitue un coup dur pour la Mannschaft, déjà privée de Serge Gnabry et de Lennart Karl, les hommes de Julian Nagelsmann comptent avant tout sur leur cohésion pour aller loin.
Primordial dans le retour de Manuel Neuer en sélection, Rudi Völler est bien plus que l'homme d'un coup. Le champion du monde 1990, plus tard sélectionneur, aujourd'hui directeur sportif de la fédération, fait figure de père pour le groupe cornaqué par Julian Nagelsmann. Völler a connu les plus grands succès, mais aussi des échecs cinglants, et fait profiter de cette expérience, tel un régulateur, au collectif engagé dans le Mondial 2026. En Allemagne, l'élimination en quart de finale en 1994, alors que la Mannschaft venait aux États-Unis pour défendre son titre, demeure un traumatisme, plus de trente ans plus tard. Les anciens ont raconté cette aventure, ces dernières semaines, dans la presse, dévoilant quelques-unes des raisons pour lesquelles la mission avait tourné court. Tensions au sein du groupe, querelles d'egos, discipline défaillante – le doigt d'honneur de Stefan Effenberg fut un grand moment –, les fondements de l'échec furent multiples. Cette fois, pour la nouvelle aventure de la sélection sur le continent américain, ces failles sont inexistantes, tout au plus minimes.
« Un bon esprit d'équipe est essentiel », scande l'ancien avant-centre de l'OM, « mais le discours ne suffit pas : l'équipe doit se construire d'elle-même. » En ce début de semaine, on a appris que Nico Schlotterbeck, forfait pour la suite du tournoi après avoir été touché à la cheville contre la Côte-d'Ivoire (2-1), demeurait auprès de ses coéquipiers par solidarité pour ces derniers. Une décision qui ne peut pas relever seulement de la communication fédérale – on imagine mal le leader de la défense de Dortmund rester contre son gré – et qui témoigne d'une conscience collective porteuse, savamment entretenue par le sélectionneur et son directeur sportif. Julian Nagelsmann a dosé le choix de ses hommes pour parvenir à un équilibre au-delà du sportif – pourquoi convoquer Pascal Gross, sinon – et Rudi Völler butine de l'un à l'autre pour humer l'atmosphère générale.
Management sur-mesure
L'ancien attaquant de la Roma, qui a connu trois Coupes du monde comme joueur, connaît les subtilités du management, qu'il interprète sur-mesure. Mais il n'a pas à se tuer à la tâche car ses ouailles entretiennent elles-mêmes la bonne ambiance. Le second but de Deniz Undav, qui a permis de renverser de coriaces Ivoiriens, en est l'illustration : le groupe entier s'est précipité comme un seul homme sur l'attaquant souabe, qui a croulé sous les effusions. Bien sûr, les joueurs se regroupent par affinités lorsqu'ils disposent de temps libre – une largesse dont Nagelsmann n'est pas avare et qu'apprécie sa troupe. Mais les rassemblements, notamment autour d'un dîner, ne sont ni rares, ni subis. La hiérarchie interne, qui a évolué, est acceptée de tous, le rôle de chacun également – Antonio Rüdiger, dans ce domaine, ayant facilité les choses en ne faisant aucune difficulté à ce que Tah et Schlotterbeck soient titulaires.
Durement critiquée dans les colonnes de nombreux médias, la gestion par Nagelsmann du retour de Manuel Neuer, considérée par beaucoup comme irrespectueuse à l'égard d'Oliver Baumann, n'a apparemment pas abîmé l'alchimie entre les gardiens. Ceux-ci assurent bien s'entendre. Concernant Urbig et Neuer, c'était acquis ; concernant Neuer et Baumann, c'est visible ; concernant Neuer et Nübel, qui ne s'apprécient pas particulièrement, ça ne plombe en rien l'atmosphère générale. Par le passé, les clans selon la provenance des clubs ont pu être une réalité. Cette année, ces lignes de force sont subsumées par l'intérêt général, à savoir la quête de la cinquième étoile. Et par l'art du dosage du sélectionneur : à l'annonce du forfait de Lennart Karl, Nagelsmann n'a pas convoqué Assan Ouédraogo par hasard, mais parce qu'il misait sur l'intégration expresse du jeune joueur de Leipzig, fort d'une première expérience très réussie en novembre. Pari gagnant.
Amitiés croisées
Nathaniel Brown proche des Bavarois (qu'il rejoint la saison prochaine), Nick Woltemade proche des Souabes (qu'il a quittés l'an dernier), Pascal Gross proche des Dortmunder (passé commun oblige là aussi), David Raum ravi de partager un practice de golf avec Leon Goretzka sont quelques exemples d'une dynamique positive. Parties de cartes ou de fléchettes enflammées en commun, bizutage via des devinettes par le capitaine Joshua Kimmich, mais aussi personnalités rassembleuses notamment en la personne de Waldemar Anton, les ingrédients sont là pour une saine émulation. Si l'Allemagne ne dispose pas de l'effectif le plus brillant du Mondial, elle se présente en équipe. Avec désormais onze victoires consécutives à son actif, série en cours.