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Analyse Football

Plus sophistiqué mais moins tranchant : jusqu’où peut aller le Maroc ?

Victor

À mi-chemin entre le statut d’équipe émergente et de néo-favori, le Maroc après avoir triomphé des Pays-Bas aux tirs-au-but, s’est sorti d’un match pénible face aux modestes Canadiens. Dans une formule plus positionnelle qu’auparavant sous la direction de Mohamed Ouahbi, les Lions de l’Atlas imposent leur tenue du ballon, mais manquent de tranchant sur les grands espaces. Cela ne les empêche pas d’avancer, portés par un Saibari en état de grâce et par la technicité de leurs éléments créatifs. Demi-finalistes du dernier mondial, jusqu’où peuvent aller les Lions de l’Atlas ?

Maroc
Le Maroc de Mohamed Ouahbi est l'une des sensations de cette Coupe du Monde

Occident collectif

C’est le principal point fort démontré jusqu’à présent par les Lions de l’Atlas : un jeu de position élaboré, plus sophistiqué qu’auparavant, qui a permis aux hommes de Mohamed Ouahbi de faire jeu égal avec le Brésil dans la tenue du ballon, avant de largement dissuader le bloc écossais de sortir (60-40).

Exit le 4-3-3 de Regragui dont Brahim était le centre créatif, Ezzalzouli (blessé) l’ailier gauche dynamiteur, et El Khannouss un relayeur plus proche de la surface adverse que de son 6. Lorsqu’on regarde qui fait quoi, et qui va où dans le Maroc de Ouahbi, il y a toutes les raisons de le penser : il est fort probable qu’au moment de poser le jeu, le Bruxellois s’inspire des schémas de Luis Enrique au PSG.

Comme Paris, les Marocains entament leurs temps de jeux placés avec un back3 : le latéral gauche Mazraoui, et la paire centrale Riyad - Diop. Autre point commun net, qui indique cette étude : les « écarteurs ». El Khannouss à gauche et Brahim à droite (ou Hakimi), complètent le « cinq extérieur » du Mountakhab.

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Avec un double pivot Bouaddi – El Aynaoui en vue et connecté à sa base arrière, Ouahbi et Sacramento se garantissent une véritable mainmise sur des temps de jeux axés sur la largeur et la possession. Un cran devant eux, Ounahi, Hakimi, et la pointe haute Saibari complètent quant à eux ce qu’on pourrait appeler le « cinq intérieur » du Maroc.

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À l’instar de Vitinha, El Aynaoui multiplie les « insertions » côté gauche, « dans » le back3. Comme pourrait le faire Nuno au PSG, Mazraoui change alors de groupe, monte d’un cran, et pourvoie la largeur à gauche, alors que Bouaddi occupe seul le rôle de pointe basse d’une sorte de 3-1-6-0. Comme illustré par Ruiz face au Bayern, les Marocains se regroupent au large et recherche des « triangles latéraux ». On le voit ici à gauche avec Mazraoui et El Khannouss, rejoints par Ounahi :

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À droite, c’est le 9, Saibari, qui vient travailler avec Brahim et Hakimi. Avec le même objectif : combiner et bouger, pour libérer l’un des membres du trio, avant de rechercher la profondeur.

4--saibari-droite

C’est net sur le long temps de jeu qui précède le 1-0 précoce face à l’Ecosse : le Maroc écartèle le bloc écossais en formant tour à tour ces deux groupes.

5 - maroc fixe bloc

Trouvé avec un léger temps d’avance après ce ballet longitudinal, alors qu’Hakimi prend soin de mobiliser le central gauche écossais, Brahim ajuste un ballon parfait en profondeur pour Saibari, revenu sur le front de l’attaque. Le central droit britannique s’embarque dans un hors-jeu peu inspiré, et le néo-Bavarois profite du temps d’avance créé pour ajuster le gardien.

Cette qualité positionnelle va effrayer Koeman. Son 541 peut lui laisser quelques regrets, compte tenu du contenu du match suivant. Les Hollandais vont se contenter d’attendre et de contenir le Maroc, sans spécialement cibler quoi que ce soit à la perte de balle.

La profondeur en question

En possession majoritaire en 1ere mi-temps, les Bataves limitent le Maroc, qui doit attendre les derniers instants du premier acte pour frapper, de loin, par Hakimi. Malgré sa maitrise en possession lors des phases de poule, le rapport possession – occasions reste relativement faible. Face au Brésil, plus d’une heure s’écoule entre la frappe (sans danger) d’Hakimi et celle d’El Aynaoui à la 99e. Si ce n’est un tir contré – en position de hors-jeu - par Marquinhos, maître de la course, lisible, de Saibari, à la 71e.

