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Analyse Football

Jürgen Klopp et les limites de la providence

Lortho

Un large consensus enrobe la probable intronisation de l'ancien entraîneur de Mayence à la tête de la sélection. Mais Jürgen Klopp a beau être la référence du football allemand depuis des années, il ne résoudra pas tous les problèmes seul.

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À Vancouver, le 7 juillet, à l'occasion de Suisse-Colombie. © IMAGO / STEINSIEK.CH

Deux fois, déjà, la personnalité la plus charismatique du football allemand a manqué le rendez-vous de la sélection. Celle-ci se serait volontiers attaché ses services dans un passé récent mais Jürgen Klopp, alors, n'était pas disponible. Aujourd'hui, après trois échecs consécutifs retentissants en Coupe du monde, l'appel d'air est plus fort que jamais et, si l'ancien entraîneur de Dortmund n'est toujours pas totalement libre, la donne a bien changé. Klopp n'est pas pleinement convaincu, ni satisfait, par son rôle actuel de chef du football chez Red Bull, et l'inverse est également vrai. Trouver un accord pour qu'il quitte ses fonctions devrait donc s'avérer du domaine du possible.

Toute l'Allemagne, ou presque, est persuadée qu'il va prendre les rênes. Si sa capacité managériale ne fait pas l'ombre d'un doute, beaucoup d'Allemands ne sont pas dupes : refaire de la Nationalmannschaft et du football national un football compétitif au plus haut niveau n'est pas seulement l'affaire d'un changement de sélectionneur, aussi énergique soit-il. Le chantier nécessite de s'attaquer aux fondations, à commencer par la formation, son cap et ses structures. Mais le pays a besoin d'un réveil et Klopp est l'homme idéal pour cela : il crie partout, tout le temps, sur les panneaux publicitaires géants qui jalonnent le paysage en Allemagne. Barbe hirsute, crocs à profusion, mâchoire déformée par l'électricité qui l'anime, le style est connu, aimé, respecté, attendu.

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Les sponsors, comme ici fin juin à New York, s'arrachent l'image de Jürgen Klopp.

Nagelsmann, « encore sélectionneur »

Klopp est partout. Homme de pub d'innombrables sponsors, mais aussi consultant de télévision extrêmement influent, il balade sa décontraction et son énergie au premier plan ces dernières semaines. Au point d'en faire trop : après avoir qualifié Julian Nagelsmann d'« encore sélectionneur », au début du tournoi américain, en l'occurrence avant le premier match, l'ancien coach à succès de Liverpool a présenté ses excuses en direct à l'intéressé, légèrement mal à l'aise face à un personnage aussi encombrant. « J'ai dérapé », s'est justifié le grand blond, dans des circonvolutions peu crédibles. L'Allemagne a l'habitude : en 1990, Franz Beckenbauer, tout frais champion du monde comme sélectionneur, dézinguait allègrement son successeur Berti Vogts dans la presse. Une forme de torture s'il en est...

Depuis une semaine, et l'élimination sans gloire d'une équipe sans âme, Klopp n'est plus le seul à crier : tout le monde le réclame à la tête de l'équipe nationale. La fédération a fait en sorte de libérer la place, priant Julian Nagelsmann, moyennant un accord financier, de faire ses valises. Si Rudi Völler, le bien-aimé directeur sportif de la DFB, a été confirmé jusqu'à l'Euro 2028 inclus, c'est aussi parce que Klopp, dit-on, y a donné son accord. Ce dernier se voit sélectionneur, d'autant plus que le pays fait appel à lui avec plus d'insistance que jamais.

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Un rôle peu concret chez Red Bull.

Red Bull, la cassure

Quand il a été intronisé chez Red Bull, en janvier 2025, dans un hangar de Salzbourg, il était de mise de saluer la “prise de guerre” du célèbre groupe de boissons énergétiques. Tout le monde ne s'en est pas moins également demandé, en parallèle, ce qu'il faisait là. Son image, de l'ordre du mythe depuis ses succès à Dortmund (double champion d'Allemagne en 2011 et 2012, finaliste de la Ligue des champions en 2013) puis à Liverpool (vainqueur de la Ligue des champions en 2019, champion d'Angleterre en 2020), s'en est nécessairement trouvée légèrement troublée. Pour certains, ce transfert de roi chez Red Bull fut une cassure. Et peut-être même inconsciemment pour lui : en un an et demi, l'ancien joueur de 59 ans s'est probablement rendu compte que sa place n'était pas dans l'ombre, mais sous ces projecteurs qui l'éclairent tant. Ou, plus fondamentalement, sur le terrain. Comme coach. Son cœur de métier.

À Foxborough, à la mi-temps d'Allemagne-Paraguay (0-1), au micro de la télévision, il a laissé libre cours à son expertise d'entraîneur, justement. « Nous sommes trop statiques », a-t-il jugé. « Il n'y a pas assez de mouvements combinés sur le flanc gauche. » Et de poursuivre : « Les gens m'ont souvent demandé qui l'on pourrait mettre, dans ce secteur, à la place de Leroy Sané. Je leur réponds : ce n'est pas Leroy le problème ! Il reçoit le ballon et il ne se passe rien autour. Kimmich ne suit pas. Nmecha ne suit pas... C'est complètement statique. » Petit extrait loin d'être exhaustif mais qui suffit à suinter clairement : Klopp est un entraîneur. Et, aux yeux des millions de téléspectateurs, qui peut résoudre les problèmes auxquels a été confronté Nagelsmann ou, du moins, mieux les expliquer aux joueurs.

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Une image de légende à Anfield.

Sélectionneur, une terre inconnue

Mais le héros de Liverpool n'est pas seulement un éclatant sourire bonhomme, voire potache, aux compétences de technicien reconnues ; c'est aussi un colosse qui, de ce fait, au propre comme au figuré, prend beaucoup de place. De Mayence à Leipzig, tout le monde en a fait l'expérience : Klopp tranche dans le vif et a tendance à faire le ménage si on le contredit. Ole Werner, qui a mené le club saxon à une impeccable 3e place en Bundesliga cette saison, en a fait les frais. On ne fait pas d'ombre à Jürgen Klopp. Si Rudi Völler, selon les dernières esquisses, semble devoir se maintenir comme directeur sportif pour les deux ans qui viennent, qu'en sera-t-il du président Bernd Neuendorf et d'Andreas Rettig, qui dirige le volet opérationnel de la fédération ?

Au-delà du choix des hommes, la nature de la mission de sélectionneur, très différente du travail en club au quotidien – Nagelsmann, très reconnu comme entraîneur de club, vient d'en faire l'amère expérience –, serait une terre inconnue pour Klopp. Son style abrasif s'adapterait-il à de courtes périodes de rassemblement ? Comment mettre en place un pressing mordant sans avoir la main sur le physique des joueurs – qui doivent aussi y adhérer – sur la durée ? Et, de manière plus essentielle encore, Klopp peut-il renouer avec l'authenticité dont il s'est toujours prévalu en tant qu'entraîneur et dont il s'est éloigné comme star de la publicité ?

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