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C’est là la première vertu offensive de son possible modèle que le Maroc n’arrive pas à générer. Mis à part ses deux centraux, l’adversaire du PSG ne sait pas lequel des huit joueurs de champ restant va trancher dans le dos de sa défense. Problème : au sein de l’équipe nationale, seul Saibari, Hakimi et El Khannouss correspondent à l’archétype de l’avaleur d’espace. C’est net au moment de la simili-occasion de Saibari abordée plus haut : alors que Mazraoui est face au jeu et que le Maroc est parvenu à casser le pressing haut Brésilien, Saibari est le seul à déclencher.

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On le voit ci-dessus : El Khannouss et Hakimi au large, sont loin de l’attitude tranchante des « écarteurs – plongeurs » du PSG. Habitués à gérer ces situations en club, Marquinhos et Gabriel annulent le virevoltant 9 du PSV.

Le début de l’action illustre également ce manque : décalé en position large, Hakimi a un petit temps d’avance pour lancer Talbi, qui a remplacé Brahim : on le voit nettement, l’ancien Brugeois n’a pas les jambes pour assumer la double prérogative qu’Hakimi lui-même a tant de fois mise en œuvre au PSG, en déferlant vers le but depuis une position large.

Brahim excelle dans l’art de la passe, mais le Malagueño (dont nous dressions le portrait biomécanique Messiesque pendant la CAN) est probablement un profil dont Luis Enrique ne voudrait pas au PSG : si ses petites jambes lui confèrent un certain nombre d’avantages, il est également inapte à l’attaque de grands espaces.

Les dribbles et les conduites de Bouaddi en furent l’illustration virale : le Maroc a de nombreux arguments pour rompre la première pression. Une stat explicite illustre sa marge de progression au moment de la sanctionner véritablement : Face au Brésil et à l’Ecosse, les 2 centraux Diop et Riad n’ont pas réussi une seule passe longue vers le dernier tiers, alternative indispensable face à un bloc médian-haut conquérant que les Lions de l’Atlas pourraient croiser plus tard dans le tournoi.

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En haut face à l’Écosse, en bas face au Brésil, la paire de DC marocains n’a pas réussi une seule fois à connecter l’un de ses offensifs lancé dans le dos du bloc adverse

Alors que Koeman avait estimé qu’un back4 n’aurait pas tenu le choc face à la qualité offensive des Lions, Marsch, adepte du 4-4-2 tracé à la règle, va quant à lui se montrer plus audacieux dans son approche défensive.

Non-content de limiter le Maroc dans l’utilisation du ballon, et de contenir cette profondeur un peu lisible, le pressing des Canadiens, va produire une moisson d’interceptions.

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Capables d’avancer leur ligne de façon relativement conquérante, les Rouges (en noir pour l’occasion) isolent la destination et vont vaciller la source.

Comme le PSG, le Maroc commence ses temps de jeu en 4-2-4, idéalement, d’installer son 3-2-5-0 face à un bloc qui a renoncé à presser haut.

C’est clair sur les premières interceptions des Canadiens : le Maroc active le plan prévu face au bloc médian de l’adversaire face au bloc haut. Privés des premières lignes de passes entre le DC et le latéral, les Marocains voient l’ailier côté ballon couper les transmissions forcées vers les triangles vu plus haut, qu’il active précipitamment.

Ouahbi confiera après le match que se hommes avaient trop recherché l’axe dans cette première mi-temps inquiétante. Le taux de passes réussies chute, et plus grave : le Maroc n’est pas dangereux et s’en remet à la médiocrité du front4 du Canada et à son gardien de classe mondiale pour rester en vie, avant de débloquer le match sur coups de pieds arrêtés.

D’ailleurs, après la blessure de Saibari, Rahimi s’est montré impactant par la qualité de ses appels, et les défenseurs Canadiens ont semblé en manque de repères face à lui, alors qu’ils parvenaient à mettre Saibari hors-jeu avec une relative tranquillité en première mi-temps.

Sur l’action pivotale qui amène le coup-franc du 1-0, l’ancien Rajaoui courbe intérieur, puis extérieur, alors que Saibari avait courbé extérieur, puis intérieur en première mi-temps. Si De Fougerolles avait laissé Rahimi – aussi esseulé que Saibari - hors-jeu, Brahim n’avait plus de solution.

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Erreur du défenseur, correction, ou intuition lumineuse du Casablancais ? Peu importe : le Maroc fait sauter le bloc haut Canadien, et s’en sort… sur son deuxième tir du match, à la 50e, après une belle combinaison sur le coup-Franc qui suit.

Une animation défensive ambitieuse…

En phase défensive, Ouahbi développe également une approche aux antipodes de celle de son prédécesseur. Sans ballon, les Lions s’organisent dans un 4-4-2 plutôt zonal, et calqué sur l’organisation standards des top-teams de PL.

La première mission de Saibari et Ounahi est d’isoler les premiers relais adverses au milieu de terrain. Derrière eux, la ligne de quatre est compacte latéralement, alors que le duo Bouaddi – El Aynaoui a fort à faire : Alors que Regragui calquer le cœur du jeu adverse avec ces trois milieux, Ouahbi ne semble pas vouloir renoncer à un deuxième attaquant au moment de contre-attaquer. Cela semble formalisé : dans le cœur du jeu formé par les deux nordistes, le relayeur côté-ballon entre dans une logique de marquage individuel et de proactivité face au joueur qui se présente dans sa zone.

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McTominay se présente dans la zone d’El Aynaoui : le relayeur côté ballon entre en marquage individuel. Alors que l’ailier droit est compact, c’est Hakimi qui gère la largeur adverse

Derrière, les latéraux sont également largement responsabilisés : avec un duo Brahim – El Khannouss relativement compact latéralement, c’est à eux de sortir sur le joueur le plus large de l’adversaire. L’espace ouvert dans leur dos est en théorie géré par Bouaddi ou El Aynaoui qui doivent suivre l’adversaire qui se projette dans le halfspace. Efficace dans ses interventions et costaud dans la bagarre, c’est l’un des domaines où le Lillois rayonne et impacte les yeux des observateurs. A l’extrême limite de la faute à deux reprises face aux Ecossais, El Aynaoui gagnerait quant à lui à contenir son agressivité.

Face à une Écosse dont les Marocains savaient pertinemment qu’elle allait faire usage du jeu long, Diop et Ryad peuvent se satisfaire d’une gestion globalement réussie de la chaotique animation offensive des Britanniques. Brillant dans son duel face à McTominay, le Majorquin réalise un contre décisif au pic du temps fort écossais.

…Exploitable pour l’adversaire ?

 Pour autant, à défaut d’exposer de nets point faibles l’approche défensive du Maroc, les temps les plus chauds qu’il a subis mettent en lumière les facteurs X de sa solidité. Avec une approche mixte, qui tente de combiner les avantages de la zone et de l’individuelle (témoin le rôle des 6), la frontière entre accomplir deux objectifs à la fois, et n’en accomplir aucun des deux, est fine.

On le voit sur l’action qui mène au coup de tête à bout portant qu’Igor Thiago vendange : Les trois caractéristiques défensives principales du Maroc vont être exploitées par le Brésil. Les Brésiliens commencent par faire sortir Hakimi au large sur Raphinha, ce qui décale toute la défense. Le Maroc subissant exactement le même fixé-renversé qu’il a fait subir à l’Ecosse.

Sur le retour, lorsque Marquinhos est face au jeu, Bouaddi applique la consigne, et prend le joueur qui se trouve dans sa zone (Bruno G), alors que Casemiro est également présent. Mais le secours de Paqueta, puis de Raphinha, met le cœur du jeu à deux du Maroc à deux contre quatre.

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Le cœur du jeu Marocain à 2v3, et bientôt 2v4

Connecté, Raphinha se tourne. Alors que Mazraoui a été quant à lui aspiré par le latéral droit brésilien, Hakimi se trouve totalement isolé en 1v1, et est déposé par Vinicius.

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C’est net sur plusieurs situations, comme l’énorme occasions de Mc Ginn juste avant la mi-temps : ce mouvement de balancier de la défense Marocaine la fragilise dans la gestion des centres (la latéral opposé est forcément en retard), et Igor Thiago, tout comme l’emblématique milieu Villan, attaque l’espace qui sépare le latéral opposé de la paire de centraux, qui d’ailleurs dans cette formule, peinent à recevoir le soutien d’une pointe basse du milieu qui n’existe pas non plus.

Cela peut sembler paradoxal, mais l’Écosse et le Brésil ont bien plus mis à mal par du jeu positionnel l’animation défensive bien codifiée du Maroc, que les Pays-Bas et le Canada. Les Hollandais ont exclusivement usé de jeu long, alors que les Canadiens n’ont été percutants que les ballons qu’ils ont volé grâce à leur pressing.

Face à la France – qui n’excelle pas nécessairement dans ce registre – Bouaddi et El Aynaoui entreront dans des match-ups très clair avec Olise et Rabiot, qui sont les 8 du 4-3-3 français avec ballon. La capacité des Marocains à empêcher les Bleus de trouver Dembele ou l’ailier gauche à ce moment -à sera surement la clé de leur équilibre

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